lundi 6 octobre 2008

Vigne, vins et... révolution !

Dès le début du 18ème siècle, tout le monde boit du vin. Qu’il soit, selon, la rafarinade célèbre, aristocrate ou bourgeois de la « France du haut », ou miséreux taillable et corvéable à merci de la « France du bas », du nord au sud et de l’est à l’ouest, le Français boit du vin.
Car le vin circule. Du midi, il monte vers le nord par le Rhône, la Saône, le Serein, et la Seine jusqu’à Paris. De l’orient d’ « empire » il gagne l’occident « royal » pas les Côtes du Rhône, le Lyonnais, le Beaujolais, la Bourgogne et la Loire, encore jusqu’à Paris. Et des côtes océanes, il cabote, toujours vers Paris, par Bordeaux, Le Havre, et la Seine.
On le boit, en cœur de capitale, dans de très nombreux cabarets. Et à cause de l’octroi, hors les murs dans d’innombrables guinguettes dont, souvent, le nom est arrivé jusqu’à nous : le Moulin de Javelle, La Rapée, Le Gros Caillou, Mesnil-Montant, Belleville, La Courtille ou Le Prè-Saint-Gervais.
Les autres villes ne sont pas en reste : Metz, ville de garnison, consomme, dans ses guinguettes sous les remparts et sur les rives de Moselle… quarante mille hectolitres de vin chaque année pour ses dix mille soldats. Lyon compte près de deux cents de ces établissements en banlieue, dont plus de cent dans le seul faubourg de Vaise.
Cette grande consommation favorise le développement de grands vignobles, bien sûr, mais aussi incite à la pratique du coupage qu’interdiront successivement les Louis (XIII, XIV et XV). Elle incite aussi les producteurs peu scrupuleux à mettre sur le marché des… contrefaçons, comme celle que, très en colère, Boileau (Boit l’eau ???) dénoncera dans son Repas ridicule – Satire III :

Un laquais effronté m’apporte un rouge bord
D’un Auvergnat fumeux, qui, mêlé de Lignage
Se vendait chez Crenet pour vin de l’Ermitage,
Et qui, rouge et vermeil, mais fade et doucereux,
N’avait rien qu’un goût plat et qu’un déboire affreux !


Le vin entre à de tels flots dans Paris par la Halle-aux-Vins et… Bercy (aujourd’hui ce sont nos impôts qui entrent par là dans des caisses sans fond) que, toujours pour en tirer un maximum de taxes, le pouvoir royal y ordonne, comme dans les autres grandes villes du Royaume… la construction du mur des Fermiers Généraux. Ce mur dont on dira bientôt : « Le mur murant Paris rend Paris murmurant »
En 1785 : le mur mesure vingt-trois kilomètres de long. Mais, comme il est construit par tronçons, de nombreuses brèches subsistent, par lesquelles passent les fraudeurs et contrebandiers. La plus célèbre de ces brèches (donc le plus fameux et plus actif lieu de tricherie à l’État) correspond aujourd’hui à l’emplacement des jardins du palais de… l’Élysée !
1786 : premières émeutes contre le mur de Lyon. Les forces de l’ordre jettent des commis dans la Saône et le Rhône.
1787 : premières émeutes à Paris
1789 : le peuple assoiffé se lance à l’assaut des barrières d’octroi !

L’histoire des vins a marqué l’histoire des hommes. Va-t-elle encore la colorer en ces temps très difficiles ?
D’aucuns prétendent que le vin est à l’origine du coup de colère du peuple de Paris qui a fini dans le sang du Roi un certain 21 janvier 1793… Pourquoi pas ?


Souvenons-nous :
Janvier 1789 : le mur n’est pas terminé. Dans espace encore ouvert entre la Place Clichy et le Parc Monceau, les Parisiens s’en prennent aux commis de l’octroi et détruisent leurs baraques.
11juillet 1789 : Émeutes à répétition. Le Roi renvoie Necker. Les cabaretiers servent encore nuit et jour des vins à quatre sous la pinte.
12 juillet 1789 : le régiment de Royal-Allemand charge dans les jardins des Tuileries. L'insurrection éclate. Mais on boit encore.
13 juillet 1789 : Les électeurs des États Généraux, réunis à l'Hôtel de Ville, élisent une commission permanente, et un gouvernement municipal chargé d'assurer le maintien de l'ordre grâce à une « milice civique » et, très important, responsable de l'approvisionnement de la ville, surtout en vin. Mais, l’acheminement vers Paris ne se faisant plus, les réserves s’épuisent…
14 juillet 1789 : Une bande de menuisiers, ébénistes, manouvriers et marchands de vin « pleins comme des outres », venus du faubourg Saint-Antoine, marche sur la vieille Bastille pour y chercher des armes. À la suite d'un malentendu ou d'une provocation, ils attaquent la forteresse vide défendue par une poignée de Suisses et d'invalides, la prennent, massacrent le gouverneur de Launey. Le roi capitule.
16 juillet 1789 : Le Roi rappelle Necker.
17 juillet 1789 : Le Roi reconnaît les nouvelles autorités parisiennes, le maire Bailly et le commandant de la garde nationale La Fayette. Pour sceller l’acte, il fait mettre en perce les derniers tonneaux et servir à boire au peuple. Il est acclamé. Une paix provisoire s’installe. Mais…
23 juillet 1789 : Faute d’approvisionnement, les réserves sont épuisées. Le peuple a soif. Nouvelle colère. La foule arrête l’intendant Berthier de Sauvigny, le traîne sur le parvis de l’Hôtel de Ville, lui arrache le cœur, broie ce cœur dans des vases de vin et d’alcool ! Les émeutiers… boivent alors le breuvage avec avidité !
19 février 1791 : Pendant que se développe la Terreur, l’Assemblée Nationale supprime tous les octrois. Alors, décorés de rubans tricolores, d’interminables convois entrent triomphalement dans Paris, de Villejuif, Maison Blanche, Petit et Grand Gentilly. Plus de trois cent cinquante chariots qui transportent… deux cent soixante-et-onze mille livres d’eau de vie d’Orléans, et du vin, encore du vin… toujours du vin !
Après en avoir été le moteur, le vin devient le carburant de la Révolution !
Partout, on porte des toasts à la Liberté, à la Concorde, à l’Assemblée, à la Nation, au Roi. Partout, on boit pour sceller tous les serments sur des autels improvisés. Partout, des fontaines de vin coulent aux fêtes multiples organisées par les nouveaux maîtres du pays…
Et, le 20 juin 1792, devant la foule, Louis XVI accepte de boire le verre de vin que lui tend un sectionnaire armé. On exulte. On s’écrie « Le Roi boit à la santé des sans-culotte ! »
Alors, de quelque part monte une Marseillaise mise aussitôt à la mode par le chansonnier royaliste Ange Pitou, la Marseillaise du buveur :

Allons enfants de la Courtille,
Le jour de boire est arrivé.
C’est pour nous que le boudin grille,
C’est pour nous qu’on l’a préparé.
(bis)
Ne sent-on pas dans la cuisine
Rôtir et dindons et gigots ;
Ma foi, nous serions bien nigauds,
Si nous leur faisions triste mine.
À table, citoyens, videz tous les flacons ;
Buvez, buvez, qu’un vin bien pur
abreuve vos poumons.


Décoiffons chacun sept bouteilles,
Et ne laissons rien sur les plats ;
D’amour faisons les sept merveilles
Au milieu des plus doux ébats.
(bis)
Français, pour nous, ah ! quel outrage,
S’il fallait rester en chemin !
Que Bacchus, par son jus divin,
Relève encore notre courage.
À table, citoyens, videz tous les flacons ;
Buvez, buvez, qu’un vin bien pur
abreuve vos poumons.

Cet enthousiasme pour la bouteille et son contenu durant la Révolution fera écrire à l’historien anglais Théodore Zeldin :
Le Français a acquis, en même temps, le droit de vote et… le droit de boire !

Amis, en ce jour de grande annonce d’une nouvelle éthique patronale (il en serait terminé des parachutes dorés et autres privilèges des maîtres du pays), buvons à la santé du… MEDEF (Mensonges Et Dissimulation En France) !
Buvons !
image : La grève au Creusot (détail) Jules Adler Musée de Pau photo GL

3 commentaires:

Sébastien a dit…

Heureux de vous avoir croisé lors du FIG. Je suis toujours autant impressionné par votre talent et votre charisme...
Bonne continuation.

béatrice a dit…

Ils buvaient les éléphants d'Annibal,Ils étaient complétement ivres quand ils attaquaient les défenses d'ivoire bien limées bien pointus...Ah l'horreur!!!!Elles buvaient les femmes russes pour chasser l'occupant allemand...en 1945...Elles étaient saoules quand elles attaquaient.Les Sudètes en ont de bons souvenirs ... Ah l'horreur!!!Ce que vous dites du vin dans notre hitoire à nous,l est fabuleux!Pour les futures victoires et pour les anciennes buvons!...Pour les anciennes victoires et pour les futures :buvons!buvons!

diplodocus continental a dit…

Pour la solution de la crise actuelle:"buena vista social club"...La fete...Allons danser à Cuba!...Allons danser et rire ...Quand trois jours après,on reviendra...Victoire!Victoria! Victory!"Pobéda!"La confiance sera revenue...et les "mots choisis" vont éviter "les maux"!Ce sera la victoire de l'insouciance,de la danse et de la linguistique...Ce n'est pas plus compliqué que ça!