mercredi 10 décembre 2014

Loi Macron, et... ENA !



Il était une fois un service du personnel de grande entreprise industrielle française de l’aéronautique qui, devenu hégémonique, consacrait tout son temps et son énergie à se gérer lui-même. Au point de la mettre en péril, il avait oublié qu’il devait, d’abord, gérer l’entreprise elle-même, ses effectifs, conditions de travail, évolutions de carrière, lui permettre de produire dans les meilleurs conditions ce qui assurait son développement, donc sa survie ! En ce temps-là, dans ce secteur-là, on avait frisé la catastrophe !
Aujourd’hui, issue de l'Ecole nationale d'Administration (ENA), une élite autoproclamée reproduit cette redoutable dérive, d’autant plus redoutable qu’elle touche non plus une entreprise, (ce qui était déjà grave !) mais le pays tout entier.
C’est la France qui en est victime !
Ce ne sont pourtant pas les avertissements qui manquent !
Dimanche dernier, l’Aube devait remplacer le député François Barouin parti en retraite prématurée au Sénat. Dès la proclamation des résultats, les trois candidats (PS-UMP-FN) se sont chamaillés devant l’œil noir des caméras comme des garnements dans une cour de récréation d’école primaire à propos de leurs pourcentages de voix respectifs. Depuis, ils glaviotent dans tous les studios, développent à partir de ces pourcentages des stratégies de deuxième tour à faire pâlir les plus douteux marchands de tapis. Or le seul pourcentage qui mérite attention, c’est celui de l’abstention : 75 % !
Les trois quarts des électeurs n’ont pas voulu se compromettre dans une aventure qui n’est plus la leur ! Ils n’ont pas voulu choisir entre la peste, le choléra, et notre ebola, la fièvre hémorragique qui exsangue la France depuis maintenant quelques dizaines d’années. Ils n’ont pas voulu cautionner les manipulations politiciennes de gens qui n’ont pour tout objectif que leur accession -ou leur maintient- au pouvoir (de s’emplir les poches en pillant celles de citoyens de base !) Or personne ne veut retenir ce pourcentage terrifiant d’électeurs qui ont tourné le dos à la vie citoyenne : 75 % ! Et ce, dans un pays -le nôtre- qui donne chaque jour des leçons de démocratie au monde entier !
Le candidat socialiste a prévenu : « Ce qui se passe ici s’est déjà passé ailleurs, et se passera encore ! » Or, s’il avait été élu par 10 ou 15% du quart des électeurs inscrits, il se serait rengorgé de ce résultat témoin d’une « bonne santé démocratique » de sa circonscription. Comme toujours !
Hier, un service du personnel mettait en péril son entreprise…
Aujourd’hui, une promotion de l’Ecole Nationale d’Administration -la trop fameuse et mal nommée « Voltaire »- met en péril la France.
Et, parce qu’elle se rend compte, tout de même, que rien ne va plus, cette bande de « copains d’avant » fait appel à des clones plus jeunes pour réactiver ses neurones, le nouveau ministre des Finances en est un exemple.
Millionnaire de chez Rotschild, regard tourné en permanence vers l’ouest anglo-saxon, Monsieur Macron débarque à Bercy, s’installe dans le bureau d’un prédécesseur qui, à peine nommé commissaire européen, déclare irrecevable le budget national qu’il avait lui-même concocté, puis met en œuvre aussitôt ses réformes révolutionnaires dites « de gauche » : vente aux Chinois de l’aéroport de Toulouse (c'est fait !), travail du dimanche, révision des droits des salariés, privatisation des professions réglementées, remplacement des trains par des autobus privés (réouvrir les routes de diligences hippomobiles présenterait aussi deux avantages : respect de l'environnement -les chevaux dégageant moins de particules fines que le diesel-, production de crottin plus respectueux de la terre que les engrais chimiques)… Il laisse entendre que pourraient aussi être vendus à des privés les aéroports de Lyon et Nice. Pourquoi par Orly, Roissy, et le futur Notre-Dame-des-Landes ? Suggestion : pour rembourser ses dettes abyssales, la France pourrait vendre aussi à la Chine, au Qatar, ou à d’autres investisseurs internationaux, le Palais de l’Elysée, le Palais Bourbon, le Palais du Luxembourg, et bien d’autres monuments nationaux qui coûtent cher au contribuable. Nous pourrions les vendre garnis de leurs occupants habituels, parlementaires, élus de tout poil, et activistes des cabinets parlementaires et ministériels qui ruinent tellement les finances publiques ! Pourquoi pas, aussi, le château de Versailles si souvent occupé déjà par des créateurs de poupées gonflables et « maîtres de l’art contemporain » (sans la Lanterne indispensable au repos -entre deux voyages au bout du monde- de notre cher « Président normal ») ?
Faut-il être sorti d’une école qui s’autoqualifie « prestigieuse » pour avoir l’idée lumineuse de vendre les bijoux de famille à des aventuriers, à seule fin de rembourser les dettes de jeux de celles et ceux qui se nourrissent chaque jour davantage du travail des humbles ?
Car c’est bien de jeux qu’il s’agit !
Jeux partisans, jeux politiciens, jeux électoraux, toutes tendances confondues !
Anecdote édifiante :
Dans les années 2000-2004, en un temps où le nouveau ministre des Finances était étudiant à l’ENA/Strasbourg, en ma qualité de directeur du (entre autres) tourisme d’une compagnie consulaire départementale, j’ai été invité à recevoir dans les Vosges la promotion de cette « prestigieuse » école afin de lui faire découvrir les réalités économico-sociales d’une ferme française de montagne.
Il avait plu la veille…
A leur arrivée sur les lieux de la visite, après un coup d’œil dégoûté par la baie vitrée, les futurs « grands serviteurs de l’Etat » refusèrent de descendre des deux autobus qui les avaient transportés depuis Strasbourg. Leurs mocassins vernis n’auraient sans doute pas supporté la boue de la campagne vosgienne ! J’ai dû monter dans le premier autobus, raconter à ses brillants passagers -au micro- la vie dans cette ferme des paysans qui s’étaient mis en quatre pour les accueillir : conditions de travail, productions, nécessaire transformation sur place du lait en fromage, aléas dus à l’altitude et à l’accessibilité difficile des terres cultivables… Présentation terminée, j’ai dû passer dans le second autobus pour répéter mon discours. Tandis que je m’adressais à un groupe, l’autre faisait la sieste. Sur le seuil de la maison, de chaleureux mots de bienvenue dans la gorge, le paysan attendait les visiteurs, tandis que, à l’intérieur, sa femme et ses enfants mettaient la dernière main aux spécialités gastronomiques offertes à la dégustation de l’élite des « grands serviteurs de l’Etat » en herbe. Deuxième présentation terminée, j’ai quitté l’autobus dont les portes se sont refermées derrière moi.
Incrédule, le paysan m’avait rejoint sur le bord de la route.
Quelques minutes plus tard, les deux véhicules nous montraient leur cul.
Adieu veaux, vaches, cochons, couvée !
Le soir même, mocassins propres, tous les chers espoirs d’une France qui se croit encore républicaine avaient regagné leurs salons dorés de Strasbourg. Aucun n’avait posé un pied sur le sol d’une province boueuse indigne de leur exceptionnelle majesté.
Notre paysan, sa famille, leurs productions et offrandes du « terroir » les attendent toujours !
Le nouveau ministre des Finances était-ils de ceux-là ?
Nul n’ayant daigné se présenter -sauf votre serviteur-, je l’ignore.
Mais, en ce temps-là, il devait être dans ces parages-là !

75 % d’abstention, Mesdames et Messieurs les nouveaux princes de tous les horizons de la Cour. C’est plus qu’un désaveu. C’est un naufrage !
Si vous l’oubliez... nous, citoyens, saurons nous en souvenir !
Salut et Fraternité.
Image : couverture de Au Plaisir d'ENA - Gilles Laporte - 2001 - Ed. DGP Québec (photo Ch. Voegelé) 

11 commentaires:

Anonyme a dit…

Cher Gilles. Je n'arrête pas de dire que je suis entièrement d'accord avec toi. Mais je ne suis pas fatigué et je le redis encore. Oui, il y en assez de ces technocrates complétement déphasés avec les réalités. En fait, maintenant c'est Coluche qui fait survivre les Français ! !Et il n'avait pas fait l'ENA.
Je vous embrasse tous deux J.C.

Gilles a dit…

Il sortait de la plus belle école de notre pays, celle des citoyens républicains de base !
Merci, cher Jean.
A bientôt.
Fidèle amitié et bises.
Gilles

Patrick a dit…

Bonsoir Gilles,

Totalement consterné par l'anecdote de la "visite" des énarquois dans la ferme vosgienne.
A la lecture, j'ai failli en vomir mon excellent déjeuner préparé par un bon restaurateur d'Epinal qui travaille ces légumes issues des boues de nos très belles montagnes. Légumes élevés à force d'amour du vrai travail et de passion.
J'imagine qu'elle a été la consternation de nos pauvres bouseux...
Je connais ton amour de la belle langue française, mais je ne peux m'empêcher d'écrire : quand en aurons-nous fini de ces monstrueux enfoirés qui ne sont même pas capables de gouverner ? Ces enflures qui mènent notre triste état (en minuscule c'est voulu, le temps des Lumières fait partie définitivement le l'Histoire) dans la décrépitude, décrépitude vécue uniquement par les gueux que nous sommes à leurs yeux ébahis devant la beauté de leur Louboutin bien cirées... Je vais devenir prochainement chef. J'ai mandaté un espion pour voir comment la nouvelle était reçue par mes futurs collaborateurs. Si un seul avait marqué un rejet, j'aurai refusé ma fonction promise.
85% de défiance à leur égard n'émeut pas "ces gens là" autoproclamés.
Je te demande de m'excuser de pirater en partie ta signature.

Bonsoir à tous,
Fraternité et Révolution

Gilles a dit…

Ce n'est pas du piratage, cher Patrick, mais du "confortage".
Non seulement ils ne sont pas émus par leurs redoutables résultats, mais ils prétendent qu'ils ne sont que des victimes de notre incompréhension, qu'ils doivent perdre à temps fou à des démarches de "pédagogie", nous expliquer trop longtemps sans être certains que nous les comprendrons ! Leur pensée est tellement inaccessible ! Tous les ministres (énarques)en échec prétendent qu'ils ne le sont que par défaut (à cause de leurs trop lourdes charges !) de pédagogie. Ah ! ce peuple de France qui ne comprend rien. Ah ! ces élites douloureusement incomprises ! Ils en sont à se déguiser en ouvriers pour tenter de voir comment ils vivent... à nos dépens ! Salut et Fraternité.

Anonyme a dit…

OUI Cher Gilles aussi ok avec toi que JC , mais j'ajoute que ce navrant épisode Vosgiens montre bien à qui nous avons à faire !! quelle bande de c......!! Bon quant au château de Versailles avec les poupées et Mickey gonflables je suis tout aussi outrée que toi ! tous les artistes qui produisent du beau et des émotions et qui eux n'ont aucune chance d'avoir une jolie salle "gratuite " où exposer !
et les 75% de gens j'espère auront de la mémoire cette fois mais hélas j'en doute!! beaucoup de gens sont des "moutons de Panurge " avec mémoire évolutive ! hélas ! pas toi pas moi!
merci de tes rubriques si intelligentes
katy

Anonyme a dit…

A propos de Vosgiens. Je vous en raconte une véridique (je l'ai raconté à Vanony, je ne sais s'il s'en servira). un mois d'août je me trouvais dans une charcuterie de Gérardmer. Un vacancier (parisien évidemment) répondit à la demande du charcutier qu'il voulait : une livre de vosgien ; devant l'air interloqué du commerçant, il précisa :"Ben...oui quoi une livre de lard !" J'étais accompagné d'un Géromois qui lui, demanda au charcutier un mètre de parisien. L'homme de l'art se rebella en le priant de cesser de se payer sa tête ! mon ami précisa "mais... je voulais dire un mètre d'andouille ! !" Le parisien qui était à la caisse entendit et sortit fâché. Je ne sais s'il avait fait l'ENA ? Cela illustre bien le mépris d'un certain parisianisme pour la France profonde, la seule valable (je ne fais pas de généralités)
Je vous embrasse.J.C.

Anonyme a dit…

ben moi qui suis parisienne je revendique d'aimer la France profonde et d'en avoir marre d'entendre dire toujours du mal des parisiens au point que je n'osais plus dire où j'étais née!
résultat = il y a des cons partout!!
je suis bien en Lorraine , je me sens Lorraine, j'aime la Lorraine , mais je suis née à Paris dans une famille sans prétentions, sans le sou et sans "m'as-tu vu" !! ça existe!! oui je hais le parisianisme comme vous tous mais le "Nancyisme" aussi , le "Starsbourgisme" aussi ...etc //....
bisous à tous
katy

Anonyme a dit…

JOYEUSES FETES à vous tous lecteurs et lectrices de GILLES
que vous soyez de toutes régions
hommes et femmes de bonne volonté, humanistes et dignes!
je vous souhaite du fond du coeur plein de bonnes choses à lire , à voir, à entendre , à faire...
sincérité
katy

Anonyme a dit…

Merci Katy. Je vous souhaite les mêmes choses. J.C.

Anonyme a dit…

bonsoir Gilles et ses amis, je cherche une newsletter comme sur les autres blogs afin d'être informée de toutes les parutions, mais je n'en vois pas, sur over-blog, canablo, il y a, but no here ! Bonnes fêtes à toutes et tous, et au propriétaire de ces lieux, Gilles Laporte, cordialement
françoise G.

Gilles a dit…

Merci, mes amies et amis, pour votre contribution à la réflexion. Votre amitié est un puissant moteur de vie ! Quant à mes annonces de publication (ou récapitulation...) sur ce blog : je vais y penser, chère Françoise. Mais je pense qu'un site serait plus adapté ! J'y réfléchis. Joyeux Noël à vous, à toutes celles et tous ceux que vous aimez, et... bonne année 2015. Je vous embrasse. Gilles