lundi 31 décembre 2012

Demain 2013... Fraternité et Joie !

Ode à la Joie (J-C-Friedrich von Schiller)

Joie ! Joie ! Belle étincelle divine,
Fille de l’Elysée,
Nous entrons l'âme enivrée
Dans ton temple glorieux.
Ton magique attrait resserre
Ce que la mode en vain détruit ;
Tous les hommes deviennent frères
Où ton aile nous conduit.

Si le sort comblant ton âme,
D'un ami t'a fait l'ami,
Si tu as conquis l’amour d’une noble femme,
Mêle ton exultation à la nôtre !
Viens, même si tu n'aimas qu'une heure
Qu'un seul être sous les cieux !
Mais vous que nul amour n'effleure,
En pleurant, quittez ce chœur !

Tous les êtres boivent la joie,
En pressant le sein de la nature
Tous, bons et méchants,
Suivent les roses sur ses traces,
Elle nous donne baisers et vendanges,
Et nous offre l’ami à l’épreuve de la mort,
L'ivresse s’empare du vermisseau,
Et le chérubin apparaît devant Dieu.

Heureux,
tels les soleils qui volent
Dans le plan resplendissant des cieux,
Parcourez, frères, votre course,
Joyeux comme un héros volant à la victoire !

Qu'ils s'enlacent tous les êtres !
Ce baiser au monde entier !
Frères, au-dessus de la tente céleste
Doit régner un tendre père.
Vous prosternez-vous millions d’êtres ?
Pressens-tu ce créateur, Monde ?
Cherche-le au-dessus de la tente céleste,
Au-delà des étoiles il demeure nécessairement.

Texte Allemand

Freude, schöner Götterfunken
Tochter aus Elysium,
Wir betreten feuertrunken,
Himmlische, dein Heiligtum !
Deine Zauber binden wieder
Was die Mode streng geteilt ;
Alle Menschen werden Brüder,
Wo dein sanfter Flügel weilt.

Wem der große Wurf gelungen,
Eines Freundes Freund zu sein ;
Wer ein holdes Weib errungen,
Mische seinen Jubel ein !
Ja, wer auch nur eine Seele
Sein nennt auf dem Erdenrund !
Und wer's nie gekonnt, der stehle
Weinend sich aus diesem Bund !

Freude trinken alle Wesen
An den Brüsten der Natur;
Alle Guten, alle Bösen
Folgen ihrer Rosenspur.
Küsse gab sie uns und Reben,
Einen Freund, geprüft im Tod ;
Wollust ward dem Wurm gegeben,
und der Cherub steht vor Gott.

Froh,
wie seine Sonnen fliegen
Durch des Himmels prächt'gen Plan,
Laufet, Brüder, eure Bahn,
Freudig, wie ein Held zum Siegen.

Seid umschlungen, Millionen!
Diesen Kuß der ganzen Welt!
Brüder, über'm Sternenzelt
Muß ein lieber Vater wohnen.
Ihr stürzt nieder, Millionen?
Ahnest du den Schöpfer, Welt?
Such' ihn über'm Sternenzelt!
Über Sternen muß er wohnen.
Image Portrait de Johan-Christoph-Friedrich von Schiller

jeudi 27 décembre 2012

Raymond RADIGUET... hier et aujourd'hui !

Génie précoce foudroyé à l’âge de vingt ans, en 1923 par une fièvre typhoïde, Raymond Radiguet a pourtant le privilège d’appartenir au Panthéon des Lettres françaises. Son premier roman lui assure la célébrité dès sa parution. Porté par un succès de scandale, Le Diable au corps ne doit pas faire oublier l’ensemble d’une production également remarquable : poèmes, pièces de théâtre, articles, essais, contes, nouvelles et romans - œuvre d’une vie tout entière vouée à la littérature. Tant son talent que sa personnalité lui ont valu l’estime et l’amitié de l’avant-garde artistique de l’époque : Max Jacob, Jean Cocteau, Joseph Kessel, Erik Satie, Francis Poulenc, Constantin Brancusi ou Pablo Picasso… (4ème de couverture de l’édition de ses œuvres complètes établie par Chloé Radiguet et Julien Cendres).

L’amant des statues

Mi-zèbre, mi femme, centaure,
O baigneuse au rebelle torse,
Que la rame au hasard découvre,
Puisque tu ne peux pas aimer
Marbre surgi bouillant des mers
Sache au moins, devançant le Louvre,
La docilité des statues.

Depuis que Zéphyr t’a battue
Rose, tu l’aimes davantage.
Onde, amour à tous les étages :
Seul manque le fouet de Xerxès
Que de leurs écumes d’amour
Baigneuses et mer remerciaient.

Ainsi, pour vibrer, le tambour
Attend d’être roué de coups ;
Et, se faisant prier, le cygne
Si nous voulons l’entendre exige
Qu’au moins on lui coupe le cou.

Sachez encore ce qui la tue :
Elle meurt comme toi, statue,
De ne connaître des vivants
Que leurs hommages décevants,
Et que des seuls feux du dehors
Puisse être illuminé son corps.

Accrochez des lampions aux arbres,
De leur fard colorant le marbre ;
Devant ce pourpre et faux émoi,
L’amant pâlit, verdit de joie.

Des roses à toutes les bouches,
Et des lampions à nos fenêtres,
Sur le port des soldats débouchent,
C’est à ne plus s’y reconnaître.
Ne pavoisons pas : car mon cœur

Saura prodiguer la lumière
Dont je souhaitais tout à l’heure
Que vous l’arborassiez première !

Raymond Radiguet Poèmes inédits Œuvres complètes Ed. Omnibus (07/2012) p. 149-150
Image : portrait de Raymond Radiguet par Jacques-Emile BLANCHE

vendredi 14 décembre 2012

DSK-DIALLO-USA : théocratie prostitutive...

L’authentique réalité de ce pays qui se voudrait le modèle participatif mondial, le chantre des libertés fondamentales, le champion toutes catégories des droits de l’homme, et l’exemple universel de démocratie, vient enfin d’être définitivement dévoilée à celles et ceux dont le regard était encore embrumé par les vapeurs de friteuse d’une bouffe rapide obésigène et les apesanteurs vaporeuses de boissons à la cocaïne.
Par les conclusions du procès de New-York, DSK-Diallo, les USA montrent que, là-bas, tout est permis, pourvu que l’on soit suffisamment riche pour s’affranchir.
Vol, viol, spoliation, atteinte aux mœurs… tout y est permis, à la condition de disposer de quelques milliers, centaines de milliers, voire millions de dollars pour se racheter une virginité.
Dieu, paraît-il, a donné son aval à la transaction ! C’est la « victime » qui, elle-même, l’a dit dans sa courte allocution de sortie de tribunal, invitant ce même Dieu à accorder son infinie clémence à toutes celles et ceux qui entendaient ses paroles (à la manière d’une bénédiction papale urbi et orbi). Resté religieusement silencieux, l’« agresseur » du Sofitel a sans doute pensé que ce Dieu-là valait bien son pesant d’or puisqu’il lui avait permis, après avoir exprimé une pulsion biblique (« croissez et multipliez »), libéré et soulagé ses bourses trop garnies (en même temps que celle de sa femme d’alors), de recouvrer une innocence dont personne (selon lui) n’aurait jamais dû douter.
Au caractère inique de cette sortie de procès (qui, dans le désordre psychique collectif de ce pays, rejoint la situation du camp de détention de Guantanamo si facilement oubliée par Obama, et la surpopulation noire des prisons fédérales et d’états), s’ajoute fort heureusement ( ?!?) pour les tenants des pouvoirs une prometteuse perspective de redressement des finances publiques internationales mises à mal par les banquiers de ces contrées où le lingot a remplacé la main de justice.
Ne pourrions-nous pas, en effet, à l’image de ces gens de derrière l’Atlantique, afin de pourrir davantage encore la planète, permettre à tous les fraudeurs, manipulateurs, harceleurs (d’Arcelor et d’ailleurs), à tous les criminels qui en ont les moyens, d’arroser copieusement l’Etat pour se refaire une santé morale et sociale ?
Plusieurs objectifs pourraient être ainsi atteints : éjaculation des pulsions sexuellopoliticoéconomicopathologiques par les individus classés trop facilement irresponsables donc pas coupables, redressement des finances publiques, élimination de la surpopulation pénitentiaire, mise en conformité avec les préceptes religieux toujours très enracinés dans notre société laïque selon lesquelles l’indulgence plénière divine peut (doit ?) s’acheter (saint Benoît ne prêchait-il pas, voilà plus de quinze siècles, qu’ « il faut qu’il y ait des pauvres, pour permettre aux riches de racheter leurs péchés ? ») Imiter en perversion les Etatsuniens, conforterait du même coup la notion chère aux militants du curé contre l’instituteur : les « racines chrétiennes » de l’Europe !
Allons donc, soyons raisonnables à la mode de New-York ! Pour assainir notre monde si malade, donnons enfin partout la possibilité, comme chez les dégustateurs de hamburgers, de racheter (?!?) par chèque leurs incivilités, leurs fautes, leurs meurtres… à ceux qui ne savent déjà plus derrière quelle frontière planquer leur argent.
Quant aux pauvres… c’est bien connu : qu’ils se débrouillent !
Qu’ils volent une pomme, un yaourt ou une pièce de viande dans un supermarché pour se nourrir ou nourrir une famille, ils seront définitivement condamnés pour faute éternelle, ineffaçable, inexpiable, impardonnable ! Parce qu’ils sont pauvres ! Eux seuls sont coupables, et indignes d'une vie sociale normale, puisqu’ils n’ont pas les moyens de faire passer leur casier judiciaire à la machine à laver d’une justice boursicoteuse.
En corollaire à ce constat, deux questions se posent.
La première : pour ceux qui nous gouvernent, la pauvreté ne serait-elle pas le pire crime, puisqu’elle est de nature à donner mauvaise conscience… aux riches ? (A condition toutefois que ceux-là aient… une conscience située ailleurs que dans la poche portefeuille ou… sous la ceinture !)
La deuxième : Payer pour un rapport sexuel n’est-il pas le fondement ( ?!?) de la prostitution ?
DSK- Diallo - Dieu de Wall Street - USA seraient-ils, ainsi, les fondateurs d’une nouvelle philosophie politique pleine d’avenir : la théocratie prostitutive ?
De par Dieu (et Obélix), apercevrions-nous là une voie de lumière dans les ténèbres actuelles ?
Observons, et… méditons !
Salut et Fraternité.

jeudi 22 novembre 2012

ENArchie française !

La classe politique française révèle une nouvelle fois son vrai visage !
Le combat imbécile des chefs pour la présidence d’un parti (aujourd’hui l’UMP - Union pour le Mépris du Peuple ?- hier…), sous couvert de comédie démocratique, montre comment des individus, tous sortis du même moule à manqué, l’ENA, sont prêts à humilier un pays tout entier pour satisfaire leur pathologique ambition.
Ces gens-là (comme d’autres hier !) prétendent vouloir servir la France…
En réalité, ils se servent de la France !
Toute leur énergie est mise au service de la conquête du trône, toute leur générosité ( ?!?) offerte à leurs courtisans, eux-mêmes avides de pièces d’or que leur lancera le nouveau monarque, toute leur haine assortie d’insultes jetée en public à la face de leurs rivaux, eux-mêmes experts en noms d’oiseaux !
Tout leur temps se passe dans la bulle dorée qu’ils occupent à longueur d’année, parfois depuis leur naissance, à vouloir en gagner le centre immobile, à en fuir les extérieurs laborieux dont pourtant ils s'approprient les fruits du travail pour… s’en nourrir !
Ils s’épanouissent dans leurs quartiers généraux, beaux quartiers des belles villes indemnes de logements sociaux, insonorisés et pleins comme des œufs de la rumeur flatteuse des soupirant(e)s ; ils s’y reproduisent, s'y multiplient, s’y cultivent entre eux aux mêmes engrais, s’y donnent chaque jour l’illusion d’être le TOUT au milieu de rien.
Et, quand ils osent en sortir, c’est pour se faire porter en chaise roulante blindée à vitres fumées dans ces lieux clos où l’on parle-ment, loin des soucis de la vie matérielle et des misères du monde, mais proches des porteurs de micros et des yeux noirs de caméras au front rouge de honte.
Tandis que ces élites autoproclamées dégustent du foie gras aux truffes en se chamaillant dans les palais nationaux, le peuple, lui, se nourrit de miettes (quand il peut encore se nourrir), se soigne d’expédients, en redoutant déjà les effets de l’hiver annoncé ! Tandis que, sous leur regard bienveillant, leurs amis (eux-mêmes parfois) planquent derrière les frontières une fortune expatriée, donc défiscalisée, le contribuable de base trinque ! Tandis que Paris s’amuse à la folie, la province souffre !
Tous, toutes couleurs de l’arc en ciel confondues (rouges, orangés, jaunes, verts, bleus, indigos, violets…) anesthésient les citoyens avec des primes, des promesses, des assurances que, demain, on rasera gratis, des sourires de confiseur fier de ses pommes d’amour, des incantations proches de cantiques antiques, des œillades dans les étranges lucarnes, des histoires de pain au chocolat, des jeux débats et conférences de presse aux dés pipés, des projets de mariage et de bonheur éternel, des pointes d’humour qui voudraient parfois faire croire qu’ils ont de l’esprit.
Mais, tandis que ces élites autoproclamées se jouent ces tristes comédies, balayent la pauvreté d’un revers de manche en nous assurant que le pays n’a jamais été aussi riche (la preuve, disent-ils : « le niveau d’épargne des Français(e)s bat tous les records, les livrets A débordent ! ») on dort dans des cartons sur les boulevards… on s’achète trois mètres de corde dans certaines campagnes paysannes et repère la poutre assez haute dans la grange pour s’y suspendre le jour où l’huissier deviendra trop pressant… on vérifie que la fenêtre du salon est à bonne hauteur d’étages pour en finir le moment venu, sans ascenseur ni escalier, le nez au ciel, les bras en croix… on compte et recompte la monnaie sur la table de la cuisine en se demandant si les enfants auront encore du lait à la fin du mois… on enterre dans un désert rural un nouveau-né mort entre le domicile de sa mère et la maternité trop lointaine… on voit le chômage s’abattre sur les familles comme un insatiable oiseau de proie… et, au même moment, les actionnaires du « CACA rente » tourner de vertigineux bonheur, comme des derviches devenus fous, sur des tas d’or de plus en plus impressionnants.
Et, le ridicule ne tuant décidément pas, ces élites autoproclamées exhibent leurs muscles sur des scènes de foires internationales, pour terrifier puis faire rentrer dans le rang tous les mal-lavés qui salissent le monde au quotidien, leur donner des leçons de maintien et de bonnes manières, leur rappeler ce que sont les Droits de l’Homme. Tous ces « Monsieur Propre », la boîte à lessive magique en main, s’affairent en Afghanistan, en Lybie, au Mali, en Syrie, en Palestine, en Israël, en Irak, en Iran… oubliant que, chez nous, les Corses sont en marche vers la tombe de leur trentième mort en un an, que les armes se vendent et s’achètent chez eux plus facilement qu’un pain au chocolat, que dix affaires criminelles sur cent seulement sont élucidées !
Le ridicule ne tue plus !
L’école de la République nous enseignait autrefois que, avant de dénoncer la paille qui encombre l’œil du voisin, il faut retirer la poutre qui aveugle le sien ! Elle nous disait aussi, cette bonne vieille école de la République, que, avant d’aller donner des leçons de propreté à l’autre, il faut déjà se savonner soi-même, être propre sur soi, et avoir balayé devant sa porte !
Mais c’était l’école de la République, pas… l’ENA !
Si elle est désastreuse pour l’image de notre pays, et redoutablement méprisante pour son peuple, cette lutte à mort à coups de poignées de voix (toutes aussi incertaines les unes que les autres) que se livrent aujourd’hui quelques saltimbanques énarchiques qui se prennent pour des chefs d’Etat a au moins ce mérite : exaspérer davantage encore un peuple qui en a marre de souffrir pour et par eux, qui n’en peut plus de leurs mensonges, manipulations, abandons, transferts de responsabilités et de charges, flagornerie, flatteries et menaces, et le pousser à libérer sa colère, un jour… bientôt peut-être !
Ce jour-là, qu’ils auront engendré eux-mêmes, sur son balcon à garde-fous dorés, surplombant des foules devenues redoutables, l’un d’entre eux, ignorant de l’Histoire qu’il aura fait supprimer des programmes scolaires, pourra murmurer comme, autrefois, un certain roi Louis : « C’est une émeute ? » Alors, peut-être se trouvera-t-il, dans son entourage, un courtisan poudré moins sot que les autres, ou moins pleutre, qui osera répondre : « Non, Monsieur le Président ! C’est… une révolution ! »
Peut-être !
Ce jour-là, gens des élites autoproclamées, il sera trop tard pour vous découvrir un cœur dans la poitrine, et tenter de vous remettre sur les épaules la tête que vous aurez déjà jetée vous-même dans la sciure !
Prudence, gens des élites autoproclamées qui ne connaissez de l’usine, du chantier, de la terre, de la rue, de la vie… que ce que vous en ont dit des livres menteurs choisis par d’autres élites… Prudence !
Le feu est redoutable à proximité d’une poudrière. On n’y joue pas impunément avec des allumettes !
Pensez un peu à celles et ceux qui, par leur travail quotidien, vous donnent les moyens de… les mépriser.
A bon entendeur…
Salut et Fraternité !

samedi 17 novembre 2012

RIMBAUD - Les assis


Les assis

Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;

Ils ont greffé dans des amours épileptiques
Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S’entrelacent pour les matins et pour les soirs !

Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
Sentant les soleils vifs percaliser leur peau,
Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.

Et les Sièges leur ont des bontés : culottée
De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;
L’âme des vieux soleils s’allume, emmaillotée
Dans ces tresses d’épis où fermentaient les grains.

Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,
Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,
S’écoutent clapoter des barcarolles tristes,
Et leurs caboches vont dans des roulis d’amour.

- Oh ! ne les faites pas lever ! C’est le naufrage…
Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,
Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !
Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.

Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves,
Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,
Et leurs boutons d’habit sont des prunelles fauves
Qui vous accrochent l’oeil du fond des corridors !

Puis ils ont une main invisible qui tue :
Au retour, leur regard filtre ce venin noir
Qui charge l’oeil souffrant de la chienne battue,
Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir.

Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,
Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever
Et, de l’aurore au soir, des grappes d’amygdales
Sous leurs mentons chétifs s’agitent à crever.

Quand l’austère sommeil a baissé leurs visières,
Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,
De vrais petits amours de chaises en lisière
Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;


Des fleurs d’encre crachant des pollens en virgule
Les bercent, le long des calices accroupis
Tels qu’au fil des glaïeuls le vol des libellules
- Et leur membre s’agace à des barbes d’épis.

Arthur Rimbaud - Poésies

jeudi 1 novembre 2012

CAC 40, ou CACA RENTE ?

Il fallait s’y attendre !
Le printemps de mai a ravivé des énergies endormies. Jusqu’à ce mois de Marie historique, qui a vu fleurir de nouveaux espoirs de mise en application de notre devise républicaine Liberté-Egalité-Fraternité, même s’ils râlaient un peu histoire de faire croire à l’absence de compromission entre eux et les politiques d’alors, ils s’étaient accommodés de la durée légale du travail, du financement des organismes sociaux, de la fiscalité des entreprises, du coût du travail dans notre pays, des ouvriers français qu’ils estimaient (qu’ils estiment toujours !) les plus fainéants d’Europe… Les montant de leurs jetons de présence, émoluments d’administrateurs, leurs combats des chefs pour la possession du yacht le plus long du monde et une place dans l’avion de la République pour des virées de « stratégie commerciale » au bout du monde, les déjeuners à répétition (précédés et suivis de bises présidentielles appuyées) de la présidente du Medef à l’Elysée, leurs parachutes dorés et autres indemnités de maintien en poste ou de départ (parfois après avoir ruiné la société qu’ils avaient dirigée d’un coup de cigare cubain) les aidaient à cette chaleureuse générosité politique.
Mais voilà ! Même si le pays est toujours géré par les clones des prédécesseurs, issus des même moules à manqué (l’ENA étant le plus fameux -pire !?!- de tous), ils se souviennent soudain qu’ils ne sont pas d’une famille soucieuse de tous ses membres, grands ou petits, forts ou faibles, sains ou malades, jeunes ou vieux ! Leur revient brutalement à l’esprit qu’ils sont d’une classe différente de toutes les autres, de celle des donneurs d’ordres qui veulent toujours plus de rendement au moindre coût, si possible à coût nul !
Ils… les très grands patrons de notre pays !
La sélectivité de leur mémoire leur permet d’oublier que, des années durant (dix, vingt, trente…) ils ont fait mine de penser à l’avenir de leur entreprise, en ne songeant en réalité qu’à leur profit, c’est-à-dire à celui de leurs actionnaires dont ils ne sont que les exécuteurs des hautes et basses œuvres.
Pendant ce temps de vaches un peu plus grasses, comment ont-ils partagé les richesses produites par leurs salariés ? A cette époque d’apparente meilleure santé économique et sociale, ont-ils seulement pensé (voulu ?) investir dans l’innovation, le développement, la recherche de nouveaux produits ou procédés de fabrication ? En ces années de ciel plus serein, ont-ils eu le courage de rappeler à leurs actionnaires que demain se prépare aujourd’hui à la lumière de ce qui a été réussi hier ?
Bien sûr, la situation est maintenant dramatique (pas pour tout le monde, les plus riches étant toujours plus riches et les plus pauvres toujours plus pauvres !).
Alors, les « aigles » imitant les « pigeons », une centaine d’entre eux (dont quelques-uns sortis eux aussi de l’ENA) adressent un ultimatum au président de la République. Ils le mettent en demeure de donner de l’air aux finances d’entreprises en réduisant les charges salariales et, pour compenser le manque à gagner de l’Etat, de serrer d’un cran supplémentaire la ceinture du citoyen (tous les citoyens, y compris les plus misérables !) en augmentant la TVA !
Soyons lucides…
D’abord… une telle politique simpliste peut être décidée et appliquée par un élève de l’école primaire (inutile de payer très cher des surdiplômés de l’ENA ou d’ailleurs pour faire de telles trouvailles !)
Ensuite… si elle est décidée puis appliquée (le succès exemplaire des « pigeons » prouve qu’elle le sera !) elle laissera une fois de plus dans l’ombre les quelques-uns qui se goinfrent des bénéfices du travail de tous, ces fameux actionnaires imperméables aux souffrances de celles et ceux qu’ils mettent sur le trottoir. Outre les politiques, leurs complices, et les services fiscaux aux ordres de Bercy, qui les connaît celles et ceux-là ? Qui sait qui tire les ficelles de qui, et comment, qui décide des licenciements boursiers, d’activer la recherche pour l’avenir, ou de faire mourir le passé en saignant trop le présent ?
Gardons-nous de mettre tous les chefs d’entreprise dans le même sac ! Le plus grand nombre d’entre eux, moyens et petits, les véritables créateurs d’emploi de notre pays, sont eux-mêmes victimes de ces grands prédateurs, avec leurs salariés dont ils partagent presque toujours le sort. Victimes aussi, ces moyens et petits entrepreneurs, d’un Etat qui admet une injustice fiscale criante entre les nouveaux seigneurs détenteurs du pouvoir de vie et de mort économiques et sociales et leurs vassaux ! (Le Journal du Dimanche -JDD- ne vient-il pas de révéler que les entreprises du CAC 40 paient en moyenne 8% d’impôt sur les sociétés, contre 22% pour les PME, et que, pour couronner cette politique économico-fiscalo-industrielle bananière, un quart des entreprises du CAC 40 ne paient pas du tout d’impôts !) Ces patrons de PME, très souvent silencieux (au travail, tandis que les autres conspirent dans les palais nationaux) presque toujours assujettis (fournisseurs ou prestataires de services) aux grands prédateurs, méritent le respect le plus sincère et le soutien le plus efficace. Eux aussi sont saignés par les donneurs d’ordre des saigneurs de l’économie.
Mais les autres, ces « grands patrons » qui donnent si fort de la voix en ce moment et savent mieux concevoir un plan social qu’une stratégie commerciale… Ceux-là ne sont que les aboyeurs apparents des anonymes spéculateurs propriétaires réels des entreprises. Ils ne sont que la partie apparente de l’iceberg qui joue de son éclat sous le soleil pour mieux éblouir le chaland ordinaire. Or chacun sait que c’est la colossale masse de glace dissimulée sous la surface qui, sensible aux grands courants sous-marins, provoque la dérive dangereuse de l’ensemble.
Qui donc envoie dans les couloirs ministériels (où ils retrouvent leurs copains d’école) leurs porte-voix itinérants qui passent sans honte, ni hésitation, d’une grande entreprise à l’autre, du transport ferroviaire à la banque, de l’aérospatiale au nucléaire… comme s’ils étaient, toutes spécialités du monde confondues, des génies universels ? Qui ?
Sachons orienter notre regard vers les vrais décideurs : les hommes des abysses, au cœur de glace, dissimulés sous la surface sociale, anonymes, insensibles seulement aux courants financiers internationaux !
Ce sont eux qui déclenchent en ce moment la nouvelle lutte des classes, pas leurs pitoyables marionnettes qui apparaissent dans nos étranges lucarnes chaque jour que fait le dieu du moment : le marché ! Ce sont eux qui font du CAC 40 un lieu d’aisance de jour en jour plus puant : CAC 40, ou… CACA RENTE ?
Tout les autres, au verbe haut, à la cravate arrogante, ne sont que des comédiens d’occasion qui interprètent de mauvais jeux de rôle appris sur les bancs d’une école (de prétendues élites) dont l’enseignement prioritaire est celui de la langue de bois, au détriment de celle, ô combien plus harmonieuse, de la République, de laborieux acteurs d’une mauvaise tragédie !
Vigilance citoyenne et lucidité : n’oublions pas que, depuis la nuit des temps, l’anonymat a toujours été le berceau de la mauvaise ou de la vraie fausse bonne action !
Salut et Fraternité !
Image : photo de couverture du livre Au Plaisir d'ENA Gilles Laporte éd. DGP Québec 2001

dimanche 28 octobre 2012

Hortense et... le pouvoir féminin.

Jeanne d'Arc, la chanson et la geste.

Tel est le titre de la nouvelle biographie publiée par Hortense DUFOUR chez Flammarion.
Une biographie de notre héroïne nationale par l'une des meilleures auteures de notre temps !
Un nouveau regard de femme sur cette femme sanctifiée par l'Eglise et la République laïque, une nouvelle vision de notre histoire, des raccourcis étonnants qui mettent le quinzième siècle en prise directe avec notre vingt-et-unième prétendu moderne et activiste des droits de l'homme (et de la femme ?)
Hortense Dufour n'a jamais mâché ses mots avant de les poser sur le papier. Elle nous les livre tels qu'en eux-mêmes, riches de leur sens plein, souvent percutant, forts de leur vraie puissance qui donne à sa langue une énergie rare, à des siècles-lumière de la langue de bois si précieuse à celles et ceux qui parlent (ou écrivent) pour ne rien dire. Cette histoire revisitée par Hortense Dufour, nerveuse et militante, c'est celle que voulait faire enseigner à tous les enfants de France, futurs citoyens responsables, un certain... Denis Diderot !
Passionnant !
Quelle lecture !

Extrait :
"Philippe le Bel rétablit une « paix » avec Edouard II d’Angleterre. Paix scellée en lui donnant en mariage sa fille. Isabelle de France. Ce n’est pas la première fois que la « France » épouse l’ « Angleterre ». La jonction des mariages ne calme rien. Les sangs brouillés, les dots brouillées. L’Eglise s’en mêle et via un moine de Saint-Denis, un moine obscur, on s’empresse d’exhumer et de faire rétablir une loi. La loi salique. Cette très ancienne loi rédigée en latin, issue des « Francs Saliens », monument du machisme et de l’Eglise, vient de Germanie. La règle principale est d’exclure les femmes de la succession à la terre et à la couronne ; affaiblir le pouvoir des reines. Finis les beaux héritages administrés par Aliénor ! Les « reines » ne régneront plus. Les voilà femmes de rois, procréant de l’héritier sans couronne. Une fille de France, épouse d’un roi anglais, ne peut engendrer un futur roi de France. La succession d’un royaume ne peut venir d’une femme. La loi salique biffe ses biens, réduit la femme en machine à faire de la viande, si possible mâle. La France, ses mâles et son Eglise ne supportent pas l’idée d’un pouvoir féminin…"

Salut et Fraternité !
Hortense DUFOUR Jeanne d’Arc, la chanson et la geste p.43
Flammarion 09/2012    700p. 24,90 euros 

samedi 20 octobre 2012

Servitude volontaire ?


En ces temps de grandes perturbations politico-économiques, d'austérité imposée aux peuples par des élus  complices de commerçants internationaux, eux-mêmes manipulés par les spéculateurs, relisons cet extrait du Discours de la servitude volontaire de l'ami de Montaigne, Etienne de La Boétie (1530-1563), et... méditons ! 

Qu’une nation ne fasse aucun effort, si elle veut, pour son bonheur, mais qu’elle ne travaille pas elle-même à sa ruine. Ce sont donc les peuples qui se laissent, ou plutôt se font garrotter, puisqu’en refusant seulement de servir, ils briseraient leurs liens. C’est le peuple qui s’assujettit et se coupe la gorge : qui, pouvant choisir d’être sujet ou d’être libre, repousse la liberté et prend le joug, qui consent, qui consent à son mal ou plutôt le pourchasse. S’il lui coûtait quelque chose pour recouvrer sa liberté je ne l’en presserais point : bien que rentrer dans ses droits naturels et, pour ainsi dire, de bête de redevenir homme, soit vraiment ce qu’il doive avoir le plus à cœur. Et pourtant je n’exige pas de lui une si grande hardiesse : je ne veux pas même qu’il ambitionne une je ne sais quelle assurance de vivre plus à son aise. Mais quoi ! Si pour avoir la liberté, il ne faut que la désirer ; s’il ne suffit pour cela que du vouloir, se trouvera-t-il une nation au monde qui croie la payer trop cher en l’acquérant par un simple souhait ? Et qui regrette volonté à recouvrer un bien qu’on devrait racheter au prix du sang, et dont la seule perte rend à tout homme d’honneur la vie amère et la mort bienfaisante ? Certes, ainsi que le feu d’une étincelle devient grand et toujours se renforce, et plus il trouve de bois à brûler, plus il en dévore, mais se consume et finit par s’éteindre de lui-même quand on cesse de l’alimenter : pareillement plus les tyrans pillent, plus ils exigent ; plus ils ruinent et détruisent, plus on leur fournit, plus on les gorge ; ils se fortifient d’autant et sont toujours mieux disposés à anéantir et à détruire tout ; mais si on ne leur donne rien, si on ne leur obéit point ; sans les combattre, sans les frapper, ils demeurent nus et défaits : semblables à cet arbre qui ne recevant plus de suc et d’aliment à sa racine, n’est bientôt qu’une branche sèche et morte.
Salut et Fraternité !

samedi 29 septembre 2012

JAMMES Francis - L'automne

On voit, quand vient l’automne, aux fils télégraphiques
De longues lignes d’hirondelles grelotter.
On sent leurs petits cœurs qui ont froid s’inquiéter.
Même sans l’avoir vu, les plus toutes petites
Aspirent au ciel chaud et sans tâche d’Afrique.
C’est dur d’abandonner le porche de l’église !

Dur qu’il ne soit plus tiède ainsi qu’aux mois passés !
Oh ! Comme elles s’attristent ! Oh ! Pourquoi le noyer
Les a-t-il donc trompées en n’ayant plus de feuilles ?
La nichée de l’année ne le reconnaît point,
Ce printemps que l’automne a recouvert de deuil. 

Francis JAMMES 1868-1938
Photo F. Jammes par Paul Marsan (dit Dornac) à Orthez - Juin 1919

jeudi 13 septembre 2012

Les yeux d'Elsa...

Louis Aragon
Les yeux d'Elsa

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa.

Louis Aragon Les yeux d'Elsa Seghers 1942

mardi 4 septembre 2012

Ecrire ou peindre...

Qu’est-ce, pour l’écrivain, que la création d’histoires, sinon le choix d’effacer sa propre vie derrière d’autres, virtuelles, dont il nourrit son œuvre ?
Ce choix de vivre d’autres vies, d’autres histoires que les siennes propres, toujours écrites par d’autres (famille, éducateurs-orienteurs, employeurs, conjoints…) conduit cet écrivain à se dépouiller de ce qu’il tenait pour environnement essentiel de son existence, à se faire admettre par un autre univers qui, pour occasionnel qu’il puisse paraître, constituera avec les autres le terreau dans lequel plongeront définitivement ses racines. Devenir camionneur, escroc international, résistant, moine, policier ou assassin, fut-ce le temps d’un livre en cours d’écriture, l’oblige à explorer le monde du camionneur, de l’escroc international, du résistant, du moine, du policier ou de l’assassin. Quant à l’auteur femme qui écrit des histoires d’hommes… ou à l’auteur homme qui écrit des histoires de femmes…
Cette vie d’écrivain est en tous point comparable à celle du peintre qui, pour peindre une pomme, doit s’oublier en tant qu’homme, s’oublier devant la pomme, se laisser gagner par sa forme, sa couleur, sa texture, son parfum et son odeur, l’intensité de la lumière qu’elle reflète, doit accepter de se laisser pénétrer par la matière pomme, devenir pomme !
Quant aux personnages ainsi créés…
Ne sont-ils pas autant de pierres dissociées d’un édifice artificiel construit par d’autres, ce moi social rarement en accord avec mon moi réel, pierres répertoriées, classées, marquées, numérotées, destinées au réemploi dans une éventuelle reconstruction, mais reconstruction d’un édifice conforme, cette fois, à mon être réel ?
Parce qu’ils sont, ces personnages, ce que je serais si j’étais eux, ils m’aident à comprendre l’autre et, surtout, à sortir de moi l’homme ancien, à lui substituer l’homme nouveau, à faire des pierres brutes qui me constituent et font de moi un être difforme et incertain, des pierres cubiques qui, assemblées, me transformeront, je l’espère, en un édifice droit, solide et fiable.
Ne pas accepter de devenir pomme, c’est, pour le peintre se condamner à ne produire jamais que des croûtes ! Refuser d’être ses personnages qui attaquent ses perversions et travers au ciseau et maillet, c’est pour l’écrivain s’obliger à ne produire jamais que des pochades inutiles, voire dangereuses parce que seulement distractives.
Or la distraction est toujours fuite de soi !
Salut et Fraternité !
 Image : Les Humbles  Gilles Laporte Huile sur toile 33x24,5 - 2001

mercredi 22 août 2012

Esclaves, citoyens, et... feu d'artifice !

16 août 2012.
Marikana – Afrique du Sud.
En pleine anesthésie sociale et politique du mois d’août, des mineurs noirs n’en peuvent plus de travailler pour un salaire de misère et le profit de quelques actionnaires anglais. La direction de leur entreprise, LONMIN, créée à Londres en 1909, toujours installée à Londres, gouvernée depuis Londres, fait appel à la police pour liquider la fronde. Fusillade : 34 morts, tous noirs, tous esclaves de quelques donneurs d’ordres tapis dans la City, fidèles sujets d’une reine au chapeau mou que distraient de temps en temps des gardes rouges couverts de… fourrure d’ours !
Au même moment…
De l’autre côté de l’Atlantique, au pays de la bouffe prédigérée et des leçons de morale politique au monde entier, tandis qu’un presque candidat à l’élection présidentielle annonce que l’enfant né d’un viol est un enfant désiré par la femme violée, deux Etats exécutent par injection létale des malades mentaux qui traînaient dans le couloir de la mort depuis des années : Warren Hill en Georgie, Yokamon Hearn au Texas, tous deux… noirs !
Ces meurtres et pensées meurtrières me rappellent une époque pas si lointaine (1964), en Afrique noire (Côte d’Ivoire plus précisément) où j’ai vu des lépreux noirs se faire chasser de terrasses de café par des serveurs noirs à coups de pieds dans les côtes ordonnés par les tauliers blancs ! Images qui m’ont marqué à jamais !
Décidément, hier comme aujourd’hui, il ne fait pas bon être noir sur cette terre… parmi les blancs !
Voilà quelques jours, à Moscou, trois jeunes femmes du groupe punk Pussy Riot (Maria Alekhina - 24 ans, Ekaterina Samoutsevitch - 29 ans, Nadejda Tolokonnikova -22 ans, ont été envoyées en vacances pour trois ans quelque part dans un goulag qui, selon leur cher président Poutine, devrait leur remettre la tête et le reste à l’endroit. Elle sont coupables d’avoir chanté, en cathédrale et a capella, une bluette irrévérencieuse à l’égard du nouveau tasr.
Et, à l’heure où j’écris ces lignes, un certain Julian Assange, l’homme de Wikileaks, est toujours réfugié dans l’ambassade de l’Equateur, encore à Londres, sous la menace d’un enlèvement musclé dans ces lieux étrangers par les autorités anglaises, au prétexte qu’il aurait commis une agression sexuelle en Suède dans un passé indéterminé. Il a surtout dévoilé sur son site les malversations et malhonnêtetés criminelles des deux Etats qui tremblent de le voir sortir un jour de son repère défendu bec et ongle par le président équatorien Rafael Correa. Les complices tricheurs qui mettent la planète en coupe réglée au profit de quelques boursicoteurs seraient prêts à violer une… ambassade, pour dissimuler au monde leur perversion !
Décidément, il ne fait pas bon être un citoyen conscient, vigilant et actif, amoureux de vraies valeurs d’humanité, sur cette terre gérée par des gens qui ont la tête près du pouvoir et du… bonnet (d’ours !)
Quant aux guerres de religions que les mêmes (Russie, Etats-Unis, Angleterre…) suscitent et entretiennent sous le regard des affamés d’Orient et d’Afrique (bientôt de cette Europe dont ils ne veulent pas !), et la convoitise de la Chine qui compte les coups et ramasse les morceaux… Qu’en dire ?
Rien, par respect pour toutes celles et tous ceux qui tombent sous les balles qu’ils leur fournissent avec l’espoir qu’ils s’extermineront eux-mêmes, et que, ainsi, leurs richesses seront bientôt… disponibles !
La Syrie ?
La Syrie !
Après un 14 juillet solennel (en trompette, tapis rouge et caviar) de Bachar Al-Hassad, dans la tribune officielle de notre République, aux côtés d’un passé Président, voici… le feu d’artifice tiré pour nous dans la bonne et belle ville d’Alep !
Echange de politesses !
Salut et Fraternité !
Image : Journaliste bâillonné - Reporters sans frontières

vendredi 10 août 2012

Louise Michel : Chanson des prisons...

Aux salarié(e)s du groupe DOUX, à celles et ceux de La Verrerie de Portieux, de toutes les entreprises victimes des adorateurs du veau d'or, prisonniers de leurs prisons, j'offre ce... 
Poème de Louise Michel, écrit en mai 1871.
A méditer, et à offrir aux banquiers, spéculateurs des fonds de pensions et d'investissement, notables divers et variés, élus ou nommés, protégés par leur... mur de planque !

Quand la foule, aujourd’hui muette,
Comme l’Océan grondera,
Et qu’à mourir elle sera prête,
La Commune se relèvera.

Nous reviendrons, foule sans nombre,
Nous viendrons par tous les chemins,
Spectres vengeurs sortant de l’ombre,
Nous viendrons nous serrer les mains.

Les uns pâles, dans les suaires.
Les autres encore sanglants.
Les trous de balles dans leurs flancs.
La mort portera les bannières.

Le drapeau noir, crêpe de sang,
Et pourpre, fleurira la terre
Libre, sous le ciel flamboyant.
                                  
Salut et Fraternité.