mardi 25 avril 2017

Présidentielle 1er tour




Une fois de plus, un président de la République sortant a fait comme s’il ne comprenait rien à l’état actuel de la France.

Pourtant, la simple lecture d’une carte des résultats électoraux du premier tour de l’élection que nous venons de vivre suffit à découvrir aujourd’hui la silhouette écartelée de notre pays : face à une France de l’Ouest « en marche », une France de l’Est « en colère ».

Comme, il n’y a pas si longtemps encore, un Paris-Auteuil-Neuilly bourgeo-aristocratique cher à Thiers, confronté au Paris-Bastille-Batignolles prolétaire cher aux Fédérés de la Commune.

Il n’est pas nécessaire d’être sorti de la botte de l’ENA pour se rendre compte que la France en rose (ouest) n’est autre que celle de l’aménagement du territoire, tandis que celle en bleu (est) est celle du déménagement du territoire.

Voici deux exemples éloquents : avec l’accord du pouvoir central, Nantes soigne à Notre-Dame-des-Landes son projet d’aéroport international gigantesque dont les pistes plongent dans l’Atlantique, et la SNCF met en service son nouveau TGV Paris-Bordeaux destiné aux vacanciers parisiens en partance pour la côte d’Aquitaine… tandis que, aux portes de l’Europe, Metz et Nancy doivent se contenter d’un aérodrome régional a dimension lilliputienne, et que la SNCF ferme la ligne de chemin de fer qui desservait Mirecourt, capitale de la lutherie, et deux stations thermales de renommée mondiale : Vittel et Contrexéville.

Cherchez l’erreur !

De tels exemples prouvent, si besoin était, que le choix institutionnel est évident.

D’un côté, une façade maritime riche de son littoral, de ses côtes à plages, ports de plaisance, casinos, et de son tourisme parisien enraciné tant à Deauville, qu’à Belle-Île-en-Mer, Royan ou Arcachon… de l’autre des régions frontalières austères rabotées par toutes les guerres, disputées par l’Histoire, semées de ruines, de cimetières militaires et de friches industrielles.

D’un côté, une « élite » conquérante et dominatrice qui a fait de la politique son métier et/ou sa rente (Juppé, Chirac, Hollande, Raffarin, Ayrault, Le Drian, Sarkozy, Balkany…), conteurs d’étranges fables, au regard sans cesse tourné vers un ouest lointain dont Washington est la capitale…  de l’autre des citoyens silencieux et résistants aux occupations, ouverts sur l’Europe des peuples qu’ils fréquentent depuis la nuit des temps, dont ils partagent les valeurs économiques et sociales, culturelles et spirituelles.

D’un côté, de prétendus républicains attachés à leurs privilèges, disposés à collaborer avec l’Union européenne à condition qu’elle soit française, atlantiste et inféodée aux Etats-Unis via la nouvelle autorité de l’Allemagne… de l’autre des populations attachées à la Croix de Lorraine chère au général de Gaulle, des citoyens ordinaires qui, sur décision du Premier Consul Bonaparte impressionné par leur courage et leur conscience civique, ont donné à la belle place royale de Paris le nom de leur pays « Place des Vosges », et à l’Europe son père : Robert Schuman.

D’un côté les dominants, de l’autre les soumis.

Et que dire de la couverture de la France d’Est par les « hauts fonctionnaires » ?

Quel énarque sorti en haut rang de sa couveuse artificielle préférera la sous-préfecture de Sarreguemines à celle de Biarritz, celle de Sedan à celle des Sables- d’Olonne, la préfecture de Belfort à celle de La Rochelle ? Les derniers de promotion -qui ne sont pas les moins ambitieux- n’ont pas le choix. Il leur reste les rebuts d’affectations, et arrivent dans ce grand orient de France avec la ferme intention d’y rester le moins longtemps possible, déterminés à l’excès de zèle paralysant, condition d’une éventuelle promotion, promesse de jours meilleurs sous un soleil plus chaud.

Et que dire de la couverture de cette France d’Est par les médias qui n’y promènent leurs plumes, micros et caméras que pour des crimes, des catastrophes subies ou annoncées, comme si le beau, le grand, l’authentique, le bien vivre ne se trouvaient que de l’autre côté ?    

Telles sont les deux essences d’une France contemporaine déchirée.

Tel est l’affrontement actuel exprimé par le vote de dimanche dernier, encore pacifique et citoyen, mais… pour combien de temps ?

Car… combien de temps encore les sacrifiés de l’Est supporteront-ils de s’entendre donner des leçons de fidélité à la République par des Présidents et leurs complices qui la trahissent au quotidien en n’accordant pas à tous les territoires la même attention, et à toutes les populations le même intérêt ?

Ce qu’ont exprimé les gens du Nord, de l’Est, du Sud-Est, de Dunkerque à Marseille, en passant par Epinal, Nevers et Valence, c’est une colère légitime, une révolte naissante provoquée par le développement des zones blanches, l’abandon grave des services publics, la nouvelle désertification rurale, les inégalités de traitement en matière de soins médicaux, les privilèges éducatifs urbains, la désindustrialisation violente, la détresse paysanne, le vide culturel que ne compensent pas les ostentatoires centre Pompidou de Metz ou du Louvre Lens. Ce qu’ils dénoncent, c’est le mépris affiché par les dirigeants de droite (où est-elle ?) comme de gauche (existe-t-elle encore ?) qu’ils ressentent chaque jour davantage comme une insulte. Ajouter à ce ressenti l’invitation présidentielle à « voter républicain » dans quelques jours, c’est ajouter à ce mépris ressenti et à ces insultes une dose d’insupportable manipulation en direction de ceux que ces « élites » prennent pour de dociles imbéciles.

Nos professionnels de la politique, résidents des palais nationaux, assistés du Trésor public qui les loge, les chauffe, les nourrit, les promène (parfois les habille, les coiffe et leur cire les chaussures) doivent savoir que les gens du Nord, de l’Est, du Sud-Est qui n’ont pas voté pour eux et leurs représentants appointés ne sont pas des fachos, des anti-républicains, des anti-européens, des empêcheurs de « vivre ensemble ». Ceux qui ont recueilli leurs suffrages doivent savoir, eux-aussi, que ces électeurs ne sont pas exclusivement des leurs, qu’ils ne se réjouissent pas des perspectives de repli sur soi et/ou d’affrontements idéologiques, d’exclusion de celles et ceux qui, venus d’ailleurs, paraissent différents alors qu’ils sont des femmes et des hommes en tous points semblables à eux-mêmes, qu’ils admettent la monnaie fédérale à condition qu’elle serve d’autres intérêts que ceux des spéculateurs. Souvenons-nous : le rejet a toujours fait le nid du pire ! Et les outrances sont de partout, hélas ! Ces gens du Nord, de l’Est, du Sud-Est n’en veulent pas. A l’opposé de ce qu’imaginent les déçus ou les réjouis du premier tour : ces gens sont des citoyens qui enragent de voir la République assassinée par ceux qui prétendent la représenter, qui assènent des leçons indignées en son nom.

Tous ces comédiens de la scène politique devraient se souvenir aujourd’hui que cette grande fracture de notre pays est leur résultat de plusieurs décennies de gouvernance clientéliste, communautariste, de classe, de préférence régionale et de déficience économique et sociale, de mépris de la justice, de sabotage de l’école, de soumission à des groupes de pression trop souvent peu honorables, de manipulation imprudente de la notion de laïcité, d’ignorance de la fraternité.

N’étaient les enclaves de la nouvelle banlieue parisienne que sont la région lyonnaise et les Alpes de Megève, c’est presque toute la France située au nord et à l’est d’une ligne reliant Rouen à Perpignan qui n’en peut plus d’être reconnue comme existante seulement en période électorale, qui n’en peut plus d’être ignorée bien que payante, qui exprime sa colère dignement encore, en parfait respect des valeurs de notre République, et en toute responsabilité citoyenne.



Dans ces régions sacrifiées, on veut pouvoir aller à Vittel autrement qu’à pied ou à cheval, communiquer du Mont Aigoual au Ventoux autrement que par des signaux de fumée, se rendre chez le médecin autrement que virtuellement par le truchement de l’ordinateur, à l’école sans traîner des heures durant, chaque jour, dans des autocars improbables, chez l’opticien sans redouter le montant de la facture, à la poste, chez le boulanger, à la gare, à la mairie, au musée, au cinéma et au théâtre, à l’usine, à l’atelier, au bureau… en toute liberté et en sécurité. Les richesses produites par leurs travailleurs le permettraient si elles n’étaient pas prélevées à la source par des actionnaires toujours plus avides, ponctionnées dès leur naissance par des fonds de pension et d’investissement étrangers qui en sucent tout le sang avant d’en jeter le cadavre, ou produites par des paysans que des intermédiaires spéculateurs poussent au suicide.

Qui, aujourd’hui, peut me dire ce qu’il adviendra de Baccarat ou d’Alsthom dans les cinq années à venir, ce qu’il adviendra surtout de leurs ouvrières et ouvriers, ce qu’il adviendra demain de nos éleveurs, maraîchers, céréaliers, de nos artisans, de nos créateurs, de nos artistes… qui ?

Durant les jours cruciaux à venir, les orateurs officiels ou officieux, professionnels politiques de tous les horizons, « politologues »,  « experts » de toutes les sciences prédictives ou… addictives, auront beau changer de mots, de ton et de regard, ils ne pourront pas arracher de notre livre d’histoire contemporain les pages qui témoignent de leur responsabilité dans la situation dramatique que connaît désormais notre pays.

Ils ont, eux-mêmes, tendu le piège qui les emprisonne aujourd’hui et nous condamne à jouer la tragique comédie d’un choix électoral impossible.

Trouverons-nous, ensemble, sans eux, les clés pour en sortir ?

Il suffit de regarder la carte des résultats…
Salut et Fraternité.


 Lecture de la carte du ministère de l'Intérieur : 
rose Macron - bleu foncé Le Pen - bleu clair Fillon - ocre Mélanchon 

jeudi 2 février 2017

Livre numérique... livre papier ?




Livre numérique... livre papier ?

Dès le premier regard, son charme m’emprisonne !
Qu’il soit grand ou petit, de couleur ou blafard,
De glace lumineuse ou de satin sans fard,
Il empoigne mon cœur et mon corps. J’en frissonne !

Alors, j’ose la main. Alors, énigmatique,
Il s’ouvre à la caresse, il se livre, il se donne,
M’invite à oublier le temps et ma mignonne,
Me découvre son âme et sa ligne érotique…

Oserai-je vous dire d’où il vient, ce qu’il est ?
Aimer, c’est partager ! Alors, aveu magique,
-Vous le répéterez à l’humain sympathique !-
Je peux vous murmurer son nom : « livre papier ».

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Un jour d’égarement, j’ai voulu le tromper,
Avec un… numérique, écran à tripoter !
Mais j’en suis revenu, la rétine en rognonne.

Alors, il m’a repris sans un mot de reproche,
S’est ouvert à Verlaine, à son ciel, à sa cloche,

A l’amour Liberté ! Je sais qu’il me pardonne.

  ©Gilles Laporte 2017 SACEM

dimanche 8 janvier 2017

Campagne électorale 2017


Au bruit de leurs sabots, ils sont partis en guerre
Suivis de godillots écharpés des couleurs
D’un drapeau lessivé par des flots de misère.
Ils se chauffent la voix ; ils mâchonnent des fleurs
Qu’ils offrent en marchant.

Des gens leur prêtent plume et nom qu’ils asservissent,
D’autres cirent leurs pompes à l’étape du jour,
Tandis que des valets rompus à leur service
Tentent de transmuter leurs rots en mots d’amour
Qu’ils mâchent en bêlant.

Ils signent des livrets qu’ils n’ont jamais écrits,
Clament des airs martiaux qu’ils n’ont pas composés,
Haranguent les cohues qu’ils ont pourtant meurtries,
Leur promettent l’Eden qu’ils ont déjà ruiné…
Et vont en souriant.

Leur désir les précède et les suit pas à pas :
Le maroquin, le siège, un perchoir, une estrade.
Leur langage est de bois, leur onction de prélat ;
Ils bénissent leurs ouailles sur un air de ballade,
Se voient déjà régnant.

Un rien leur fait honneur, un moins que rien les gave.
On les flatte, on les brosse… ils aiment, se rengorgent.
Dans leurs cités on meurt de froid. Pour eux, le grave
Est d’abord et surtout le destin qu’ils se forgent
Sur le feu des mendiants.

On dit qu’il en fallait, qu’il en faut, en faudra
De ces guerriers nourris loin des lignes du front.
On veut nous faire croire que, pour nous, les beaux draps
Sont promis si un jour nous leur faisons l’affront
De vivre en les chassant.

On dit dans les gazettes et sur l’onde servile
Que l’espoir est en eux, qu’ils sont notre avenir.
Dans les palais dorés, loin des campagnes "viles"
On promet le bonheur avec eux, et le pire
Sans eux. "Gloire aux sortants !"

Au bruit de leurs sabots, ils sont partis en guerre
Suivis de godillots écharpés des couleurs :
Bleu de ciel, blanc de neige, rouge du sang des pères.
Ils se prétendent seuls à brandir la valeur
Héritée sans talent.

Peuple, allons, debout ! C’est assis qu’ils nous voient.
Dressons-nous d’un seul corps, et précédons leurs pas.
C’est à nous, citoyens, de leur ouvrir la voie
Du devoir, du respect, et… d’un juste trépas
S’ils trompent en mentant !

Salut et Fraternité.

image : Delacroix  La Liberté guidant le peuple - 1830

dimanche 13 novembre 2016

Malek CHEBEL... le velours de ta voix.


Cher Malek,
Nous ne sous saluerons plus sous les chapiteaux peuplés de libraires, de lecteurs et d’auteurs, quelque part en France.
Notre rencontre date de plusieurs années, au salon du livre de Nice.
Le libraire nous avait installés côte à côte.
Ton rayonnement m’impressionnait, et ton calme, et ton sourire généreux.
Tu as tourné vers moi ton regard bienveillant.
Tu m’as salué.
Alors, je me suis approché de toi, et nous avons parlé.
Nous nous sommes retrouvés souvent, toujours au milieu des livres et de leurs amoureux.
La dernière fois que nos mains se sont jointes, voilà quelques petits mois, tu as accepté d’être l’invité futur de l’un des dîners littéraires que j’anime chaque mois à Vittel.
Mais j’avais lu des traces de fatigue sur ton visage.
Tu ne viendras pas.
Je garderai de toi le souvenir d’un Homme rare qui connaissait bien le sens des mots Fraternité et Fidélité.
Toi, le lecteur, l’analyste assidu du Coran,
Toi qui nous as révélé dans ce Texte sacré toutes les invitations à partager l’Amour,
Toi qui as rendue évidente la puissance de Paix d’un Islam authentique,
Toi qui as mis en pleine Lumière le Féminin, essence même de toute vraie spiritualité…
Tu viens de quitter la scène au moment même où notre monde a le plus grand besoin de ta présence.
Ta pensée vive va nous manquer.
Mais tu nous laisses des dizaines d’études et de livres, fruits d’une vie de travail tout entière offerte à l’humanité sans réserve d’énergie aucune.
A nous de continuer maintenant dans les voies que tu as ouvertes, de respect de tous par chacun, et de chacun par tous.
Merci, mon cher Malek.
Je n’oublierai jamais le velours de ta voix.
Bon Chemin !
Salut et Fraternité.



samedi 5 novembre 2016

SNCF... Marre sur toute la ligne !



SNCF… Marre sur toute la ligne !

Sous la présidence de Guillaume Pepy, au prétexte qu’elles ne sont pas suffisamment utilisées, la SNCF vient d’annoncer la fermeture de deux lignes ferroviaires du nord-est : Nancy/Merrey et Saint-Dié-des-Vosges/Strasbourg. Les trains seront remplacés par des autocars, peut-être même par des diligences (comme, à la Poste, les facteurs remplacés par des pigeons voyageurs !)
Il est bien évident que, quand on est né dans une famille de la haute bourgeoisie de Neuilly-sur-Seine, quand on a fait ses études dans des écoles privées fréquentées seulement par des filles et fils à papa proches déjà des lieux de pouvoir, quand on a pour expérience de vie sociale celle très riche que procure l’ENA, quand on a pour connaissance du pays, de ses profondeurs et de ses populations celle qu’offre la traversée des campagnes à 320 kilomètres/heure à bord de TGV (gratuits pour lui !), on peut se dire que supprimer des lignes de chemin de fer du fin fond du pays n’a aucune conséquence sur sa vie quotidienne !
Mais quand on bosse à cinquante kilomètres de chez soi, quand on vit à Mirecourt ou à Saales, quand on n’a pas les moyens de se faire transporter au frais de l’Etat dans de confortables limousines, quand on est élu et que l’on travaille à la mise en valeur économique des campagnes de France, quand on est entrepreneur et que l’on veut créer une activité ou une nouvelle unité de production, on se rend compte que le train est indispensable, comme tous les autres services publics.
Et quand on a la curiosité (ou le courage) de repérer sur une ligne ferroviaire des lieux aussi extraordinaires que Mirecourt (déjà cité-hier encore capitale de la lutherie), Vittel et Contrexéville (centre thermaux qu’il est inutile de présenter, sauf aux natifs et résidents de Neuilly qui n’ont pour horizon que le bois de Boulogne et les palais présidentiels parisiens), on peut se dire qu’il faut y réfléchir à deux fois avant de prendre une décision lourde de conséquences de tranchage du cordon ombilical.
Hier, c’était la suppression des arrêts en gare de Neufchâteau et l’obligation faite à ses habitants et à ceux de la région de seulement regarder passer les trains en ruminant…
Aujourd’hui, c’est plus radicalement encore, l’obligation de transformer l’ancienne voie ferrée en… piste cyclable pour d’improbables touristes, voire en route d’exode comparable à celui vécu en d’autres temps dans notre pays !
Les Vosgiens, les Lorrains, les Alsaciens, les Français dits « ruraux » (par distinction avec les prétendus « urbains ») en ont marre !
MARRE d’être considérés comme des sous-citoyens dans un pays républicain dont la devise officielle est toujours, jusqu’à preuve du contraire : « Liberté – Egalité – Ftarernité » !
MARRE de constater chaque jour davantage qu’une poignée d’individus qui émargent à 450 000 euros d’émoluments par an, sans compter les avantages en nature attachés à leur fonction, prennent des décisions qui les privent de ce qui leur est essentiel et vital : le SERVICE PUBLIC !
MARRE de ce retour aux privilèges de quelques-uns développés au détriment de tous les autres condamnés à se satisfaire des miettes d’un gâteau pourtant produit par tous.
MARRE de constater que des dirigeants prétendus « grands » d’entreprises nationales ne font pas le travail (royalement rétribué) confié à eux par les citoyens (qui les paient), laissent se dégrader les équipements publics au point de n’avoir plus d’autre solution (disent-ils) que de les… fermer !
Dans n’importe quelle entreprise privée, on parlerait, à juste titre, d’incompétence.
Or, cette incompétence est contagieuse !
Aujourd’hui, ces gens qui n’ont pas fait leur boulot décident de remplacer les trains par des autocars parce que -disent-ils, reconnaissant implicitement leur incurie- les voies ferrées souffrent d’un manque d’entretien chronique.
Demain les routes (déjà très malades à cause de l’étranglement des finances locales par l’Etat !) ne supporteront plus la circulation sans risques de ces autocars de remplacement.
Alors, les clones de ces « grands serviteurs de l’Etat » supprimeront ces autocars et fermeront ces routes.
Alors, dans nos campagnes des Vosges, de Lorraine, d’Alsace, de France, nous irons à vélo (à condition d’avoir encore les moyens d’en acquérir, puisque les entrepreneurs ayant quitté ces lieux de mort sociale, il n’y aura plus de travail dans ces déserts, donc pas de salaires), ou à cheval nourri à l’avoine de Monsanto !
Autrefois, Vittel, station thermale de notoriété mondiale, était accessible par avion. La piste de l’aérodrome sacrifié aboutissait presque au seuil de ses hôtels bondés.
Aujourd’hui, Vittel souffre d’un train cacochyme qui la jette au bout du monde connu.
Demain, accessible uniquement par des chemins montants, sablonneux, malaisés (merci  La Fontaine), cette belle station thermale finira de mourir avec sa sœur Contrexéville au milieu des vestiges de leur splendeur passée, leurs populations avec elles.
MARRE de ces assassinats de régions à répétition !
MARRE, Monsieur Pepy !
Même si, loin de vos palais, nous pouvons passer pour des citoyens de seconde zone, souvenez-vous que…
NOUS, gens des campagnes de France,  NE SOMMES PAS DES SOUS-CITOYENS !
Le souvenir de Brétigny-sur-Orge vous fait peur ?
Alors mettez-vous au boulot pour éviter de nouvelles catastrophes en assurant aux Français le service public auquel ils ont droit.
Nous vous en saurons gré.
A bon entendeur…
Salut et Fraternité !

lundi 24 octobre 2016

Frédéric, le roman de Chopin


Frédéric, le roman de Chopin
par  Christophe de Jerphanion (Joyeux Drille)

Frédéric Chopin, né en 1810, mort en 1849, c'est le thème de notre roman du soir. 
Gilles Laporte, auteur de "Frédéric, le roman de Chopin", chez MA Editions, retrace ce destin particulier, tragique et romantique, depuis la fondation de sa famille, au début du XVIIIe siècle, en Lorraine, jusqu'à sa mort prématurée, rongé par la tuberculose, en passant par Majorque et son fameux séjour sur l'île, pas du tout idyllique, aux côtés de George Sand... 
Une lecture à faire en musique pour découvrir ou redécouvrir le destin d'un génie fulgurant...

 "Chapeau bas, Messieurs, un génie !" (Robert Schumann).

Avouez que le compliment n'est pas mince, surtout lorsqu'il émane d'un musicien aussi talentueux que Robert Schumann... Celui qui reçoit un tel éloge est un autre pianiste, dont le destin tragique est au coeur de notre livre du jour. Vous connaissez tous son nom, certains morceaux qu'il a composé. Ses origines, sa vie, son peut-être moins connues. Des biographies de Frédéric Chopin, c'est donc de lui dont il s'agit, il en existe sans doute beaucoup. En voici une qui adopte le ton romanesque pour retracer le parcours éclair de cet homme passionné, rongé par la maladie, à la vie tourmenté, tant professionnellement que sentimentalement. "Frédéric, le roman de Chopin", de Gilles Laporte (paru chez ESKA/MA Editions), revient sur ce destin qui semble épouser parfaitement la définition du romantisme. Et ceux qui connaissent l'auteur et son oeuvre ne seront pas surpris, la Lorraine et les femmes sont très présentes dans ce livre.. Le 1er mars 1810, à Zelazowa Wola, en Mazovie, Fryderyk Franciszek Chopin. Nicolas, son père, Lorrain d'origine, a quitté la France en 1787 pour venir vivre en Pologne, où il gagné sa vie comme précepteur, et sa mère, Justyna, qu'il a rencontrée lorsqu'il travaillait pour la famille Skarbek. Il est leur deuxième enfant et leur seul garçon.

La famille s'installe à Varsovie, Nicolas, devenu Mikolaj, enseigne le français, mais Frédéric, lui, se sent Polonais, dans une période où le pays peine à exister, régulièrement envahi par ses encombrants voisins, Autrichiens et Russes en alternance... Tout en commençant sa carrière musicale, c'est donc un garçon concerné par le sort de sa Nation que l'on découvre, qui s'engage pour la Pologne.

Et, en 1830, lorsqu'il quitte son pays natal, tombé aux mains des Russes, il sait que c'est pour longtemps, peut-être pour toujours... Malgré tout, il restera Polonais dans l'âme, entretenant la flamme avec des amis d'enfance et des compatriotes eux aussi en exil à Paris et qui l'accompagneront au long de son existence.

Mais, Chopin a beau être considéré comme un virtuose hors norme, un génie, même, par nombre de ses contemporains, il lui faut travailler énormément pour vivre décemment. Un rythme de vie qui n'est pas favorable à sa santé fragile. Depuis longtemps, Frédéric tousse, mais hors de question de parler de phtisie, non, ses problèmes n'ont rien à voir...

Drôle de façon d'exorciser le mal qui va le ronger lentement et finira par l'emporter, comme il emporta sa jeune soeur, Emilie, en 1827... Suivre la vie de Chopin, c'est aussi suivre l'évolution de cette maladie pernicieuse, en une époque où l'on meurt encore souvent très jeune. La vie de Chopin sera marquée par ces morts prématurées et par l'épée de Damoclès que représente la maladie...

La famille, la nationalité, la musique, la santé... Il faut maintenant parler des femmes. On pourrait s'imaginer le ténébreux Frédéric en séducteur invétéré, ce n'est pas le cas. Il est timide, notre Frycek (son diminutif), mal remis de premiers émois douloureux, lorsqu'il était encore en Pologne. Chat échaudé craint l'eau froide, il est assez prudent, désormais, lorsqu'il s'agit de sentiments...

Et, lorsqu'on évoque le compositeur, bien sûr, on l'associe à George Sand... Evidemment, ce fut la plus longue relation de sa vie, passionnée, mouvementée, tumultueuse, douloureuse... Mais surtout, très longue à naître. Car, si l'écrivaine a été rapidement séduite par Chopin, elle a dû faire le forcing, pardonnez-moi cette expression, pour le conquérir...

La liaison entre Chopin et Sand est un des éléments centraux du roman de Gilles Laporte, on s'en doute, mais ne vous attendez pas à une romance lisse et douce, c'est un vrai chemin cahoteux que les deux amants ont suivi, pendant une décennie, malgré un attachement sincère et réciproque. D'idylle, il n'y eut pas vraiment, en tout cas, pas celle que peut véhiculer l'imaginaire collectif, romantique en diable...

A l'image du fameux séjour à Majorque, qui n'eut rien d'une sinécure, dans tous les sens du mot. Que dire de ce voyage, censé apporter calme et sérénité aux deux artistes, permettre à Chopin de composer et à Sand d'écrire, mais aussi de ménager la santé du pianiste ? Ce fut un vrai cauchemar où rien ne se passa comme espéré...

Là encore, il faut oublier toute dimension romantique à ce séjour, tant l'île et ses habitants vont se montrer hostiles. L'accumulation des soucis est ahurissante, j'en sourirais presque rien que d'y repenser, alors que ça n'a rien de drôle. George Sand va maintenir à flot sa maisonnée pourtant sévèrement secouée par les événements et sa forte personnalité empêcha sans doute le pire.

Mais je dois dire que, sur la durée, le portrait que fait Gilles Laporte de George Sand est assez terrible ! Un vrai tyran domestique ! Son caractère, on l'imagine, était très fort, anticonformiste, sans complexe, se moquant du regard des autres. A côté d'elle, Frédéric Chopin, déjà très affaibli par la maladie et tourné entièrement vers la musique, fait pâle figure.

Dans la dernière partie de leur relation, c'est un personnage dur, insensible, intransigeant que l'on découvre. Et pas seulement avec Chopin, mais avec tout le monde, y compris ses proches, sa fille, en particulier. Mais, la rupture, inévitable, n'arrangera rien et, dans les derniers mois de la vie du musicien, elle conservera cette posture très brutale...

Mais Gilles Laporte est un malin : décrire ainsi un personnage féminin, cela ne lui convient pas, mais pas du tout ! Alors, il fait de l'auteur de "la Mare au diable", par exemple, un personnage ambivalent, sorte de Janus littéraire : lorsqu'elle se montre chaleureuse et aimante, elle est Aurore, lorsqu'elle devient impossible, aigrie, méchante, presque, alors, c'est George qui parle...

Masculin-féminin, l'ambiguïté dans laquelle la romancière a voulu s'établir joue à plein sous la plume de Gilles Laporte. George Sand semble habitée par ces deux personnalités diamétralement opposées qui s'affrontent en elle, en une époque où être femme n'a rien de facile... Mais quelle dureté, pour finir, quelle inexplicable posture !

Pour être honnête, George Sand n'est pas la seule à en prendre pour son grade : Marie d'Agoult, l'épouse de Franz Liszt, a elle aussi droit à un traitement de faveur... Jalouse, aigrie, elle aussi, elle joue les commères avec perfidie dans sa correspondance et n'épargne pas Chopin et Sand, pourtant parmi ses plus propres amis...

Pour autant, n'allez pas croire qu'il y a le martyr Chopin et les horribles harpies. C'est plus délicat que cela, évidemment. Mais, force est de reconnaître que sa vie amoureuse fut difficile, pleine de revers et de déceptions, et qu'on ressent, finalement, une grande solitude chez cet homme, qui ne réussira jamais à s'épanouir dans sa vie sentimentale.

Les femmes sont toutefois très présentes, dans le livre. J'ai un peu construit ce billet à l'envers, comme un entonnoir renversé, mais je reviens donc à des éléments qui apparaissent rapidement : Gilles Laporte a choisi de donner à ses chapitres le nom de femmes marquantes dans l'existence de Frédéric Chopin.

Des parentes, à commencer par sa mère mais aussi sa soeur Ludwika, la seule présente au début et à la toute fin de l'existence de Chopin, des proches, des amies, des amoureuses, qu'il ait pu nouer ou non de liaison avec elles... Toutes ont été présente au fil de la courte existence du musicien, mort à 39 ans seulement, emporté par cette impitoyable tuberculose...

N'imaginez pas pour autant Chopin vivant entouré de femmes et seulement de femmes, il a aussi ses amis proches, dont Eugène Delacroix et ses amis de jeunesse, originaires comme lui de Pologne. La maladie affaiblira aussi sa vie sociale, mais le Chopin qui débarque à Paris juste après les Trois Glorieuses, cette révolution de 1830 qui met fin au règne de Charles X, est un joyeux luron.

L'image, là encore, j'insiste, très romantique, du musicien souffreteux et dévoré par le mal, pressé de composer avant l'inéluctable et fatale échéance, a quelque chose de vrai, mais elle occulte une personnalité qui aurait certainement été bien différente s'il avait été en bonne santé sur une plus longue période.

Je continue ma progression à rebours sur le livre de Gilles Laporte. Avec la dimension lorraine. Gilles Laporte est Lorrain, Vosgien et fier de l'être. Et, outre, j'imagine, une admiration pour le musicien et le compositeur que fut Chopin, c'est pour une autre raison qu'il s'est attelé à raconter la vie du pianiste : parce que ses racines sont en Lorraine.

"Frédéric, le roman de Chopin" ne commence pas à la naissance du musicien, ou juste un peu avant. Non, le livre débute en... 1705, plus d'un siècle avant ! Gilles Laporte a fait le choix de retracer toute l'histoire lorraine de la famille Chopin, qui commence donc au début du XVIIIe siècle, à l'arrivée d'un certain François, dont le patronyme varie, de Chapin à Chappenc mais finira par se fixer en Chopin.

Venu du Dauphiné, l'homme est un contrebandier, venu en Lorraine, qui est alors un Duché indépendant, pour y organiser un trafic de tabac avec la France ! Eh oui, le génial pianiste a eu pour ancêtre un bandit ! Mais, il fonda aussi une famille et, au cours du XVIIIe siècle, celle-ci va connaître une lente mais réelle ascension sociale qui nous est racontée dans la première partie du roman.

Quand je dis roman, évidemment, je devrais plutôt dire "biographie romanesque". Il y a, derrière ce livre, un important travail de recherches, et Gilles Laporte a choisi d'intégrer à son récit des passages entiers de correspondances, émanant de différents personnages, dont Chopin lui-même, tout en racontant à sa manière la vie du compositeur.

J'ai d'ailleurs trouvé le style de Gilles Laporte très dynamique. Beaucoup de phrases très courtes, l'impression, par moment, de voir les mots venir au rythme des doigts de Chopin sur le clavier, une vivacité présente d'un bout à l'autre du récit et qui est très agréable à lire. On se dit aussi qu'on a là une vie qui s'égrène comme si on voyait le sable s'écouler dans un sablier...

L'urgence, l'urgence d'une vie qu'on sait d'emblée très courte, trop courte. Il faut agir vite, même lorsque rien ne va. Lorsque la toux et la fièvre terrasse l'homme, lorsque le moral flanche, que les mauvaises nouvelles s'accumulent. Et puis, toujours, c'est la musique qui relance tout, comme un ichor merveilleux coulant dans ses veines malades et lui redonnant un semblant de vie.

Et n'oublions pas la musique de Chopin. Comme je l'ai fait récemment à propos d'un roman consacré à Jean-Sébastien Bach, je vous encourage à lire en musique, au gré des compositions évoquées dans le récit. Une musique extraordinaire, dans laquelle il a parfaitement su retranscrire ses émotions et nous en donner, tellement...