mercredi 25 novembre 2009

Coing... coing... coing !

Il était une fois... un coing !
Pas un de ces coins où les cancres finissaient la classe, un bonnet d'âne sur la tête (pauvres ânes !), mais un de ces coings, avec G (pas le fameux "facteur G" des psychologues, essence même de l'intelligence humaine... ça se saurait, ou... on s'en serait aperçu !) Un de ces coings ronds et jouflus, dorés et veloutés, parfumés au miel, au sainfoin et à la noisette tout ensemble, un vrai, un beau, un bel et bon coing ! Jugez plutôt :

Il était une fois un écrivain, cuisinier d'opérette, qui se prenait de temps en temps pour... un confiturier (pas le meuble si recherché par les antiquitaires de tout le royaume et d'ailleurs, mais celui qui fabrique des confitures !). Ses crises renaissaient chaque année, régulières comme les mots si doux du ministère des Finances : au printemps avec les fraises, puis à la charnière printemps-été avec les cerises et les brimbelles (mot de notre identité régionale pour désigner les myrtilles sauvages, n'est-ce pas Monsieur Besson ?), puis au plein coeur d'août avec les mirabelles, puis dans les premières rousseurs d'automne avec les mûres, puis, sur le seuil de l'hiver, avec... les coings ronds et jouflus, dorés et velout... (bon ! ça va ! je crois l'avoir déjà écrit...). Donc... un cuisinier d'opérette qui s'était lancé le défi de réussir une bonne gelée de coing !

Il prépara le sucre, la spatule en bois et la bassine de cuivre, empoigna le fruit et le grand couteau, attaqua les fruits ronds et jouflus, dor... (c'est devenu un tic !). Le soleil entrait à flots par la fenêtre (fermée... pas fou, tout de même. La Lorraine en novembre n'est pas le cap Nègre !), les chats dormaient papattes en rond dans les paniers, Radio Classique donnait Carmen... Il sifflotait en découpant. Quand, soudain : fleuve de sang, salle de bain maculée, pansement compressif... C'est où... les urgences ? Le cuisinier d'opérette avait réussi le tour de force de se découper le pouce gauche à la manière d'un pilon de poulet : proprement, sans esquilles d'os, muscles franchement taillés... comme aurait fait un boucher-charcutier professionnel !
Radio-Classique en était à la mise en garde adressée au toréador, les chats se regardaient les uns les autres, se demandant quelle mouche venait de piquer leur maître, le soleil brillait toujours d'indifférence sur les malheurs du monde !
Résultat : une exploration de plaie, une visite guidée par le chirurgien (au profit d'une charmante infirmière qui répondait aux doux prénom et nom de... Martine Aubry ! Je ne savais pas qu'elle faisait des extras en hôpital... peut-être pour atténuer par un effort personnel les effets des 35 heures...) visite, dis-je, de mes gaines et tendons intimes, rapprochement des chairs et peau, couture au point de croix (par solidarité, vu que, ce jour-là, je portais la mienne)... du beau travail ! Jugez un peu :

Retour à la maison de l'écrivain-cuisinier d'opérette-confiturier d'occasion. Carmen avait dégluti son toréador, les chats avaient envie d'aller voir dehors si les souris y dansaient, le soleil avait pâli (comme moi !), les coings étaient toujours sur la table. Alors, conscient qu'il faut toujours aller jusqu'au bout de ses entreprises ("Chaque pas doit être un but !" a écrit le philosophe Jacques Chirac), je réempoignai le fruit rond et jouflu, adoptai une autre technique coupatoire, et achevai ma tâche. Une heure plus tard, coings, coings et coings (je n'avais pourtant pas envie de danser cette danse des connards) étaient devenus... gelée ! Une gelée dorée, parfumée au miel, au sainfoin et à la noisette tout ensemble, gelée que, remuant les doigts en réveillance (l'anesthésie avait été sérieuse) dans leur gangue de gaze, ouate et bandages, afin de m'assurer, une fois encore, qu'ils fonctionnaient bien, j'admirais (oui, gelée que j'admirais !) dans la sombre clarté d'un contre-jour déjà fortement entamé par la nuit tombante. Dorée... jugez un peu :

Plus tard, bien plus tard, une fois les chats rentrés puis ressortis pour vivre leur vie de félins campagnards, Radio Classique devenue poussive, et la chouette de la grange voisine partie en chasse en rabotant le ciel de ses cris rauques, couché, je me suis surpris à chantonner... oui, chantonner... un air qui me remontait des zones les plus reculées de la mémoire...
Oui, mais en coupant un coing,
Ne vous coupez pas la main,
Surtout si un...
Merci , mon cher Félix ! Merci !
Depuis, elle ne me quitte plus, cette chanson.
Allez savoir pourcoing !


images : coing, ma main, pot de gelée photos GL 25 11 09

5 commentaires:

micheline a dit…

dieu qu'avec esprit et poésie ces choses-là sont dites!
et vive la gelée de coing: coup d'oeil en coin!!
et repos de la main.

Ninie a dit…

Je ne devrais pas le dire, mais j'ai bien ri en lisant ton récit... tes talents de conteur évidemment !

Fille de l'Eau a dit…

Gilles, votre histoire se termine bien. Le coing aurait pu avoir raison de votre pouce.
Votre ténacité m'en bouche un coin ; hardi le téméraire qui recommence !
Et le confiturier-écrivain a finalement mis en gelée le coing sauvage.

Rénica a dit…

Quelle histoire joliement racontée et quelle persévérance Gilles ! Le résultat est superbe cette couleur ambrée est une splendeur !
Ma grand-mère faisait de la gelée de coing et votre histoire m'a fait retourner en enfance où en cachette sous la table je dégustais avec délice les petits morceaux de coing âpres et parfumés que j'avais subtilisés dans le grand saladier...un pur bonheur...

Gilles a dit…

Oui, chère Micheline, la poésie soutient le conte et libère le bon rire, chère Ninie, qui soutiennent la décision de poursuivre l'oeuvre entreprise, chère Fille de l'eau, qui produit saveur délicieuse et couleur ambrée, chère Rénica, qui hâte la cicatrisation et permet, à l'écrivain-confiturier gourmand, de s'adonner à nouveau, sur son clavier, aux malins jeux de main ! (qu'en dirait... Thierry Henry ?)
Je vous embrasse.
Gilles