mercredi 6 août 2008

Promenade à Sion - 9

C’est Gérard qui vient m’ouvrir la porte de l’église. « On la ferme, m’explique-t-il, à cause du vandalisme et des risques de vol. Un matin, récemment, on a trouvé des morceaux de verre sur le sol du chœur. Des fragments du vitrail aux grandes armes de Lorraine… » Quoi… la guerre de Trente Ans ne serait pas finie ? Le roman de l’histoire propose parfois des chapitres curieux ! « Un atelier de Nancy nous l’a restauré. Alors, depuis… » Je comprends. Mais que voler dans ce sanctuaire peuplé seulement de figures sulpiciennes en plâtre bariolé ? Le seul vrai trésor du lieu est hors de portée des cambrioleurs ! C’est l’Esprit de Lorraine, qui survit là par les mânes de Gérard d’Alsace fondateur de notre Maison ducale et, partout dans l’Europe moderne en gestation, par l’action courageuse de Son Altesse Impériale et Royale Otto de Lorraine-Habsbourg, son descendant notre Duc. Pour la millième fois peut-être je refais le tour de la petite église, foulant dans l’allée centrale les pierres tombales usées par les semelles des fidèles, comme si les pas des vivants devaient toujours effacer les traces des morts, évitant du regard la date portée sur la clé de voûte -1748- et le maître-autel en faux marbre-vrai Louis XV trop révélateurs de la volonté d’annexion de notre pays par un roi qui ne rechignait pas à se faire immortaliser dans la pierre par Nicolas Coustou en… Jupiter ! La lumière des armes de Lorraine et du blason des Vaudémont baigne le chœur d’une douceur dorée à saveur de miel. Je m’assieds un instant au premier rang, côté Joseph. Bon ce silence ! Profonde cette paix qui me gagne ! Vitale cette énergie qui sourd du sol, rayonne du ciel, et me pénètre. La cloche sonne une heure que je ne connais pas. Je me lève, me retourne. Sur le seuil, immobile et silencieux dans le contre-jour, Gérard m’attend. Il m’attendra encore quelques minutes, le temps que je salue l’admirable pietà au fond de sa chapelle blanche, derrière les fonds baptismaux. Comment le modeste sculpteur de chez nous a-t-il pu rendre à ce point sur un même visage de femme l’intensité de la douleur et la sérénité de l’être qui sait ? Comment ? Miracle de la création… vérité attestée par les siècles pour les siècles !
A suivre
GL
réf. publication voir billets précédents.
image Sion sous le soleil d'août 05 08 08 18h photo GL

2 commentaires:

lorraine a dit…

Sion est un endroit presque mystique à découvrir... On y sent une atmosphère à la fois calme et étrange.

Gilles a dit…

Oui, Lorraine... calme et étrange !
Là, l'unique rejoint le tout, l'un l'universel, le profane... le sacré !
Il est l'un des "lieux où souffle l'Esprit" !
Merci pour votre commentaire.
Gilles