dimanche 18 mai 2008

EAU...

Autre extrait de mon livre Les Anneaux de la Fiancée 1 EAU
Toujours pour le divertissement, voire plus si... affinités !

C’est au moment où Charles-Edouard accéde au pouvoir suprême que survient la pénurie d’EAU, suite à sécheresses à répétition et terrible pollution…

On eut l’impression que… le monde entier s'était coalisé pour assurer le plein succès des affaires bordelaises !
Comme par enchantement, les industriels libéraux avaient rejoint les paysans intensifs, qui avaient rejoint les pétroliers, qui avaient rejoint les grandes entreprises publiques, qui avaient rejoint les collectivités locales, elles-mêmes liées (contrat renouvelable par taciturne reconduction) aux électeurs consommateurs qu'elles caressaient nuit et jour et jour et nuit dans le sens du poil.
Les premiers crachaient dans les ruisseaux, rivières, fleuves et océans, des détergents, colorants, stabilisants, gélifiants, sels de chrome, saumures, sulfures et sulfites, des charges minérales de kaolin, carbonate de calcium, oxyde de titane, organiques d'amidon et latex (résidus de bandages herniaires et préservatifs de petite taille), des métaux lourds, chrome de pare-chocs, cadmium de peintures, zinc de toitures, et cuivres de fanfares communales dissoutes par excès incontrôlé d'exode rural. Les cours d'eau en goûtaient de toutes les saveurs, en voyaient de toutes les couleurs, en charriaient de toutes les teneurs.
À cela s'ajoutaient les rejets riches et variés de leurs complices consommateurs derniers maillons de la chaîne, restes de pâtes alimentaires, jus de lessive, arêtes de poissons, vieilles chaussettes, tubes cathodiques implosés suite à trop grand vide intérieur, poignées de cheveux gras, écorces d'oranges, serviettes périodiques garnies, peaux de bananes, glaires de phtisiques, selles molles de bébés roulées dans les couches à petit élastique anti-fuites et, selon la saison, queues de cerises, crème solaire, canettes de bière, pépins de pastèque, débris de planches à voile ou coques de noix.
Les poissons crevaient, le ventre en l'air. Les rats prospéraient, le ventre rond. Les hommes regardaient ailleurs, le ventre tourmenté, en évitant de respirer.

Quant aux seconds, les paysans, ils consacraient chacune de leurs semaines d'ouvrage à arroser, pulvériser, traiter, épandre, éradiquer et saupoudrer.
La vache trop avare de son lait, le blé trop tendre, le cochon trop maigre, la luzerne trop tardive, la pyrale trop active, les coquelicots trop rouges, le temps trop humide, l'hiver trop froid, l'été trop chaud, le printemps trop précoce, l'automne trop roux, le colza trop pâle, les endives trop molles, l'Etat trop lent, les journées trop longues et les primes trop courtes déclenchaient des opérations physico-chimiques frénétiques qui phosphataient les prairies, azotaient les sols, gonflaient les bêtes, coloraient les fruits, boursouflaient les légumes et, par percolation sournoise, nitrataient les nappes phréatiques au point que le sous-sol se hâtait d'en cracher les eaux pestilentielles dans des mers qui, alors, se couvraient inéluctablement d'algues tueuses capables d'étouffer la planète. Et les champignons des prés, coprin chevelu, psalliote champêtre, hypholome des tourbières, mousseron de la Saint-Georges, entolome soyeux, boule de neige à pied jaune et petits rosés au chapeau blanc, disparaissaient sous les pissats d'antibiotiques… Et, ivres d'imidaclopride, les abeilles devenaient folles sur les champs de tournesol au point d'oublier que le pollen se trouve dans les fleurs, les fleurs dans les champs, les champs à la campagne, et la campagne… autour des villes !

Les pétroliers, eux, jouissaient d'un statut particulier.
À force d'explorer les bas-fonds géologiques de la planète, ils avaient fini par devenir les spécialistes des actions souterraines, notamment pour le financement des parties de trône-qui-veut que se jouaient régulièrement les prétendants aux pouvoirs subalternes et suprême. À trop manipuler un or dit « noir », épais et poisseux, ils étaient eux aussi devenus noirs, épais et poisseux, des mains au regard, en passant par l'âme. Ils répétaient sans cesse au peuple que l'énergie solaire ne vaut que pour le bronzage, que le vent n'a d’utilité que pour les girouettes, que l'hydraulique n'a de raison d'exister que pour les nostalgiques des murmures de source, et… la reproduction des moustiques !
Le pétrole coulait à flots dans tous les tuyaux du monde, circulait dans des citernes multicolores sur toutes les routes, et flottait sur toutes les mers dans des caisses pourries servies par des équipages esclaves sous des pavillons aussi clairs et propres que des serpillières de toilettes publiques. Tout était bon pour qu'il circulât dans tous les sens et arrosât la société humaine pourvu qu'il coûtât peu et rapportât beaucoup !

Les grandes entreprises publiques, elles, administrations et collectivités locales, se contentaient d'arroser copieusement à l'atrazine les chemins de fer, routes, chemins de halage, allées de cimetière et autres voies de succès politique. Le poison s'infiltrait dans la terre, touchait les racines des plantes, remontait avec la sève pour bloquer dans les feuilles la fonction chlorophyllienne. Les herbes, fleurs et arbrisseaux crevaient comme crèvent encore les forêts du Vietnam après les arrosages occidentaux. Ainsi traitées, les allées du pouvoir étaient nettes, propres et sans bavures.

Mais les ruisseaux, fleuves et rivières, charriaient des nappes irisées, belles comme des arcs-en-ciel de fin d'orage, des langues de gazole, des cheveux de phénol et mille autres produits benzéniques sournois.
Et les mers déglutissaient les vomissures collantes de coques pétrolières pourries qui passaient par le fond à la première brise du large. Alors, les tadornes de Belon, les sternes Pierregarin, cormorans, fous de Bassan, courlis corlieux, barges rousses, macreuses noires et garrot à œil d'or plongeaient dans la glu, s'enduisaient les ailes, le corps et les tripes, et partaient crever sous les rochers, loin des hommes. Alors les thons, plies, espadons, mérous, morues, anguilles, raies manta, éperlans et anges des mers nageaient dans la marmite infernale en se colmatant les ouies, tandis que les moules, coques, huîtres et palourdes cramponnées à la roche ou cachées sous des sables puants, tentaient de digérer la soupe industrielle.
Les phytosanitaires, les métaux lourds, le pétrole, les effluents urbains et ruraux tuaient l'eau sauvage et stimulaient l'eau domestique.
Pour le plus grand plaisir de réussite de Charles-Édouard…
La Bordelaise Universelle des Eaux et le Ministère des Finances n’y voyaient que de la croissance économique…

Tout était pour le mieux dans… le pire des mondes !
photo GL La Moselle à Bainville-aux-Miroirs (Lorraine) 23 02 08

3 commentaires:

SR a dit…

Bonsoir ami inconnu du nord... vous avez vu mes scintillements du bord du Rhône... et je suis allée voir un peu plus au nordest ! J'aime beaucoup aussi, la Lorraine, que je découvre d'ailleurs depuis quelques mois, pour des pérégrinations sensuelles. Puis-je mettre votre le lien vers votre blog,sur le mien, Roman-du-temps ? Sylvie Roman

Gilles a dit…

Bonjour Sylvie,
Ce projet de lien m'est très agréable !
Mon intention était aussi d'inscrire le vôtre dans les miens.
Il en sera fait ainsi dès votre accord.
Très bonnes plume et journée.
Cordialement.
Gilles

Une goutte d'âme dans l'océan de l'Uni-Vers a dit…

A Charles-Edouard,
Eau de la Terre

Elle a des bleus qui ont fait pâlir les turquoises enfouies dans ses entrailles.
Je me suis plongée dans la chaleur de ses eaux où les dauphins dansaient à la fleur de la vague.
Ses torrents au froid de l’acier courraient joyeux de monts en monts, gorgés de la glace des massifs qui ont fait la gloire de certains alpinistes.

Elle ne pouvait plus arroser ses graines, terre asséchée par la richesse technologique qui tarit ses eaux.

J’ai tari ses sources qui m’abreuvaient.
Je l’ai prise pour une poubelle et je l’ai tuée lentement.