samedi 22 mars 2008

Euthanasie... Chantal Sébire

Le cas Chantal Sébire a ému notre société.
Et c’est bien là l’objectif atteint de celles et ceux qui voulaient en faire un nouvel exemple d’irrespect d’un mourant. Mais les intentions véritables de ces donneurs de leçons d’une morale pour le moins suspecte demeurent inavouées. Mystérieuses encore et toujours pour ceux-là mêmes qui les portent, elles le demeureront sans doute définitivement.
Ce type de démarche fonctionne, en effet, grâce à des ressorts dont est faite la mécanique de chacun d’entre nous, et qui ne sont pas les plus honorables. Hier, des prêtres (le Jugement Dernier) et philosophes (le Pari de Pascal) asseyaient le pouvoir d’églises sur la terreur inspirée par la mort et ses conséquences (l’Au-delà)… Hier encore, le pouvoir politique trouvait son exergue dans l’exercice de la peine de mort… Aujourd’hui, des sectes fleurissent sur ce terreau, et la considération particulière dont jouit le corps médical semble provenir de ses postures d’exorciste grâce à sa fréquentation quotidienne de la mort et/ou de ce qui la précède immédiatement et la produit, en même temps que d’actions qui permettent de la repousser (l’éternelle jeunesse grâce aux remplacement d’organes et clonage étant de celles-là !)
Inquiétant !
Pourtant, il faut bien appeler un chat un chat !
Les activistes de l’euthanasie nous rebattent les oreilles avec ce prétendu devoir envers notre prochain, qui serait de l’aider à mourir. Or l’aide à mourir est une pratique quotidienne et légale (difficile, parfois terrible !) d’équipes médicales dans bon nombre d’hôpitaux. Les services de soins palliatifs savent de quoi il s’agit pour en être les missionnaires permanents et, parfois, héroïques, vu le peu de moyens dont ils disposent. Accompagner psychologiquement le malade et sa famille, atténuer ses douleurs, lui tenir la main au moment du passage relève effectivement d’une aide à mourir qui n’a rien a voir avec la mort donnée, quelle que soit la manière de la donner. En Belgique, au Luxembourg, en Suisse ou sur la Lune, la mort donnée est et restera un meurtre, qu’il soit compassionnel ou pas !
Juge (combien d’innocents dont la tête a roulé dans un panier de guillotine ?), politique (souvenons-nous des Mutins de Craonne !), avocat (il applique, ne fait pas la loi !), proche parent ou compagnon… nul n’a le droit de vie et de mort ! Pas davantage le médecin dont l’ancien Serment d’Hippocrate disait Je ne remettrai à personne du poison, si on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une telle suggestion. Réactualisé en 1996 par le professeur Bernard Hoerni, imposé au nouveau médecin par toutes les universités de France (pas en Belgique, ni sur la Lune !), ce Serment précise aujourd’hui que je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité (…) Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.
Remettre en question ces principes fondamentaux (respect des lois de l’humanité, ne jamais donner la mort), c’est ouvrir la porte à toutes les barbaries, c’est autoriser tous les crimes, c’est permettre toutes les liquidations individuelles ou collectives. Comment ne pas penser, là, aux périls lié à l’eugénisme, aux barbaries (nazie, khmer rouge, et autres), aux génocides en cours, aux fatales détentions arbitraires actuelles, de Colombie ou d’ailleurs ?
Car on est toujours le malade, donc l’euthanasié potentiel, de quelqu’un !
Les solutions au problème posé par l’acharnement thérapeutique ne se trouveront pas dans l’aveuglement provoqué par un cas particulier (si douloureux soit-il), ni dans les manipulations de société qu’il permet (au bénéfice de commerces corporatistes ou médiatiques), mais dans un examen par chacun de sa conscience, à la lumière de l’Histoire et des valeurs essentielles pour lesquelles de nombreux justes d’hier ou d’aujourd’hui dans le monde ont choisi de… mourir !
Souvenons-nous de cette redoutable réplique du docteur Knock, dans la célèbre pièce (Knock ou Le triomphe de la médecine) de Jules Romains :
Tout homme bien portant est un malade qui s’ignore !
Méditons.

5 commentaires:

Rénica a dit…

"L'aide à mourir", accompagner l'autre jusqu'au bout de son chemin...est un exercice difficile que j'ai malheureusement déja expérimenté...plusieurs fois.
Que faire face à la demande implorante de celui qui n'en peut plus de survivre...qui se voit se dégrader de jour en jour..? Souvent j'avoue, j'ai voulu avoir cette possibilité d'abréger les souffrances intolérables de l'aimé...
Mais c'est vrai Gilles, vous avez raison...l'homme n'est pas sage, et toutes les dérives et perversions seraient alors possibles...
J'aimerais néanmoins pouvoir bénéficier de ce droit ultime sur ma propre personne...N'avons nous pas le droit, chacun, de choisir d'arrêter l'insupportable et décemment quitter la vie...?

Anonyme a dit…

Vous posez LA QUESTION, chère Rénica! Que chacun puisse choisir sa propre fin, certes, mais que ce choix n'implique pas l'autre, quel que soit cet autre. Et que nul ne tente d'en faire une loi, un cadre réglementaire universel offert à toutes les perversions, à tous les professionnels de la mort, à tous les... voleurs de vie ! Nous sommes, là, en effet, sur le fil du rasoir qui pourrait bien nous trancher la tête à tous si nous n'y prenons pas garde !
Gilles

diplodocus continental a dit…

J'ai du mettre mon mari aux soins d'une équipe qui le protège,je le reprends trois jours par semaine,cela fait 37 ans que cela dure.Il n'y a qu'une seule chose qui compte pour lui,la proximité avec Dieu et je peux dire comme Atahualpa Yupanqui "yo no he encontrado un tan importante Senor!"Ainsi j'aimerais faire mien le courage de Chantal Sébire...

Marion a dit…

Effectivement l'homme n'est pas sage, mais l'Etat de droit est là pour veiller...
La loi qui s'applique aux Pays Bas n'a pas entrainé de dérives. Les chiffres de demande de "mort assistée" n'ont pas explosé non plus.
La loi Français est dépassée et hypocrite, et il est temps d'avoir le courage d'y réfléchir.

Mais je vous rejoins sur un point. Les passions, les martyrs (Humbert, Sebire) sont utilisés, brandis pour faire appel à nos peur, notre culpabilité. Ce n'est pas comme cela que l'on doit faire la loi.

micheline84 a dit…

D'accord: remettre en question le serment d'Hippocrate risque d'autoriser toutes les dérives dans le domaine de la médecine, celles qui ont eu lieu : eugénisme,génocides, et qui risqueraient d’être aggravées à partir de la légalisation l’euthanasie, de l’aide à mourir en question,et pourquoi pas par exemple la tentation d'en finir avec tous ces légumes qui pourrissent dans les mouroirs sans nul intérêt, charges inutiles pour une société florissante et en bonne santé.
Bref la vie est sacrée .

Un coup d’œil sur l’histoire et les civilisations rend évident que ce respect de la vie des individus est loin d’avoir constitué une valeur prioritaire : sacrifices humains sur l'hôtel des dieux ou de la patrie sur les champs de bataille , peine de mort, génocides .
L’individu n’a pas plus droit au respect de sa vie que droit à sa mort
Le droit au suicide, considéré hier encore comme un crime, non seulement par l’église ( refus par exemple les sacrements aux suicidés mais aussi comme une lâcheté , une indignité au nom d’une certaine éthique

C'est alors que se pose une question qu'est-ce que la vie?
Il apparaît vite que c’est une notion extrêmement floue et fluctuante que sa nature et ses limites ne cessent d'être prise en considération par les diverses philosophies et les législations qui tentent de s'adapter à divers conceptions
tenous-en donc d'abord à la vie humaine ,du point vue de l'individu ou de l'espèce humaine
question où commence la vie d'un individu? dès l'embryon? à sa conception, à la rencontre du spermatozoïde¨de de l'ovule? à 5 semaines? 10semaine s? avant même : dans son devenir sous forme de spermatozoïde ou d'ovule :à partir de quel moment est-il un crime de perdre le semence , d'éjaculer pour rien et par conséquent de se masturber ou de stériliser cette semence par les moyens contraceptifs masculins ou féminin ? on voit tout de suite la variabilité des concepts qui ont autorisé toutes les prises de positions du législateurs selon les communautés les idéologies philosophiques
la 2èmè question est: y a- t- il des valeurs supérieures à la vie : : l'espèce est-telle prioritaire par rapport à l'individu : priorité de l'enfant ( les enfants et les femmes d'abord. ?.)
A l'autre bout: un individu plongé dans un coma profond et irréversible est-t-il encore en vie? doit-on prolonger,arrêter ce comas d'une manière active? Qui peut en décider ?, pas lui.

A ce stade on entre dans une zône extrêmement floue ou le concept même d'euthanasie active ou passive, de soins palliatifs, ouvre actuellement un débat qui se joue sur des termes hypocritement ambigus .
D’autre part réclamer le droit de choisir pour sa propre personne, pour légitime qu’elle paraisse être au moins la moindre des choses, est aussi un problème très ambigu
Puis-je déclarer à l’avance que je veux qu’une mon médecin mette fin à mes jours en cas d’impossibilité de le faire moi-même,si je le réclame .
Comment un tétraplégique peut-il disposer librement de mettre fin à ses jours s’il juge ses souffrances physique ou morales intolérables ? le dément , l’Alzheimer en phase terminale peut-il décider pour lui ?
Quelqu’un peut-il lui venir en aide ? une équipe médicale ? L’aider à mourir dans la dignité
Dans la dignité, encore un mot qui fait problème
Qu’est-ce qu’une vie digne ?
est-ce privilégier la vie de l’esprit sur celle du corps réduite à ses plus élémentaires besoins : un vêtement pour son corps, une écuelle pour mendier sa nourriture comme un moine bouddhiste ? ou flageller son corps pour le réduire à merci ? est-ce pouvoir encore manger, dormir , copuler.. comme un animal, ou souffrir à en perdre la raison ?

Il n’y a pas de vérités absolues stables et immortelles .La vie est mouvement, évolution, adaptation et même le serment d’Hippocrate peut-être mis en perspective avec toutes les précautions d’une réflexion collective, collégiale qui modérerait la rigidité d’un tel principe dans le monde médical face à la souffrance irrémédiable non seulement physique mais morale, tout en veillant à ce qu’une législation ne puisse donner lieu à des dérives meurtrières
Un autre débat aussi important serait : tu ne donneras pas la mort par la faim, la misère, les armes de civilisations massives ou de conquêtes guerrières et se convaincre que le couteau ne vaut rien contre l’esprit.