mardi 31 décembre 2013

Bonne année 2014


Bonne, très bonne, excellente année 2014 
à vous mes amies et amis,
à celles et ceux que vous aimez.
Que la Lumière qui rayonne de ce coeur  palpitant de Lorraine vous accompagne durant les douze mois à venir, et  bien plus longtemps encore. 
Qu'elle vous éclaire, vous réchauffe, et nous rapproche toujours davantage.

Je vous embrasse.
Gilles


lundi 16 décembre 2013

La Femme et le citoyen...

Julie-Victoire DAUBIE (1824-1874) fut la première bachelière de France, en août 1861. Quelques années plus tard, elle devint la première licenciée ès Lettres. Au prix de grandes difficultés, elle força pour les femmes les portes de l'Université jusque là verrouillées par les hommes. Mais elle fit bien davantage encore. Toute sa vie, elle milita pacifiquement pour le respect de chacun par tous et de tous par chacun, écrivit et publia des textes, donna des conférences sur des sujets brûlants comme l'égalité homme-femme, l'amélioration des conditions de travail dans l'artisanat et les manufactures, les rôle et mission de l'école, la citoyenneté...
Ses engagements de ce temps, ses pensées et propositions sont toujours d'actualité. Tirées de son livre en trois volumes La Femme pauvre au 19ème siècle, les citations qui suivent en sont une preuve...
La Femme en politique :
Il est évident que la femme électeur se complète de la femme éligible, mais il y a loin de là à la femme élue, dans l'état de nos moeurs surtout...
Ecrivaines et écrivains :
Les écrivains hommes (...) en ne permettant aux femmes de prendre la parole que pour dire quelque chose, semblent réserver aux hommes seuls le droit de parler pour ne rien dire.
Education et principes républicains :
L'interdiction pour la femme de puiser l'instruction aux mêmes sources que l'homme est une négation de nos théories d'égalité civile qui établit un antagonisme déplorable entre nos principes et nos moeurs.
La nature et la folie des hommes :
La nature, qui fait reverdir les moissons sur les champs de carnage, est une force admirablement productive, puisqu'elle nous laisse survivre à de si grandes et si constantes folies.
Des droits et des devoirs :
Déchaînez ou enchaînez la presse dans une société où chacun peut vivre dans des unions sans droits pour les faibles et sans devoirs pour les forts, et vous verrez également partout l'anarchie des moeurs régner dans les idées ; l'ordre pourra être rétabli dans la rue et maintenu à l'aide du gendarme ; le désordre restera dans les esprits.
Du pouvoir :
L'homme qui ne sait pas se gouverner est incapable de gouverner les autres... Et pourtant on remarque, dans les familles comme dans la cité, qu'il veut prendre plus d'autorité sur autrui qu'il en a moins sur lui-même !
Economique et social :
Dans l'ordre, ou plutôt dans le désordre actuel, chacun fait produire le plus possible à ses capitaux sans s'inquiéter de l'ouvrier qui n'est qu'un être abstrait, incongru, un rouage dans la machine !
Répartition des fruits du travail :
Il est de fait que l'ordre économique ne serait pas troublé comme il l'est chez nous, si le scandale des fortunes illicites était soumis au contrôle de l'opinion."
Visionnaire, Julie-Victoire Daubié ? 
Visionnaire !
Incurables, les maladies fondamentales de l'homme ?
A chacun de répondre, après méditation, hors des conditionnements économico-socio-religio-politiques... et d'en déduire ses choix pour l'avenir, en son âme et conscience !
Salut et Fraternité.

Images 
Portrait de J-V Daubié (détail) par P. Petit (1861)
Couverture de Julie-Victoire, le roman de Julie-Victoire Daubié, première bachelière de France 
 Auteur Gilles Laporte Préface de Jean-Louis Debré (éd. Eska-Paris-2013)

jeudi 12 décembre 2013

ERASME : Eloge de la folie...

Erasme de Rotterdam écrivait, en 1508 : 
Mon avis, à moi, Folie, est que plus on est fou, plus on est heureux, pourvu qu'on s'en tienne au genre de folie qui est mon domaine, domaine bien vaste à la vérité, puisqu'il n'y a sans doute pas, dans l'espèce humaine, un seul individu sage à toute heure et dépourvu de toute espèce de folie. Il n'existe ici qu'une différence : l'homme qui prend une citrouille pour une femme est traité de fou, parce qu'une telle erreur est commise par peu de gens : mais celui dont la femme a de nombreux amants et qui, plein d'orgueil, croit et déclare qu'elle surpasse la fidélité de Pénélope, celui-là personne ne l'appellera fou, parce que cet état d'esprit est commun à beaucoup de maris.
Rangeons parmi ces illusionnés les chasseurs forcenés, dont l'âme n'est vraiment heureuse qu'aux sons affreux du cor et dans l'aboiement des chiens. Je gage que l'excrément des chiens pour eux sent la cannelle. Et quelle ivresse à dépecer la bête ! Dépecer taureaux et béliers, c'est affaire au manant ; au gentilhomme de tailler dans la bête fauve. le voici, tête nue, à genoux, avec le coutelas spécial qu'aucun autre ne peut remplacer ; il fait certains gestes, dans un certain ordre, pour découper certains membres suivant le rite. Autour de lui, la foule, bouche bée, admire toujours comme un spectacle nouveau ce qu'elle a déjà vu plus de mille fois, et l'heureux mortel admis à goûter l'animal n'en tire pas mince honneur. A force de poursuivre les bêtes fauves et de s'en nourrir, les chasseurs finissent par leur ressembler ; ils n'en croient pas moins mener la vie des rois.
Erasme 1469-1536 Eloge de la folie Le Monde de la philosophie/Flammarion XXXIX p.64-65

mercredi 27 novembre 2013

PSA-Varin Crime contre la société



Le groupe PSA, constitué des marques Citroën et Peugeot, toujours propriété de la famille Peugeot, est en grandes difficultés depuis plusieurs années. Aux restructurations de chaînes d’assemblage succèdent les mesures d’économies touchant gravement le personnel de fabrication, d’exécution comme d’encadrement, et les rumeurs de plans sociaux manipulés par la direction afin de préparer tous et chacun à des mesures plus sévères encore sans doute déjà programmées.

Depuis quatre ans à la tête de ce groupe emblématique de l’industrie automobile française, un homme : Philippe Varin. Ancien polytechnicien, président du directoire de PSA, c’est lui qui négocie actuellement une augmentation de capital de 4 milliards dans laquelle sont impliqués sont partenaire chinois Dongfeng et… l’Etat, -donc le contribuable !- français. Les craintes quant à l’avenir de ce groupe sont fondées puisque, pour maintenir la tête des actionnaires hors de l’eau, et la survie industrielle, son directoire orienté par Philippe Varin a déjà considérablement réduit les dépenses d’investissement durant le troisième trimestre 2013. Or il n’est pas nécessaire d’avoir chaussé le bicorne noir et porté l’épée pour savoir qu’une entreprise qui n’investit pas, ou pas assez, se condamne à une mort lente, parfois brutale !

Venu de la sidérurgie, cet homme qui a commencé sa carrière chez Péchiney s’est rendu visible dans le monde spéculo-industriel en vendant Corus Steel, au prix fort, au terme d’enchères qui avaient défrayé la chronique, au groupe indien prédateur Tata. L’opération financière avait été saluée. Mais, dans le contexte ardu de la mondialisation assis sur une concurrence effrénée capable d’aller jusqu’au meurtre social pour réussir ses coups, elle était loin des préoccupations ordinaires de production d’une entreprise industrielle.

Aujourd’hui, forcée de constater qu’elle a fait le mauvais choix en embauchant un homme de ferraille plutôt que d’automobile, la famille Peugeot décide de revoir sa copie, d’indiquer la sortie à Philippe Varin, et de confier les rênes de l’entreprise moribonde, dès 2014, à un nouvel expert issu tout droit des couloirs de son rival principal Renault. La manœuvre ressemble fort à une panique de généraux de plomb sur un front enfoncé de toutes parts.

Cette situation prouve, une fois de plus, mais toujours aux dépens du peuple laborieux, que croire au génie des seuls rejetons de prétendues grandes écoles mène plus souvent à la défaite qu’à la victoire !

Monsieur Philippe Varin va donc quitter ses fonctions à la tête du groupe PSA après avoir échoué, selon les spécialistes, et entraîné dans son échec des milliers de salariés, généré des détresses profondes, multiplié les promesses de misère dont il semble ne pas se sentir l’auteur. Pour preuve de son innocence insolemment affirmée par lui, il va se retirer des affaires avec une retraite chapeau d’un montant de 21 millions d’euros versée en rente annuelle, somme intégralement financée par l’entreprise et, semble-t-il, totalement exonérée de charges sociales. Chapeau… l’artiste !

A croire que la famille Peugeot est prête à tout pour envoyer au diable ce grand patron trop encombrant. Prête à tout, surtout à faire passer directement de la poche déjà bien vide du contribuable (vous et moi) à la poche déjà bien pleine de Philippe Varin la participation financière attendue de l’Etat au redressement de l’entreprise !

Nul doute qu’avec un tel pactole, le héros de cette entourloupe pourra se retirer loin des lieux où se développeront les résultats de son court règne à la tête de PSA, à des années-obscurité des tragédies créées par ses décisions. Il ne verra rien des vies brisées, des familles condamnées à la survie, des enfants envoyés dans des zones de non-droit plutôt qu’à l’école, des dépressions nerveuses, de la violence née de l’inactivité forcée, des trafics de tout poil, des suicides… Hors de sa vue les misères d’un peuple inodore, incolore et sans saveur puisque… ignoré !

Avec cette affligeante affaire, la société a une fois de plus sous les yeux la démonstration que la rente de situation n’est attachée qu’à la fonction obtenue par cooptation (synonyme de copinage), certainement pas à la compétence, ni au talent, encore moins à la volonté de travailler ensemble pour gagner ensemble. Une fois de plus, la « France du bas » (si élégamment qualifiée ainsi par un ancien premier ministre) constate les étonnantes aptitudes à la cécité, à l’amnésie, à l’insensibilité de la « France du haut », toutes infirmités présentées par ceux-là mêmes qui en sont atteints comme des qualités indispensables à leur rayonnement.

Fort heureusement, tous les crimes tombent sous le coup de lois nationales ou internationales. Outre ceux, évidents, qui constituent une infraction pénale, passibles des tribunaux ordinaires d’un pays, ceux commis par des groupes, institutions ou Etats sont, depuis l’accord de Londres du 8 mai 1945, jugés, leurs auteurs condamnés par des juridictions internationales dont la Cour pénale internationale. Ils ont été justement baptisés « Crimes contre l’humanité ». C’est le cas de l’assassinat, de l’extermination, de la réduction en esclavage, de la déportation, des persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux. La qualification de « Crime contre l’humanité » exige le constat d’une volonté, d’une intention affirmée d’une discrimination chez son (ses) auteur(s). Ainsi en est-il, par exemple, de l’antisémitisme.

Or, échappent à ces règles et lois nationales et internationales les délits de maîtres de l’économie dont les comportements aboutissent pourtant à de véritables drames sociaux. Où sont les responsables de la catastrophe de Bophal, en Inde, qui a fait plusieurs dizaines de milliers de victimes ? Que devient le maharaja de Florange, à la tête du groupe Arcelor-Mittal ? Que font aujourd’hui les manipulateurs de Good Year ? La liste pourrait être longue ; elle grandit chaque jour nouveau qu’ouvre le calendrier.

Pourtant, ces comportements sont eux aussi volontaires et froidement décidés, résultats d’une intention affirmée : faire le plus vite possible (ici quatre ans !) sur le dos de tous, personnels de l’entreprise et citoyens contribuables, le maximum de profits à distribuer à quelques-uns, quels que soient ce que les militaires appellent les « dégâts collatéraux » ! Et ces stratégies de développement financier, cet oubli programmé de celles et ceux qui, sur le chantier ou à leurs machines, sont à l’origine même des grandes fortunes, aboutissent aux résultats comparables à ceux obtenus par les fous d’un dieu quel qu’il soit, les frénétiques d’une culture exclusive, les obsédés d’une frontière née seulement dans leur délire. Elles aboutissent aux mêmes résultats : ruines individuelles, destruction du tissu social, stérilisation des meilleurs talents, abrutissement de la jeunesse (qui durerait jusqu’à quarante ans !) et mépris de la vieillesse (qui commencerait à quarante ans !), maladies provoquées par la déchéance et la cohabitation quotidienne avec la honte, par l’épuisement, ou (répétons-le parce que notre pays en détient de tristes records) la mort « choisie » (souvenons-nous de France Télécom).

C’est toute la société qui est victime de prédateurs sans foi ni loi, souvent pressés d’aller planquer leur butin dans des paradis fiscaux, qui est exploitée, mise en coupe réglée, saignée à blanc, rognée jusqu’à l’os, qui voit ses enfants sacrifiés, sa culture offerte au mieux payant, ses forces vives manipulées, détournées, retournées contre elle-même par ceux-là, en vertu d’un principe indigne qu’ils appliquent sans sourciller : « Après moi… le déluge ! »

A l’heure où les Restos du cœur redoutent de dépasser le million d’assistés durant la nouvelle saison froide, où les pouvoirs publics appellent avec raison à la solidarité nationale, où les élus de la Nation sont pris à la gorge par une dette publique incompressible qui rend le pays ingouvernable, où des légions de bénévoles manquent de moyens pour tenter de limiter les dégâts provoqués par quelques fanatiques du libéralisme économique, où explose le nombre des détresses et des suicides, nous pouvons légitimement nous demander pourquoi ces délinquants en col blanc, ces navigateurs internationaux de la finance, ces spécialistes de la spoliation des humbles, présentés par le monde anglo-saxon notamment comme des modèles de réussite, ne tombent pas sous le coup des lois.

L’évidence est là : ils jouent entre eux dans une cour de non-droit. Aucun texte réglementaire ne leur interdit de commettre ces actes délictueux.

Mais, ce constat est à mettre à l’actif de l’affaire PSA-Varin : le tragique de notre temps nous indique que nous touchons au terme de ces jeux criminels.

Il est urgent, maintenant, aujourd’hui, ce soir, de doter notre humanité d’un arsenal juridique qui permettra, sinon de mettre hors d’état de nuire les délinquants économiques et financiers et les prédateurs internationaux, au moins de les contraindre à recouvrer la vue, l’ouïe, le cœur et, avec le sens de l’honneur, les voies du respect de l’autre.

Il est urgent de créer la notion de « CRIME CONTRE LA SOCIETE » !

Que ces gens-là et leurs complices, les généreux donateurs de retraite chapeau et leurs bénéficiaires, sur plainte de leurs victimes ou de l’Etat, soient jugés par des représentants des peuples, qu’ils aient à rendre des comptes, qu’ils justifient l’emploi des royaux profits réalisés sur le dos de leurs sujets d’un nouveau genre. Qui, par exemple, savait hier encore que l’ « exemplaire Allemagne » n’a pas de salaire minimum obligatoire, que nombre des ses entreprises paient leurs salariés deux ou trois euros de l’heure, et que, si certains y roulent en berlines de grand luxe, des millions d’autres n’ont pas de quoi s’y offrir un vélo ?

Comme, autrefois, en matière de « Crimes contre l’humanité », L’Europe peut devenir, aujourd’hui, l’inspiratrice d’une telle révolution pacifique.

Qu’il devienne impossible de quitter un fauteuil doré, les poches pleines de 21 millions d’euros, après avoir laissé mettre à mal la société, par voie de conséquence, ruiné celles et ceux qui, par leur travail quotidien, ont gagné cet argent, serait maintenant la preuve de la réelle suppression de l’esclavage, celle aussi de la vraie modernité humaine substituée à la primitive loi de la jungle… une exigence absolue !

Plutôt que la TVA sur les heures de poney dans les centres équestres, les instances européennes ont là LE chantier d’avenir à ouvrir. Pourront-elles… oseront-elles le faire ?

C’est à nous, citoyens électeurs, de l’exiger !

Salut et Fraternité.

mercredi 20 novembre 2013

Sous les étoiles de septembre...



Sous les étoiles de septembre
Notre cour à l’air d’une chambre
Et le pressoir d’un lit ancien
Grisé par l’odeur des vendanges
Je suis pris d’un désir étrange
Né du souvenir des païens

Refrain
Couchons ce soir sur le pressoir
Et tous les deux faisons cette folie
Couchons ce soir sur le pressoir
Margot, Margot ma jolie.

Refrain
Parmi les grappes qui s’étalent
Comme une jonchée de pétales
Ô ma bacchante ! roulons-nous
J’aurai l’étreinte rude et franche
Et les tressauts de ta chair blanche
Ecraseront les raisins doux.

Refrain
Sous les baisers et les morsures
Nos bouches et les grappes mûres
Mêleront leur sang généreux
Et le vin nouveau de l’automne
Ruissellera jusqu’en la tonne
D’autant plus qu’on s’aimera mieux

Refrain
Au petit jour, dans la cour close
Nous boirons la part de vin rose
Œuvrée de nuit par notre amour
Et dans ce cas tu peux m’en croire
Nous aurons pleine tonne à boire
Lorsque viendra le petit jour.

Gaston COUTÉ poète pacifiste et libertaire (Beaugency 1880-Paris 1911)
Extrait de Chansons à boire – Chanter les vins de Loire  éd. du Chasse-Marée/Collectif Traditions Orales/Ethno Centre

lundi 11 novembre 2013

MACHIAVEL : L'art de la guerre.


Peut-être pourrions-nous, en ce jour de commémoration d'une tragique victoire, en hommage à nos Anciens, soldats citoyens que des "princes" avaient envoyés sur un front dont ils ne reviendraient pas, méditer ces lignes de Machiavel, extraites de L'Art de la guerre :

N'avez-vous pas chez vous un proverbe qui vient à l'appui de mon opinion ? "La guerre fait les voleurs, et la paix les fait pendre."
Lorsqu'en effet un individu qui vivait uniquement de la guerre a perdu ce moyen de subsister, s'il n'a pas assez de vertu pour pouvoir se courber, en homme d'honneur, sous le joug de la nécessité, il est forcé par le besoin à courir les grands chemins, et la justice à le faire pendre.
(...) Permettez-moi d'achever le développement de mes deux propositions : l'une, qu'un honnête homme ne peut embrasser, pour sa profession, le métier des armes : l'autre, qu'une république ou des royaumes sagement constitués ne l'ont jamais permis à leurs citoyens ou à leurs sujets. Je n'ai plus rien à dire sur la première de ces propositions ; il me reste à vous entretenir de la seconde.
(...) Tant que le république se maintient pure, jamais un citoyen puissant  n'entreprit de se servir de la profession des armes pour maintenir pendant la paix son autorité, renverser toutes les lois, dépouiller les provinces, tyranniser sa patrie et tout soumettre à sa volonté. Jamais un citoyen des dernières classes du peuple n'osa violer son serment militaire, attacher sa fortune à celle des particuliers, braver l'autorité du Sénat, et concourir à des attentats contre la liberté, afin de pouvoir vivre en tout temps  de son métier des armes. Les généraux, dans ces premiers temps, satisfaits des honneurs du triomphe, retournaient avec plaisir à la vie privée. Les simples soldats déposaient leurs armes avec plus de plaisir encore qu'ils ne les avaient prises et reprenaient leurs occupations accoutumées, sans avoir jamais conçu le projet de vivre du produit des armes et des dépouilles de la guerre.
(...) Un Etat bien constitué doit donc ordonner aux citoyens l'art de la guerre comme un exercice, un objet d'études pendant la paix ; et, pendant le guerre, comme un objet de nécessité et une occasion d'acquérir de la gloire, mais c'est au gouvernement seul, ainsi que le pratiqua celui de Rome, à l'exercer comme métier. Tout particulier qui a un autre but dans l'exercice de la guerre est un mauvais citoyen ; tout Etat qui se gouverne par d'autres principes est un Etat mal constitué.
Machiavel 1469-1527 L'art de la guerre Livre premier.


jeudi 4 juillet 2013

Génie en exil...

Tous les matins, le journal de France Culture ouvre ses fenêtres sur le monde.
Billet d’esprit de Philippe Meyer, chronique sérieuse de Brice Couturier, analyse politique fine d’Hubert Huertas, réactions parfois surprenantes des invités réguliers ou occasionnels… j’y trouve toujours un grand intérêt.
Mais, ce matin, c’est la consternation qui l’a emporté !
Marc Voinchet recevait un Russe, Sergueï Gouriev.
Ses analyses socio-économiques ont fait de cet homme, paraît-il, un dangereux contestataire indésirable dans les couloirs du Kremlin. Au point qu’il a dû venir se réfugier en France !
Ce prétendu génie en exil aurait raté le prix Nobel d’économie à plusieurs reprises, de peu, paraît-il encore !
Formé aux Etats-Unis (il y a même enseigné !), Gouriev prétend dénoncer la corruption dans son pays, les pratiques politico-financières d’une intelligentsia au-dessus de tous les contrôles, l’émergence d’une maffia d’un nouveau style dont les actions et profits ressemblent fort à l’ancienne, l’autoritarisme impérial d’un Poutine tout puissant, la fuite des capitaux qui appauvrit le pays… Mais, jusqu’à il y a quelques mois, ce nouveau héros du parler vrai n’était autre que… le conseil et la plume de… Medvedev alors président de Russie, dont chacun sait (leur jeu de chaises musicales en est la preuve !) qu’il est en accord total avec Poutine pour la confiscation de droits et libertés du peuple.
Que venait-il faire, ce matin, sur les ondes de cette radio française de qualité ?
Il venait y déballer des banalités affligeantes, mais exprimées en langue anglaise (ce qui leur conférait d’emblée une valeur évangélique !), cette langue qui permet, à coup sûr, de décrocher le moment venu le fameux prix créé par les inventeurs de la dynamite.
L’« exilé » en France Sergueï Gouriev s’exprimait chez nous dans cet idiome pour prouver sans doute au monde entier ses qualités de Monsieur Propre de la planète (un de plus… comme Obama prix Nobel de la Paix !!!), et de citoyen… du monde !
S’il ne maîtrise pas le français (ce que je peux comprendre, bien que les Russes cultivés tiennent à pratiquer notre langue aujourd'hui encore) pourquoi cet esprit universel n’a-t-il pas confié ses inestimables confessions aux auditeurs matinaux de France Culture dans sa langue maternelle, le russe, dont les harmonies valent au moins autant que les marmelades anglo-saxonnes ? Que nul ne me dise qu’il ne se trouvait aucun interprète russe-français à Paris capable de saisir puis de faire partager les subtilités des analyses de Sergueï Gouriev… je ne le croirais pas !
Alors, pourquoi ?
Peut-être l’a-t-il fait pour singer les prétendus grands communicants de notre temps qui se croient condamnés à rester petits s’ils viennent à rester fidèles à leurs racines.
Peut-être aussi l’a-t-il fait pour ajouter son accent slave à l’inoubliable langue des Bush afin d’accentuer ses mérites et souffrances d’exilé politique : « Voyez comme je dois me faire violence pour, loin de chez moi, continuer à tenter de rendre le monde plus intelligible, et l’humanité plus intelligente ! Un sacerdoce ! Que dis-je ? Un sacrifice ! »
Mais, comme le Canada Dry d’hier qui ressemblait à une boisson alcoolisée sans en être, un séjour à l’étranger peut avoir la couleur de l’exil, le goût de l’exil, la saveur de l’exil, sans être pour autant… un véritable exil !
Il est des exils apparents qui relèvent davantage de la manipulation que de l’engagement à risques. Il en est même qui ne sont que le résultat de la trouille habilement déguisée en désir de protection pour continuer un prétendu combat.
N’est pas Voltaire qui veut !
N’est pas Victor Hugo qui veut !
Ma consternation de ce matin ne résulte pas du comportement de cet homme dont la nature ressemble beaucoup à celle de très nombreux autres qui, s’appuyant sur l’inculture galopante de notre époque, veulent faire passer leur fuite pour un assaut, mais à la confusion faite par l’équipe de presse qui l’accueillait, la confusion fréquente de nos jours entre couardise et courage !
Consternation ! Car l’équipe matinale de France Culture ne m’avait pas habitué à une telle faiblesse.
A propos de faiblesse de la presse…
Ne trouvez-vous pas curieux que, depuis le départ d’Obama d’Afrique du Sud et son numéro d’acteur dans une sinistre cellule de prison, l’agonie du grand Nelson Mandela soit évacuée des journaux ? Plus personne n’en parle, comme si la planète journalistique digérait mal d’avoir été flouée de la mort en direct du courageux lutteur anti-apartheid dans les bras de l’illusionniste président des Etats-Unis !
Belle ultime preuve de résistance contre l’inhumanité états-unienne donnée par Mandela mourant : il a refusé d’offrir sa mort à l’homme représentant du pays qui emprisonne les noirs, les passe à la chaise électrique, espionne le monde entier (amis et ennemis confondus), tue les abeilles après avoir exterminé les Indiens, maintient en camp de concentration, à Guantanamo, des êtres humains hors de toute décision de justice et de tout contrôle international.
Mandela... mort ou vivant ?
Certains silences, sous couvert de trop grande richesse de l’actualité, deviennent des complicités.
Certains bruits… aussi !
Quoi qu’il en soit, n’oubliez pas, Monsieur Gouriev : n’est pas Victor Hugo qui veut !
Mais votre stratégie paiera : vous serez de la nouvelle génération des prix Nobel de paille !
Car… les médailles en chocolat vont plus souvent sur les poitrines des fuyards que sur celles des héros !
Salut et Fraternité !


jeudi 20 juin 2013

VITTE... des Fleurs !

A propos de Des Fleurs à l'encre violette, Thierry Vitte, lecteur fidèle de mes livres, m'écrit ses impressions. Je ne résiste pas au plaisir de les partager avec vous (il m'a très amicalement autorisé à le faire). 
Je vous ai découvert avec "Cantate de cristal" qui m'avait tout de suite donné envie de lire le suivant qui venait juste de sortir en librairie, tant j'ai adoré cette histoire et votre façon de la raconter. "Des fleurs à l'encre violette" m'a confirmé aujourd'hui que j'adore lire ce que vous écrivez. Il y a dans ce livre toute l'émotion qui me permet de me déconnecter des histoires sordides qui jalonnent ma vie professionnelle et de la pollution médiatique des faits de notre société actuelle. Dans votre livre vous décrivez tant de choses qui me ramène à mon enfance, des images, des ambiances, des odeurs, même si cela se passait pour moi dans les années 60 et puis et surtout, au fil des pages on remonte le temps, on se transporte à l'époque de la narration pour arriver à vivre avec les personnages. Vous avez imaginé cette histoire qui devient très vite notre histoire (lecteur), la fusion est instantanée. Votre écriture est si fluide et limpide que, même à 3h00 du matin, les paupières lourdes de sommeil, je ne pouvais me résoudre à quitter ce monde qui m'emmenait loin de chez moi. Merci pour ce que vous faites vivre à vos lecteurs, nous sommes nombreux à apprécier votre talent d'écrivain. Bien amicalement.
Merci, cher ami des livres !

mardi 18 juin 2013

BARROSO : "France réactionnaire..."

Selon l’oligarque ultralibéral Barroso, la France serait...  
« REACTIONNAIRE » !
Ne nous y trompons pas : il ne s’agit pas d’un compliment adressé par un vassal des Anglo-saxons à un pays qui entend ne pas se laisser soumettre à la seule vision mondialiste imaginée et imposée par Washington, dans la foulée des si tristement célèbres Wall Street et City !
Il s’agit d’une insulte adressée par un homme au pouvoir autoproclamé, même pas élu, à ceux qui entendent faire reconnaître qu’il n’existe pas dans le monde que la culture des hamburger, boisson gazeuse à la cocaïne, affameurs détenteurs du monopole des semences et empoisonneurs aux pesticides, banques perverses, menteurs officiels à propos de détention par d’autres d’armes de destruction massive, producteurs de films d’une violence extrême, marchands de fusils d’assaut à leurs propres enfants, d’un homme au pouvoir méprisant, même pas élu, qui osait prétendre représenter l’Europe aux obsèques dispendieuses d’une Margaret Thatcher anoblie pour avoir massacré les ouvriers de sa « gracieuse Majesté », d’un homme générateur de misère dans une Europe dont il malmène chaque jour la vie démocratique.
De quel droit « divin » ce fils spirituel du dictateur Salazar, l’intégriste religieux qui a fait tant de mal au peuple portugais voilà quelques dizaines d’années, cet intégriste du monopole anglo-saxon se permet-il d’insulter, avec la France, les parlementaires européens qui ont voté le respect de l’exception culturelle européenne et les parlements nationaux qui se sont prononcés pour la résistance contre l’impérialisme d’un Etat qui détient toujours des centaines d’hommes à Guantanamo, sans procès ni perspective d’examen par la justice, dans un camp de concentration digne des pires lieux de tous les totalitarismes de l’histoire ?
De quel droit ce professionnel des corridors et lambris dorés se permet-il de définir la politique européenne, de donner des leçons aux représentants élus des Etats souverains qui composent l’Union, lui qui n’est pas élu, dont la seule mission est d’exécuter les décisions prises par ceux qui tiennent leur pouvoir du suffrage universel ?
En insultant la France, ce privilégié des institutions européennes insulte tous les Français !
En insultant les élus des peuples d’Europe, c’est la démocratie européenne qu’il insulte !
En insultant l’exception culturelle européenne, c’est toute la création européenne, tout le potentiel de présence active de l’Europe dans le monde, toute la dynamique sociale et politique de notre Europe qu’il nie, c'est la tradition d'humanisme européen qu'il piétine, lui qui est payé par les contribuables de notre Union pour, au contraire, les promouvoir !
Ses propos iniques sont de même nature que ceux d’un certain Ronald Rumsfeld, l’ami intime du si brillant inculte G-W Bush, quand il parlait, voilà quelques années, au moment de la « guerre d’Irak », de « la vieille Europe » (oubliant de se rendre compte que ses « jeunes Etats-Unis » sont le plus archaïque Etat du monde puisque celui qui tente de déguiser en progrès le retour à la primitive loi de la jungle !)
Question : Combien cet homme est-il payé par le contribuable européen, par vous et moi, (rémunération, primes multiples et diverses, avantages en nature…) pour détruire sans cesse, de déclarations en génuflexions devant les veaux d’or anglais et états-uniens, tout ce que des millions de travailleurs, de concepteurs, de chefs d’entreprises, d’artistes construisent si courageusement chaque jour sur notre continent ? Combien ?
Sommes-nous masochistes au point de nourrir (voire gaver), vêtir, promener comme un monarque absolu, de palace en palace, cet homme qui, sous couvert de mondialisation inéluctable et d’hyper-libéralisme qu’il prétend seule philosophe politique capable de faire le bonheur des peuples du monde ?
Sommes-nous assez anesthésiés pour subir sans réagir les attaques de cet homme qui, sans une seule voix d’électeur d’Europe (puisqu’il n’est même pas élu !), se considère comme le super chef d’un Etat virtuel capable d’imposer sa loi à tous les détenteurs de mandat démocratique de notre continent ?
Au risque de créer une crise (qui ne sera pas plus grave que ce qu’il fait subir depuis des années à l’Union européenne), il est urgent de renvoyer chez lui cet homme, sans préavis ni indemnité.
C’est ainsi, sans ménagements, que les patrons ultra-libéraux, ses amis, traitent leurs salariés coupables de faute !
Appliquons-lui d’urgence la loi de son monde de sauvages : DEHORS !
Salut et Fraternité.
Image : Drapeau européen. Photographe inconnu. Droits réservés.

samedi 18 mai 2013

Un hobereau perdu...


Un hobereau perdu
Qui, hier encore, hantait les rives du pouvoir,
Convaincu de mensonge et de forfanterie,
Se trouva, un beau jour…
En passe de retour !
Eh, quoi… hurlaient les uns, il nous a tous trompés !
Alors… disaient les autres, n’avez-vous pas chez vous
Quelque autre malandrin amoureux des affaires,
Quelque baron suspect, ou quelque élu ripoux
Coupable au quotidien des pires avanies ?
D’un mur à l’autre de la Chambre,
On se jetait des mots qui ne valaient pas l’ambre,
Des noms d’oiseaux, des railleries, des invectives,
De salaces injures d’écoliers attardés.
Quand soudain la nouvelle parcourut les couloirs :
Ce hobereau perdu, par un soutien fidèle
D’électeurs trop heureux de tenir un modèle…
Recouvrait son pouvoir !
Les ennemis d’hier attachés au fauteuil,
Les Panurge, Cassandre… endormis d’un seul œil,
Pressés de l’accueillir,
Prièrent leur Conscience de savoir… en finir
Avec ses préventions !
Alors,
D’un mur à l’autre de la Chambre,
Et du sol au plafond,
Convaincus que chacun et tous comme un seul homme,
Exposés au désir de planquer grandes sommes
D’euros bien mal acquis dans un pays martyr,
Pourraient être conduit à vivre ainsi un jour…
On se tut, on ouvrit les bras, on exulta !
On le reçut !
La vie parle-ment-taire valait bien qu’on pardonne
A celui qui avait plus d’un tour dans son sac,
Et qu’on l’autorisât à présenter son cul
Au velours de la Chambre ! Il reprit son fauteuil…
Il devint exemplaire en repenti utile aux services d’Etat.
Si soumis, si docile enfin qu’un beau matin
Le Prince lui refit cadeau d’un… maroquin !
On le revit sourire aux étranges lucarnes,
Et donner des leçons de morale à ses gens
Condamnés par misère à manger de la carne !
Il avait recouvré… fortune et entregent.
De cette affaire enfin, l’Histoire fit son deuil.
On l’appelle, depuis, dans les rues du pouvoir,
Avec onction, respect,
Secouant l’encensoir…
Le cas Huzac !
Salut et Fraternité.

Image : couverture de Au plaisir d'ENA Gilles Laporte éd. DGP Québec 2001

lundi 6 mai 2013

Le Livre et... la Vie !

Discours de Federico Garcia Lorca
à la population de Fuente Vaqueros pour l’inauguration de la bibliothèque
Province de Grenade - septembre 1931.

Quand quelqu'un va au théâtre, à un concert ou à une fête quelle qu'elle soit, si le spectacle lui plaît il évoque tout de suite ses proches absents et s'en désole: "Comme cela plairait à ma sœur, à mon père!" pensera-t-il et il ne profitera dès lors du spectacle qu'avec une légère mélancolie. C'est cette mélancolie que je ressens, non pour les membres de ma famille, ce qui serait mesquin, mais pour tous les êtres qui, par manque de moyens et à cause de leur propre malheur ne profitent pas du suprême bien qu'est la beauté, la beauté qui est vie, bonté, sérénité et passion.
C'est pour cela que je n'ai jamais de livres. A peine en ai-je acheté un, que je l'offre. J'en ai donné une infinité. Et c'est pour cela que c'est un honneur pour moi d'être ici, heureux d'inaugurer cette bibliothèque du peuple, la première sûrement de toute la province de Grenade.
L'homme ne vit que de pain. Moi si j'avais faim et me trouvais démuni dans la rue, je ne demanderais pas un pain mais un demi-pain et un livre. Et depuis ce lieu où nous sommes, j'attaque violemment ceux qui ne parlent que revendications économiques sans jamais parler de revendications culturelles: ce sont celles-ci que les peuples réclament à grands cris. Que tous les hommes mangent est une bonne chose, mais il faut que tous les hommes accèdent au savoir, qu'ils profitent de tous les fruits de l'esprit humain car le contraire reviendrait à les transformer en machines au service de l'état, à les transformer en esclaves d’une terrible organisation de la société.
J'ai beaucoup plus de peine pour un homme qui veut accéder au savoir et ne le peut pas que pour un homme qui a faim. Parce qu'un homme qui a faim peut calmer facilement sa faim avec un morceau de pain ou des fruits. Mais un homme qui a soif d'apprendre et n'en a pas les moyens souffre d'une terrible agonie parce que c'est de livres, de livres, de beaucoup de livres dont il a besoin, et où sont ces livres ?
Des livres! Des livres! Voilà un mot magique qui équivaut à clamer: "Amour, amour", et que devraient demander les peuples tout comme ils demandent du pain ou désirent la pluie pour leur semis. - Quand le célèbre écrivain russe Fédor Dostoïevski - père de la révolution russe bien davantage que Lénine - était prisonnier en Sibérie, retranché du monde, entre quatre murs, cerné par les plaines désolées, enneigées, il demandait secours par courrier à sa famille éloignée, ne disant que : " Envoyez-moi des livres, des livres, beaucoup de livres pour que mon âme ne meure pas! ". Il avait froid ; ne demandait pas le feu, il avait une terrible soif, ne demandait pas d'eau, il demandait des livres, c'est-à-dire des horizons, c'est-à-dire des marches pour gravir la cime de l'esprit et du cœur. Parce que l'agonie physique, - biologique, naturelle d'un corps, à cause de la faim, de la soif ou du froid, dure peu, très peu, mais l’agonie de l’âme insatisfaite dure toute la vie !
La devise de la République doit être la culture.
La culture, parce que ce n'est qu'à travers elle que peuvent se résoudre les problèmes auxquels se confronte aujourd'hui le peuple plein de foi mais privé de lumière.
N'oubliez pas que l'origine de tout est la lumière.
Federico Garcia Lorca
Poète espagnol tombé sous les balles des complices de Franco en 1936.

mercredi 24 avril 2013

ACTA EST FABULA !

Voilà… La pièce est finie !
Une désespérante tragi-comédie tournée en décors naturels dans une Lorraine en ruines, à rebondissements tous plus cyniques les uns que les autres, avec des acteurs de triste composition dans les rôles de pseudo-décideurs politiques, de redoutables comédiens de métier dans les rôles patronaux, et des centaines, des milliers de figurants aux joues et mains noires englués dans leur sentiment permanent d’angoisse et de trahison.
La pièce est finie !
Le rideau tombe aujourd’hui sur un passé de travail qui a permis, hier encore, de faire la richesse et le rayonnement de la France.
Les comédiens professionnels ont déserté le plateau.
Ne restent, dans les coulisses, tous projecteurs et espoirs éteints, que les figurants aux joues et mains noires et parfum de ferraille, en compagnie de… leur misère !
Une nouvelle fois, ce pays lorrain, cette extrémité du nord-est dont Paris ne se souvient qu’en période critique, de toute Histoire, pour le courage de ses peuples et pour sa contribution aux finances nationales, voit s’ouvrir sur son sol un nouveau cimetière !
Comme si les champs de ruines laissés par les rois de France, les nécropoles militaires, les friches industrielles… n’y étaient pas encore assez nombreux !
Après les armées royales, les hordes cosaques et prussiennes, les rouleaux compresseurs allemands et alliés de la dernière guerre, la mise en coupe réglée de l’industrie par les spéculateurs indigènes des années 1970, il fallait bien qu’un Indien de l’Inde vînt massacrer le peu de témoignages survivants des qualités du peuple qui avait donné le plus de sang et d’énergie à la Nation !
Les hauts-fourneaux de Florange sont éteints aujourd’hui !
Avec eux, c’est la vie qui s’éteint, sacrifiée sur l’autel de la finance internationale par des grands prêtres d’un libéralisme assassin !
Car enfin, à une époque où la demande d’acier ne cesse de croître dans le monde, il était sans doute possible de maintenir en activité des machines qui ont fait leurs preuves, et des hommes dont le savoir-être et le savoir-faire sont partout reconnus.
Sans doute était-il possible de permettre à des centaines de familles de continuer à « vivre et travailler dignement au pays » !
Mais les spéculateurs aux dents longues et doigts griffus préfèrent donner du travail de bagnards à des esclaves de « pays émergents », contre une poignée de riz quotidienne !
Cette mise à mort des hauts-fourneaux de Florange est une insulte faite à l’Histoire, un crime perpétré avec la bénédiction des ordonnateurs officiels de notre monde nourris aux OGM de Wall Street et de la City, la pire négation de l’avenir infligée à toutes celles et tous ceux qui osent encore penser et vivre comme des êtres humains.
Il faudra qu’un jour… bientôt… demain… ce soir ! soit créé un tribunal exceptionnel, comme le fut celui de Nuremberg, pour juger ces individus et leurs complices qui, au vu et au su du monde entier, au prétexte de dynamisme économique, commettent les pires crimes contre l’humanité !
Amies et amis, métallos de Florange, votre drame renforce encore mes racines ouvrières et lorraines dont je suis très fier. Nous sommes faits, pour toujours, du même… métal !
La pièce est finie.
Ils en ont fait une tragédie.
Je pense à vous !
Salut et Fraternité.
Image : Herserange, le dernier haut-fourneau... couché ! photo Gilles Laporte

mercredi 17 avril 2013

Je te tiens... tu me tiens...

Entre un Président et un Premier Ministre présentés par leurs proches eux-mêmes comme des individus sourds et aveugles, des ministres qui pour toute richesse déclarent posséder un âne, une voiture 4L, ou un appartement de misère, des parlementaires pince-sans-rire soucieux (paraît-il !) de « séparation des pouvoirs » qui commentent les décisions de justice et accusent les juges de comploter contre la République, des élus locaux qui se mettent à poil dans leur salle à manger en cachant l’ « essentiel » à l’aide d’une poignée de billets de banque… Derrière les manipulations de projets de… « mariage pour tous », confessions mises en scène de menteurs prétendus repentis, lutte contre l’évasion fiscale, moralisation de la vie politique, assainissement des finances publiques, création d’une commission (une de plus !) de contrôle du patrimoine des élus…
Que reste-t-il de notre pays ?
Il reste… un pouvoir exécutif adepte d’une nouvelle danse : un pas en avant, trois pas en arrière, des députés godillots mauvais comédiens d’une pièce de théâtre télévisée chaque mercredi, des sénateurs somnolents ou passionnés par des jeux en ligne pendant les séances, des patrons et sportifs et acteurs pleins aux as émigrés, des fonctionnaires parlementaires bénéficiaires d’une prime de chauffage de 4600 euros (parce que chacun sait qu’ils souffrent plus du froid dans les palais nationaux que les SDF sur les trottoirs !), une promotion Voltaire de l’ENA omniprésente et toute puissante qui voudrait démontrer chaque jour que seul le formatage de ce moule à gaufres génère intelligence, courage, compétence et générosité, une « réserve parlementaire » (argent de poche issu de fonds publics) exempte de tout contrôle, des moyens squelettiques pour une recherche moribonde, une ministre de l’Enseignement supérieur qui prévoit de faire préparer les diplômes de l’Université française en langue… anglaise, des dents et lunettes pour ceux qui peuvent payer (les autres n’en ont pas besoin puisqu’ils n’ont pas les moyens de bouffer, encore moins de voyager pour voir le monde !), une école de classe pour enfants de classe futures recrues de l’ENA, un Paris assassin de toutes les régions et cultures de France considérées comme simple cour de récréation ou terres d’élection sauvage, une ministre de l’Environnement donneuse de leçons d’économies d’énergie amoureuse des avions à réactions pour des sauts de puce de 350 kilomètres (par route), une femme agitée qui promet du sang au président de la République, un homme qui bat sa coulpe devant un public de citoyens insultés par lui sans pour autant renoncer à ses privilèges régaliens, … un… une…
Tableau affligeant (non exhaustif !) résultat d’un jeu imbécile que partagent toutes celles et tous ceux qui prétendent légiférer pour nous et nous gouverner.
La dernière alternance droite-gauche démontre, si besoin était, que la même origine, que les mêmes conditionnements, que la même pensée unique produisent les mêmes effets.
Elle permet de vérifier, une fois de plus, que le prétendu clivage droite-gauche-centre-haut-bas-avant-arrière n’a pour objet que d’amuser le peuple en lui donnant parfois l’impression de participer par son vote à la vie démocratique. Le jeu terrifiant de ces gens qui s’autoproclament « Elites » produit les émissions les plus suivies de téléréalité, les plus beaux espoirs toujours déçus, les attentes les plus vives de lendemains plus clairs pour celles et ceux qui passent leur vie dans une obscurité savamment entretenue par les tenants des pouvoirs soucieux de leur seule survie.
Car, à ce jour, nul n’a remis en cause l’accès à la profession d’avocat pour tout député battu, ni les privilèges accordés aux statuts d’ancien Président, ancien ministre, sénateur, député, ni à ceux attachés à des fonctions mystérieuses parce que régaliennes telles que celle de Trésorier-Payeur-Général, encore moins les « missions d’Etat » confiées à des dirigeants de syndicats, hier contestataires officiels des décisions élitaires, aujourd’hui leurs plus zélés défenseurs ! Nul ne remet en cause les privilèges de notre temps pourtant abolis par nos ancêtres durant la nuit du 4 août 1789 !
A l’insu du peuple, et dans l’irrespect absolu de ses besoins réels, ces acteurs politiques de tous horizons jouent à « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette… » aux seules fins de faire durer leur système dont ils tirent, chacun pour soi et Dieu pour tous, le plus juteux profit !
Elles/ils ne sont pas tous pourris. Nous en connaissons tous d’honnêtes. Celles et ceux qui ont un vrai sens du service public et de l’idéal démocratique sont même les plus nombreux. Mais ils sont muselés par les aboyeurs officiels, tenus au chantage pour l’investiture par les présidents de groupes parlementaires, chefs tripatouilleurs de partis politiques, et autres ambitieux en mal de trône.
C’est le système qui est pourri, cette nouvelle monarchie aussi criminelle que l’ancienne, celle couronnée qui avait tellement étranglé le peuple qu’elle en avait perdu la tête !
Prenons garde à ne pas laisser aller trop loin les dérives de ces… élites !
Parce que devenu incontrôlable, un peuple en colère est toujours terrifiant.
La TERREUR ! Notre Histoire l’a trop bien connue ! Sachons nous référer d’urgence aux vraies valeurs de l’humanisme pour éviter sa résurrection.
« Je te tiens, tu me tiens… »
Il ne faudrait pas que le couplet suivant soit celui de... La Carmagnole !
Il est grand temps de siffler la fin de la récréation.
Qui va savoir, ou oser le faire ?
Salut et Fraternité.
Image : couverture de Au plaisir d'ENA Gilles Laporte 2001 - éditions DGP Québec 

jeudi 28 mars 2013

Des Fleurs à l'encre violette... à la Télé !

Sur le bord du Canal de l'Est, écluse 23, Romain Hermant (TV RIV54) me questionne à propos de mon roman Des Fleurs à l'encre violette.
La campagne, de l'eau, un air de printemps tout neuf, et... mes personnages dans ce lieu au coeur de mon histoire...
,
Vous aurez accès à cet entretien en cliquant sur ce lien :

vendredi 15 mars 2013

FLAUBERT : Bouvard et Pécuchet...

Une oeuvre du 19ème siècle, à redécouvrir, pour le plaisir et... la permanence des comportements : Bouvard et Pécuchet.
Bel et bon... Gustave FLAUBERT !
Bouvard et Pécuchet se plongèrent dans l’archéologie celtique. D’après cette science, les anciens Gaulois, nos aïeux, adoraient Kirk et Kron, Taranis, Ésus, Nétalemnia, le Ciel et la Terre, le Vent, les Eaux, – et, par-dessus tout, le grand Teutatès, qui est le Saturne des Païens. – Car Saturne, quand il régnait en Phénicie épousa une nymphe nommée Anobret, dont il eut un enfant appelé Jeüd – et Anobret a les traits de Sara, Jeüd fut sacrifié (ou près de l’être) comme Isaac ; – donc, Saturne est Abraham, d’où il faut conclure que la religion des Gaulois avait les mêmes principes que celle des Juifs.

Leur société était fort bien organisée. La première classe de personnes comprenait le peuple, la noblesse et le roi, la deuxième les jurisconsultes, – et dans la troisième, la plus haute, se rangeaient, suivant Taillepied, les diverses manières de philosophes c’est-à-dire les Druides ou Saronides, eux-mêmes divisés en Eubages, Bardes, et Vates.

Les uns prophétisaient, les autres chantaient, d’autres enseignaient la Botanique, la Médecine, l’Histoire et la Littérature, bref tous les arts de leur époque. Pythagore et Platon furent leurs élèves. Ils apprirent la métaphysique aux Grecs, la sorcellerie aux Persans, l’aruspicine aux Étrusques – et aux Romains, l’étamage du cuivre et le commerce des jambons.
Mais de ce peuple, qui dominait l’ancien monde, il ne reste que des pierres, soit toutes seules, ou par groupes de trois, ou disposées en galeries, ou formant des enceintes.

Bouvard et Pécuchet, pleins d’ardeur, étudièrent successivement la Pierre-du-Post à Ussy, la Pierre-Couplée au Guest, la Pierre du Jarier, près de Laigie – d’autres encore !
Tous ces blocs, d’une égale insignifiance, les ennuyèrent promptement ; – et un jour qu’ils venaient de voir le menhir du Passais, ils allaient s’en retourner, quand leur guide les mena dans un bois de hêtres, encombré par des masses de granit pareilles à des piédestaux, ou à de monstrueuses tortues.
La plus considérable est creusée comme un bassin. Un des bords se relève – et du fond partent deux entailles qui descendent jusqu’à terre ; c’était pour l’écoulement du sang ; impossible d’en douter ! Le hasard ne fait pas de ces choses.

Les racines des arbres s’entremêlaient à ces rocs abrupts. Un peu de pluie tombait ; au loin, les flocons de brume montaient, comme de grands fantômes. Il était facile d’imaginer sous les feuillages, les prêtres en tiare d’or et en robe blanche, avec leurs victimes humaines les bras attachés dans le dos – et sur le bord de la cuve la druidesse, observant le ruisseau rouge, pendant qu’autour d’elle, la foule hurlait, au tapage des cymbales et des buccins faits d’une corne d’auroch.
Tout de suite, leur plan fut arrêté.

Et une nuit, par un clair de lune, ils prirent le chemin du cimetière, marchant comme des voleurs, dans l’ombre des maisons. Les persiennes étaient closes, et les masures tranquilles ; pas un chien n’aboya. Gorju les accompagnait, ils se mirent à l’ouvrage. On n’entendait que le bruit des cailloux heurtés par la bêche, qui creusait le gazon. Le voisinage des morts leur était désagréable ; l’horloge de l’église poussait un râle continu, et la rosace de son tympan avait l’air d’un œil épiant les sacrilèges.
Enfin, ils emportèrent la cuve.
Le lendemain, ils revinrent au cimetière pour voir les traces de l’opération.

L’abbé, qui prenait le frais sur sa porte, les pria de lui faire l’honneur d’une visite ; et les ayant introduits dans sa petite salle, il les regarda singulièrement.

Au milieu du dressoir, entre les assiettes, il y avait une soupière décorée de bouquets jaunes.
Pécuchet la vanta, ne sachant que dire.
-C’est un vieux Rouen reprit le curé, un meuble de famille. Les amateurs le considèrent, M. Marescot, surtout. Pour lui, grâce à Dieu il n’avait pas l’amour des curiosités.
Et comme ils semblaient ne pas comprendre, il déclara les avoir aperçus lui-même dérobant le font baptismal
Les deux archéologues furent très penauds, balbutièrent. L’objet en question n’était plus d’usage. N’importe ! Ils devaient le rendre.
Sans doute ! Mais au moins qu’on leur permît de faire venir un peintre pour le dessiner.
-Soit, messieurs.
- Entre nous, n’est-ce pas ? dit Bouvard sous le sceau de la confession !
L’ecclésiastique, en souriant les rassura d’un geste.

Ce n’était pas lui, qu’ils craignaient, mais plutôt Larsonneur. Quand il passerait par Chavignolles, il aurait envie de la cuve – et ses bavardages iraient jusqu’aux oreilles du gouvernement. Par prudence, ils la cachèrent dans le fournil, puis dans la tonnelle, dans la cahute, dans une armoire. Gorju était las de la trimbaler. La possession d’un tel morceau les attachait au celticisme de la Normandie.
Gustave Flaubert Bouvard et Pécuchet 1881

mardi 12 mars 2013

Candide : Vérole, saignée et lavement...


Méditons ensemble cet extrait du Candide de Voltaire, vieux de plus de deux siècles !

Candide (…) s'enquit de la cause et de l'effet, et de la raison suffisante qui avait mis Pangloss dans un si piteux état. « Hélas ! dit l'autre, c'est l'amour ; l'amour, le consolateur du genre humain, le conservateur de l'univers, l'âme de tous les êtres sensibles le tendre amour.

- Hélas ! dit Candide, je l'ai connu, cet amour, ce souverain des cœurs, cette âme de notre âme ; il ne m'a jamais valu qu'un baiser et vingt coups de pied au cul. Comment cette belle cause a-t-elle pu produire en vous un effet si abominable ? »

Pangloss répondit en ces termes : « O mon cher Candide ! vous avez connu Paquette, cette jolie suivante de notre auguste baronne ; j'ai goûté dans ses bras les délices du paradis, qui ont produit ces tourments d'enfer dont vous me voyez dévoré ; elle en était infectée, elle en est peut-être morte. Paquette tenait ce présent d'un cordelier très savant, qui avait remonté à la source ; car il l'avait eue d'une vieille comtesse, qui l'avait reçue d'un capitaine de cavalerie, qui la devait à une marquise, qui la tenait d'un page, qui l'avait reçue d'un jésuite, qui, étant novice, l'avait eue en droite ligne d'un des compagnons de Christophe Colomb. Pour moi je ne la donnerai à personne, car je me meurs.

- Ô Pangloss ! s'écria Candide, voilà une étrange généalogie ! n'est-ce pas le diable qui en fut la souche ?

- Point du tout, répliqua ce grand homme ; c'était une chose indispensable dans le meilleur des mondes, un ingrédient nécessaire ; car si Colomb n'avait pas attrapé, dans une île de l'Amérique, cette maladie qui empoisonne la source de la génération, qui souvent même empêche la génération, et qui est évidemment l'opposé du grand but de la nature, nous n'aurions ni le chocolat ni la cochenille ; il faut encore observer que jusqu'aujourdh'ui, dans notre continent, cette maladie nous est particulière, comme la controverse. Les Turcs, les Indiens, les Persans, les Chinois, les Siamois, les Japonais, ne la connaissent pas encore ; mais il y a une raison suffisante pour qu'ils la connaissent à leur tour dans quelques siècles. En attendant, elle a fait un merveilleux progrès parmi nous, et surtout dans ces grandes armées composées d'honnêtes stipendiaires, bien élevés, qui décident du destin des États ; on peut assurer que, quand trente mille hommes combattent en bataille rangée contre des troupes égales en nombre, il y a environ vingt mille vérolés de chaque côté.

- Voilà qui est admirable, dit Candide, mais il faut vous faire guérir.

- Et comment le puis- je ? dit Pangloss ; je n'ai pas le sou, mon ami ; et dans toute l'étendue de ce globe, on ne peut ni se faire saigner ni prendre un lavement sans payer, ou sans qu'il y ait quelqu'un qui paye pour nous. »
Voltaire Candide Genève 1759 - Image Voltaire par Quentin de La Tour