samedi 10 mai 2008

Birmanie... droit d'ingérence

Victime d’un accident météorologique exceptionnel, la Birmanie souffre. Plusieurs dizaines de milliers de morts, de disparus et de blessés, des populations menacées de famine et d’épidémies, des détresses physiques et morales si intenses qu’il est difficile de les nommer, dans un pays que gouvernent des militaires accusés de dictature par une opinion internationale pourtant très intéressée par leur « partenariat » économique (TotalNestlé…). Des militaires qui refusent l’aide occidentale directe.


Alors, sous prétexte de droit d’ingérence, les humanitaires s’activent à leur feuille de route, et le grand pacificateur et démocrate exemplaire président des États-Unis parle d’intervention forcée, comme des parachutages de vivres et de médicaments sur les zones concernées. Alors les militaires birmans se fâchent et ferment davantage encore leurs frontières, condamnant leurs populations à des détresses encore plus terribles ! Alors, agité par la planète médiatique, le monde bien pensant s’alarme comme, autrefois, les bigotes sur le parvis d’après messe, qui achetaient des petits pains au profit (disait-on !) des petits Chinois !
Méfions-nous de la mémoire sélective qui pousse souvent à des jugements à l’emporte-pièce !
Sans remonter au déluge, n’oublions pas la désastreuse colonisation britannique de ces régions d’Asie, si désastreuse que ce pays, la Birmanie, à fui le Commonwealth voilà quelques dizaines d’années… N’oublions pas la véritable nature de l’« humanisme » anglo-saxon démontré avec force en Palestine ou à Bagdad et ses mensonges à propos des armes de destruction massive qui n’existaient pas (en revanche, le pétrole, lui, existait bel et bien !)… N’oublions pas les paroles de Condoleezza Rice arrivant sur les lieux du tsunami asiatique de décembre 2004, selon laquelle cette catastrophe était « une belle opportunité » pour l’économie de son pays… N’oublions pas que Bernard Kouchner lui-même, si ami aujourd’hui avec le même président états-unien, écrivait dans son rapport de 2003 sur la Birmanie (destiné à blanchir les activités de Total dans ce pays), et si farouche partisan avec lui d’une intervention par la force : « Seules les victimes ont le droit de juger si l’aide doit se poursuivre ou cesser »… N’oublions pas que la très courageuse femme birmane Aung San Suu Kyi (prix Sakharov, prix Nobel de la Paix 1991, prix Simon Bolivar) exhorte la communauté internationale à « ne rien faire qui renforce le régime des généraux » !
N’oublions pas que… les tragédies humaines, où qu’elles se produisent, n’ont pas à devenir le prétexte (sous couvert de l’ONU aux ordres de Washington) à inonder le monde de hamburger et de boisson pétillante venue d’Atlanta. Les Jeux Olympiques y suffisent largement !
Oui, les responsables politiques ont le devoir de tout mettre en œuvre pour éviter les souffrances des peuples ! Oui, l’être humain a le devoir de porter assistance à son semblable en détresse, où qu’il soit, quel qu’il soit. Mais nul n’a le droit de profiter de l’état de faiblesse de l’autre pour le soumettre temporairement ou définitivement.
La générosité vraie n’attend rien en retour, surtout pas des parts de marché !
Entre l’obstination aveugle des militaires dans leur refus d’aide directe et le désir de forcer les portes d’un pays encore traumatisé par le vieux colonialisme, la possibilité d’action est mince car… le nouveau colonialisme économique est à l’affût.
La tâche est donc difficile.
Elle ne redeviendra facile que si les uns, oubliant leurs vieilles lunes, se laissent gagner par la juste compassion, et si les autres, tordant le cou à leur désir de conquête, acceptent de fournir sans signature ni conditions (notamment de distribution) leurs moyens de survie !
On peut toujours l’espérer !
photo Fotosearch

7 commentaires:

diplodocus continental a dit…

En somme le cyclone remet au gout du jour une très vieille histoire.Ils ne sont pas de la meme ethnie ces militaires!Ils ressemblent étrangement aux descendants des hommes de Tchang Kai Chek.En 1948 après la défaite ils se sont réfugiés là pour se recycler dans le commerce de l'opium avec les bandits Law-Law (lire lolo).La tribu des Kareens (celle des femmes-girafes) vient de proposer17000 hommes bien armés pour lutter contre ces militaires qui avaient l'appui des US..Pauvres Kareens ils vont le payer cher!(les idées de Diplo,c'est pas nécessairement à partager...)

Anonyme a dit…

Quand la Nature appelle la catastrophe pour orienter les caméras sur ce régime dictatorial, il est déjà trop tard. Il ne faut pas détourner la nature de l'évènement pour y imposer sa toute puissance économique et encore moins sa toute puissance idéologique de petit blanc. Trop facile.

Sélection naturelle tout simplement.

Claudie a dit…

Gilles, vous avez écrit : "...le nouveau colonialisme économique est à l’affût."
Nouveau colonialisme = Nouvel Ordre Mondial. Affaiblir économiquement pour mieux dominer ensuite, esclavage économique.

Rénica a dit…

La générosité vraie n'attend rien en retour...mais vous parlez de la générosité du coeur mon cher Gilles...Nous ne sommes pas dans ce cas de figure ; les interêts et profits des uns et des autres ne se conjuguent pas avec le verbe "donner"... le peuple birman comme d'autres hélas va continuer de souffrir !

diplodocus continental a dit…

A partir du moment où ayant été avertie de l'arrivée du cyclone et qu'elle n'a rien fait,la junte pose un problème politique.Des vents de plus de 200 kilomètres/heures éclaire "la théorie du chaos" en météorologie.Le vol d'un simple papillon au nord peut provoquer une tempète au Sud...Oui,à l'ingérence économique mais certes pas à l'ingérence politique sous peine d'avoir encore à reculer:C'est çà l'Asie!Attention!

Anonyme a dit…

... c'est ça de votre point de vue madame (blanche je suppose)à propose de l'Asie.
Sinon, la théorie du chaos n'est qu'une invention -théorique-...

diplodocus a dit…

@anonyme/ Ce que je veux dire c'est que l'on ne fait pas n'importe quoi en Asie.J'admire ce qui est dit dans ce blog et ce que vous dites!J'aime ce continent où j'ai vécu longtemps mais pas comme agent secret d'un état colonial.J'essaie de défendre ceux que j'aime en particulier les "Kareen" qui ont lutté contre Tchang..Maintenant ne touchez pas aux Druses de Walid Joumlat au Liban!Je ne veux pas d'injustice!Il va falloir que je change de nom .Celui-là est aussi lourd qu'un train de marchandises!