mardi 8 mai 2012

Ô République universelle... Victor Hugo

Lux


Temps futurs ! vision sublime !
Les peuples sont hors de l'abîme.
Le désert morne est traversé.
Après les sables, la pelouse ;
Et la terre est comme une épouse,
Et l'homme est comme un fiancé !

Dès à présent l'oeil qui s'élève
Voit distinctement ce beau rêve
Qui sera le réel un jour ;
Car Dieu dénouera toute chaîne,
Car le passé s'appelle haine
Et l'avenir se nomme amour !

Dès à présent dans nos misères
Germe l'hymen des peuples frères ;
Volant sur nos sombres rameaux,
Comme un frelon que l'aube éveille,
Le progrès, ténébreuse abeille,
Fait du bonheur avec nos maux.

Oh ! voyez ! la nuit se dissipe.
Sur le monde qui s'émancipe,
Oubliant Césars et Capets,
Et sur les nations nubiles,
S'ouvrent dans l'azur, immobiles,
Les vastes ailes de la paix !


O libre France enfin surgie !
O robe blanche après l'orgie !
O triomphe après les douleurs !
Le travail bruit dans les forges,
Le ciel rit, et les rouges-gorges
Chantent dans l'aubépine en fleurs !

La rouille mord les hallebardes,
De vos canons, de vos bombardes
Il ne reste pas un morceau
Qui soit assez grand, capitaines,
Pour qu'on puisse prendre aux fontaines
De quoi faire boire un oiseau.

Les rancunes sont effacées ;
Tous les coeurs, toutes les pensées
Qu'anime le même dessein,
Ne font plus qu'un faisceau superbe ;
Dieu prend pour lier cette gerbe
La vieille corde du tocsin.

Au fond des cieux un point scintille.
Regardez, il grandit, il brille,
Il approche, énorme et vermeil.
O République universelle,
Tu n'es encor que l'étincelle,
Demain tu seras le soleil !...
Victor HUgo Les Châtiments
Image Victor Hugo par Léon Bonnat Musée du château de Versailles

dimanche 6 mai 2012

VOLTAIRE Traité sur la tolérance...

Pour rappel, en ce jour de grand affrontement et, peut-être, d'ouverture de nouveaux horizons :                                        
Le droit naturel est celui que la nature indique à tous les hommes. Vous avez élevé votre enfant, il vous doit du respect comme à son père, de la reconnaissance comme à son bienfaiteur. Vous avez droit aux productions de la terre que vous avez cultivée par vos mains. Vous avez donné et reçu une promesse, elle doit être tenue.
Le droit humain ne peut être fondé en aucun cas que sur ce droit de nature ; et le grand principe, le principe universel de l’un et de l’autre, est, dans toute la terre : « Crois ce que je crois, et ce que tu ne peux croire, ou tu périras. » C’est ce qu’on dit en Portugal, en Espagne, à Goa. On se contente à présent, dans quelques autres pays, de dire : « Crois ou je t’abhorre ; crois ou je te ferai tout le mal que je pourrai ; monstre, tu n’as pas ma religion, tu n’as donc point de religion : il faut que tu sois en horreur à tes voisins, à ta ville, à ta province. »
S’il était de droit humain de se conduire ainsi, il faudrait donc que le Japonais détestât le Chinois, qui aurait en exécration le Siamois ; celui-ci poursuivrait les Gangarides, qui tomberaient sur les habitants de l’Indus ; un Mogol arracherait le cœur au premier Malabare qu’il trouverait : le Malabare pourrait égorger le Persan, qui pourrait massacrer le Turc : et tous ensemble se jetteraient sur les chrétiens, qui se sont si longtemps dévorés les uns les autres.
Le droit de l’intolérance est donc absurde et barbare : c’est le droit des tigres, et il est bien horrible, car les tigres ne déchirent que pour manger, et nous nous sommes exterminés pour des paragraphes.

Voltaire Traité sur la tolérance
Ch. 6 Si l’intolérance est de droit naturel et de droit humain.

Salut et Fraternité !

vendredi 27 avril 2012

Janine BOISSARD : Une vie en plus

Qui n’a pas eu, un jour, envie de changer de décor, de partenaire(s), de métier, changer de… vie ? A force de se répéter, le quotidien finit par user, parfois au point de devenir insupportable. Et ce ne sont pas les réussites professionnelles, les aventures de cœur, ou les vacances à l’autre bout du monde (à condition d’en avoir les moyens) qui peuvent suffire à combler un besoin ressenti parfois comme vital.
Quand, au fond de soi, sommeille une passion refoulée depuis l’enfance, que l’on croit définitivement endormie, éliminée, à jamais gommée, mais qui se réveille… alors le monde bascule, et la vie avec lui !
Et quand, en plus, on est une jeune et belle femme, intelligente de surcroît, dans ce monde d’hommes, alors cette bascule du monde devient un problème de plus en plus difficile à résoudre à mesure que l’horizon s’élargit.
Telle est l’histoire que nous raconte Janine BOISSARD dans son nouveau roman Une vie en plus.
Qu’arrive-t-il à Adeline ? A trente-neuf ans, voici qu’elle abandonne une brillante carrière pour « rentrer à la maison », devenir femme au foyer. Elle vient de se rendre compte qu’elle n’a jamais pris le temps de profiter d’un mari tendre et aimant, de voir grandir Adèle, Eugène, Elsa, ses trois craquants ados. Alors elle décide de s’offrir une pause pour mieux les suivre, les connaître, les aimer.
Une nouvelle vie commence, une… vie en plus !
Mais c’est l’aventure qui l’attend avec la rencontre de Mathis, un musicien de talent avec lequel elle va réaliser un rêve d’enfant qu’elle croyait perdu à jamais.
Et quelle aventure ! Une aventure à la dimension de celle que nous pourrions vivre, vous, moi, nous, si, un jour, notre être réel et profond surgissait du fatras des habitudes et conditionnements plus efficaces pour endormir le désir que tous les somnifères du monde !
Ce réveil salutaire, c’est celui que vit Adeline. Mais quel bouleversement, car… quelle redécouverte de soi !
Je viens d’avoir dix-sept ans, c’est la terminale. « Et après ? », l’angoissante question que se pose toute la classe, sans compter les parents. La plupart des élèves sont dans le vague, comme si rien ne les tirait vers le futur. Quelques-unes ont leur idée, une envie, un désir. Quand Armelle a lancé qu’elle se marierait, aurait beaucoup d’enfants, d’animaux domestiques, et resterait à la maison, les copines ont ri, les garçons ont applaudi. On sait bien que, maintenant, tous et toutes doivent gagner leur vie, avoir un métier dans les mains.
Dans mes mains, j’ai ma plume, dans ma poitrine, ma passion. Avec tout le tact, la tendresse possible, mon père, entrepreneur -ce beau mot- qui travaille dans l’aéronautique et permet aux avions de voler, m’a expliqué qu’écrire des chansons, sauf de très rares exceptions, ne nourrissait pas son homme. D’ailleurs, il n’existe pas d’école pour apprendre ce métier-là !
De la première à la dernière page de ce roman, le style de Janine Boissard est enlevé, léger, fluide, posé sur le papier comme une partition de musique qui inviterait à chanter les mélodies de l’âme.
Avec tous ses succès, dont L’Esprit de famille, Une Femme neuve, Une Femme réconciliée, Une Femme en blanc (qui nous a donné quelques-unes des plus belles heures de la télévision), et, plus récemment, N’ayez pas peur, nous sommes là, Janine Boissard nous propose depuis longtemps d’explorer avec délicatesse un monde que d’autres conquièrent à la hussarde : celui de la Femme.
Aujourd’hui, son roman Une vie en plus révèle de nouvelles richesses nichées dans le cœur des humains de notre temps (de tous les temps ?) qu’un regard traînant toujours au ras du sol prive des grands espaces où, dans le respect de l’autre -de tous les autres, !- s’épanouit… la liberté !
A lire, absolument.


Janine BOISSARD Une vie en plus roman éd. Fayard 521 p. 22 euros

mardi 24 avril 2012

Le Loup de Métendal POCKET

Bonne nouvelle : mon roman Le Loup de Métendal (éditions Presses de la Cité 2010) sort chez Pocket le 26 avril 2012 (après(demain) ! 
En voici la couverture :

Et la quatrième de couverture :

Pour la poursuite de sa carrière, le voici dns une forme très agréable, à un prix très modeste, et facile à balader.
J'en suis très heureux.
Bonne lecture !
A bientôt.
Amitié

vendredi 20 avril 2012

ELECTIONS : le Président et la Loi.

Le président de la République, à propos du risque de publication des résultats de premier tour de l’élection présidentielle de notre pays avant l’heure de clôture de tous les bureaux de vote, vient de déclarer au micro d’Europe 1 : « Non, franchement, ça ne me choque pas, parce que le monde est devenu un village. » Or cette publication ne peut se faire qu’en contrevenant à la loi ! Acceptant cela, le responsable de notre pouvoir exécutif vient donc d’affirmer sa tolérance du viol des lois votées par les représentants du peuple. Il reconnaît ainsi son impuissance à lutter contre les perversions d’un « village » de hors-la-loi qui, chaque jour, mettent la planète en coupe réglée. Si, tenant de tels propos au lieu de tenir celui de la rigueur citoyenne, il ne reconnaît pas cette impuissance, c’est qu’il avoue sa complicité ! C’est l’une, ou l’autre ! Or les lois, toutes les lois, sont faites pour être appliquées et respectées (pas seulement celles qui exonèrent Total d’avoir salopé le littoral français et tué faune et flore sur nos côtes de l’Atlantique). Cette indulgence, ce laxisme officiels, témoins ou/et aliments d’une « république-dépouille » sont évoqués dans ce texte de Montesquieu que je soumets à la lecture du Président sortant, de ses « conseils » et soutiens, du candidat Sarkozy et de tous les autres candidats de tous les horizons, que je soumets à notre examen citoyen pour que, tous ensemble, nous tentions de sortir, dès dimanche soir prochain, d’un « Etat déjà perdu », pour aller vers une nouvelle République nettoyée de ses « corruptions » :
Il ne faut pas beaucoup de probité, pour qu’un gouvernement monarchique ou un gouvernement despotique se maintiennent ou se soutiennent. La force des lois dans l’un, le bras toujours levé dans l’autre, règlent ou contiennent tout. Mais dans un Etat populaire, il faut un ressort de plus qui est la VERTU.
Ce que je dis est confirmé par le corps entier de l’histoire, et est très conforme à la nature des choses. Car il est clair que, dans une monarchie, où celui qui fait exécuter les lois se juge au-dessus des lois, on a besoin de moins de vertu que dans un gouvernement populaire, où celui qui fait exécuter les lois sent qu’il y est soumis lui-même, et qu’il en portera le poids.
Il est clair encore que le monarque qui, par mauvais conseil ou par négligence, cesse de faire exécuter les lois, peut aisément réparer le mal ; il n’a qu’à changer de conseil, ou se corriger de cette négligence même. Mais lorsque, dans un gouvernement populaire, les lois ont cessé d’être exécutées, comme cela ne peut venir que de la corruption de la république, l’Etat est déjà perdu. (…) Les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient d’autre force qui pût le soutenir, que celle de la vertu. Ceux d’aujourd’hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances, de richesses, et de luxe même.
Lorsque cette vertu cesse, l’ambition entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir, et l’avarice entre dans tous. Les désirs changent d’objet : ce qu’on aimait, on ne l’aime plus. On était libre avec les lois, on veut être libres contre elles. Chaque citoyen est comme un esclave échappé de la maison de son maître. (…) Autrefois le bien des particuliers faisait le trésor public ; mais, pour lors, le trésor public devient le patrimoine des particuliers. La république est une dépouille ; et sa force n’a plus que le pouvoir de quelques citoyens, et la licence de tous.
Montesquieu (I, chapitre III Du principe de la Démocratie)
Salut et Fraternité !

lundi 9 avril 2012

Cantate de cristal - DEASHELLE

Sur le réseau Arts et Lettres, Deashelle donne ses impressions de lecture de ma Cantate de cristal :

Commentaire par Deashelle Il y a 7 heures Buisson ardent
CANTATE DE CRISTAL
Gilles LAPORTE
Janvier 2012
20 € - 411 p.

"CANTATE DE CRISTAL : livre de feu qui dévore. De 1843 à 1881, dans les Vosges, Florent, enfant unique ardemment désiré, voué à devenir verrier comme son père, se découvre un don rare pour le chant.
Florent est l'objet de toutes les attentes et ambitions des siens. Son père, ouvrier verrier, veut que, dans le respect de la tradition, il prenne sa relève au four de la Compagnie des Verreries et Cristalleries de Baccarat. Un jour, à l'église, l'épouse du sous-directeur de la fabrique, Regina Galtier, découvre, bouleversée, la voix du jeune garçon, une voix divine et cristalline. Malgré leurs dix ans de différence, porté notamment par l'amour de la musique, un lien puissant se développe. Commence alors pour Florent le plus cruel des dilemmes : se réaliser dans sa passion du chant ou par amour filial... devenir verrier?
GILLES LAPORTE : voici un créateur d’humanité. Des lignes de ce livre incandescent, ressort une chaleur de fournaise prête à insuffler un cristal le plus pur et le plus musical : celui de l’amour. Avec en toile de fond l’âge d’or des cristalleries de Baccarat, on est invité à une promenade chantante dans l’absolu, l’amour du beau, la passion d’être. C’est une ode vivante à l’humanité de l’homme, du plus petit artisan au plus grand artiste. « Celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion » Saint-Augustin. Cette lecture caresse, revigore, nourrit, ravit. A chacun d’exploiter le don exceptionnel qu’il reçoit à la naissance. C’est aussi une œuvre de mémoire car l’histoire en marche y est bien présente. Elle retrace la condition humaine d’octobre 1843 au 25 décembre 1881 et ses grands changements industriels. Une histoire de verriers de Lorraine qui longuement tinte aux oreilles avec comme diapason la dignité humaine, et la dimension du féminin dans tout ce qu’elle a de créateur d’espoir. Une histoire qui souligne aussi combien la différence est fertile. C’est cette longue réflexion qui nous accompagne bien après avoir refermé le livre qu’il est difficile de quitter. L’art et l’amour se rejoignent dans un creuset de terre d’air et de feu. Fusion de la voix et du verre. Manque le quatrième élément ? Vous aurez presque à chaque page des larmes d’extase ou de dénuement qui vous brisent le cœur. Le style, la musicalité de la langue et ses archaïsmes de terroir développent le message avec la puissance de grandes forges. Cette cantate de cristal porte bien son nom, touche au plus profond de notre être, chante une œuvre de générosité et de cœur tissée en contrepoint de notes divines de Jean-Sébastien Bach. Les grandes orgues."

Emotion ! Merci, du fond du coeur.

lundi 2 avril 2012

Une pierre noire : LIVRE TVA 7%

Pour marquer d'une pierre noire la hausse de la TVA sur le livre (appliquée depuis hier !), relisons ensemble ce discours du poète espagnol Federico Garcia Lorca, prononcé en septembre 1931, pour l'inauguration de la bibliothèque de son village natal Fuente Vaqueros (province de Grenade). Pour mémoire, souvenons-nous que Federico a été assassiné par la droite franquiste en août 1936.

"Quand quelqu'un va au théâtre, à un concert ou à une fête quelle qu'elle soit, si le spectacle lui plaît il évoque tout de suite ses proches absents et s'en désole: "Comme cela plairait à ma sœur, à mon père!" pensera-t-il et il ne profitera dès lors du spectacle qu'avec une légère mélancolie. C'est cette mélancolie que je ressens, non pour les membres de ma famille, ce qui serait mesquin, mais pour tous les êtres qui, par manque de moyens et à cause de leur propre malheur ne profitent pas du suprême bien qu'est la beauté, la beauté qui est vie, bonté, sérénité et passion.

C'est pour cela que je n'ai jamais de livres. A peine en ai-je acheté un, que je l'offre. J'en ai donné une infinité. Et c'est pour cela que c'est un honneur pour moi d'être ici, heureux d'inaugurer cette bibliothèque du peuple, la première sûrement de toute la province de Grenade.
L'homme ne vit que de pain. Moi si j'avais faim et me trouvais démuni dans la rue, je ne demanderais pas un pain mais un demi-pain et un livre. Et depuis ce lieu où nous sommes, j'attaque violemment ceux qui ne parlent que revendications économiques sans jamais parler de revendications culturelles: ce sont celles-ci que les peuples réclament à grands cris. Que tous les hommes mangent est une bonne chose, mais il faut que tous les hommes accèdent au savoir, qu'ils profitent de tous les fruits de l'esprit humain car le contraire reviendrait à les transformer en machines au service de l'état, à les transformer en esclaves d’une terrible organisation de la société.
J'ai beaucoup plus de peine pour un homme qui veut accéder au savoir et ne le peut pas que pour un homme qui a faim. Parce qu'un homme qui a faim peut calmer facilement sa faim avec un morceau de pain ou des fruits. Mais un homme qui a soif d'apprendre et n'en a pas les moyens souffre d'une terrible agonie parce que c'est de livres, de livres, de beaucoup de livres dont il a besoin, et où sont ces livres ?
Des livres! Des livres! Voilà un mot magique qui équivaut à clamer: "Amour, amour", et que devraient demander les peuples tout comme ils demandent du pain ou désirent la pluie pour leur semis. - Quand le célèbre écrivain russe Fédor Dostoïevski - père de la révolution russe bien davantage que Lénine - était prisonnier en Sibérie, retranché du monde, entre quatre murs, cerné par les plaines désolées, enneigées, il demandait secours par courrier à sa famille éloignée, ne disant que : " Envoyez-moi des livres, des livres, beaucoup de livres pour que mon âme ne meure pas! ". Il avait froid ; ne demandait pas le feu, il avait une terrible soif, ne demandait pas d'eau, il demandait des livres, c'est-à-dire des horizons, c'est-à-dire des marches pour gravir la cime de l'esprit et du cœur. Parce que l'agonie physique, - biologique, naturelle d'un corps, à cause de la faim, de la soif ou du froid, dure peu, très peu, mais l’agonie de l’âme insatisfaite dure toute la vie !
La devise de la République doit être la culture.
La culture, parce que ce n'est qu'à travers elle que peuvent se résoudre les problèmes auxquels se confronte aujourd'hui le peuple plein de foi mais privé de lumière.
N'oubliez pas que l'origine de tout est la lumière."
Salut et Fraternité !


Image livre ouvert photo GL