jeudi 27 décembre 2012

Raymond RADIGUET... hier et aujourd'hui !

Génie précoce foudroyé à l’âge de vingt ans, en 1923 par une fièvre typhoïde, Raymond Radiguet a pourtant le privilège d’appartenir au Panthéon des Lettres françaises. Son premier roman lui assure la célébrité dès sa parution. Porté par un succès de scandale, Le Diable au corps ne doit pas faire oublier l’ensemble d’une production également remarquable : poèmes, pièces de théâtre, articles, essais, contes, nouvelles et romans - œuvre d’une vie tout entière vouée à la littérature. Tant son talent que sa personnalité lui ont valu l’estime et l’amitié de l’avant-garde artistique de l’époque : Max Jacob, Jean Cocteau, Joseph Kessel, Erik Satie, Francis Poulenc, Constantin Brancusi ou Pablo Picasso… (4ème de couverture de l’édition de ses œuvres complètes établie par Chloé Radiguet et Julien Cendres).

L’amant des statues

Mi-zèbre, mi femme, centaure,
O baigneuse au rebelle torse,
Que la rame au hasard découvre,
Puisque tu ne peux pas aimer
Marbre surgi bouillant des mers
Sache au moins, devançant le Louvre,
La docilité des statues.

Depuis que Zéphyr t’a battue
Rose, tu l’aimes davantage.
Onde, amour à tous les étages :
Seul manque le fouet de Xerxès
Que de leurs écumes d’amour
Baigneuses et mer remerciaient.

Ainsi, pour vibrer, le tambour
Attend d’être roué de coups ;
Et, se faisant prier, le cygne
Si nous voulons l’entendre exige
Qu’au moins on lui coupe le cou.

Sachez encore ce qui la tue :
Elle meurt comme toi, statue,
De ne connaître des vivants
Que leurs hommages décevants,
Et que des seuls feux du dehors
Puisse être illuminé son corps.

Accrochez des lampions aux arbres,
De leur fard colorant le marbre ;
Devant ce pourpre et faux émoi,
L’amant pâlit, verdit de joie.

Des roses à toutes les bouches,
Et des lampions à nos fenêtres,
Sur le port des soldats débouchent,
C’est à ne plus s’y reconnaître.
Ne pavoisons pas : car mon cœur

Saura prodiguer la lumière
Dont je souhaitais tout à l’heure
Que vous l’arborassiez première !

Raymond Radiguet Poèmes inédits Œuvres complètes Ed. Omnibus (07/2012) p. 149-150
Image : portrait de Raymond Radiguet par Jacques-Emile BLANCHE

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Tu as bien choisi cet être fugace et talentueux trop vite disparu...
Il a laissé des poésies et des livres
qui montraient son grand talent , personne ne s'y était trompé de son temps et il était "reconnu", il a rencontré aussi les plus talentueux de son époque.
Il adorait les femmes et elles le lui faisaient comprendre. Sa vis fût courte mais intense.
tu as bien choisi comme un cadeau que tu nous fais.
Merci et bon réveillon RDv en 2013 avec tes romans nouveaux et le plaisir que j'ai toujours à te lire
Amitiés
katyL

Anonyme a dit…

sa vie♥ bien sur et j'ai relu !!
oups !!!!

Anonyme a dit…

Ce roman "le diable au corps" vaut également par le fait qu'il est rédigé au passé simple de l'indicatif (si mes souvenirs sont bons...)et c'est un vrai régal pour ceux qui aiment le français bien sûr.

Gilles a dit…

Merci. "Régal"... le mot est bien trouvé ! Bonne année 2013. Cordialement.