jeudi 2 février 2017
Livre numérique... livre papier ?
Livre numérique... livre papier ?
Dès le premier regard, son charme m’emprisonne !
Qu’il soit grand ou petit, de couleur ou blafard,
De glace lumineuse ou de satin sans fard,
Il empoigne mon cœur et mon corps. J’en frissonne !
Alors, j’ose la main. Alors, énigmatique,
Il s’ouvre à la caresse, il se livre, il se donne,
M’invite à oublier le temps et ma mignonne,
Me découvre son âme et sa ligne érotique…
Oserai-je vous dire d’où il vient, ce qu’il est ?
Aimer, c’est partager ! Alors, aveu magique,
-Vous le répéterez à l’humain sympathique !-
Je peux vous murmurer son nom : « livre papier ».
Un jour d’égarement, j’ai voulu le tromper,
Avec un… numérique, écran à tripoter !
Mais j’en suis revenu, la rétine en rognonne.
Alors, il m’a repris sans un mot de reproche,
S’est ouvert à Verlaine, à son ciel, à sa cloche,
A l’amour Liberté ! Je sais qu’il me pardonne.
©Gilles Laporte 2017 SACEM
dimanche 8 janvier 2017
Campagne électorale 2017
Au bruit de leurs sabots, ils sont partis en guerre
Suivis de godillots écharpés des couleurs
D’un drapeau lessivé par des flots de misère.
Ils se chauffent la voix ; ils mâchonnent des fleurs
Qu’ils offrent en marchant.
Des gens leur prêtent plume et nom qu’ils asservissent,
D’autres cirent leurs pompes à l’étape du jour,
Tandis que des valets rompus à leur service
Tentent de transmuter leurs rots en mots d’amour
Qu’ils mâchent en bêlant.
Ils signent des livrets qu’ils n’ont jamais écrits,
Clament des airs martiaux qu’ils n’ont pas composés,
Haranguent les cohues qu’ils ont pourtant meurtries,
Leur promettent l’Eden qu’ils ont déjà ruiné…
Et vont en souriant.
Leur désir les précède et les suit pas à pas :
Le maroquin, le siège, un perchoir, une estrade.
Leur langage est de bois, leur onction de prélat ;
Ils bénissent leurs ouailles sur un air de ballade,
Se voient déjà régnant.
Un rien leur fait honneur, un moins que rien les gave.
On les flatte, on les brosse… ils aiment, se rengorgent.
Dans leurs cités on meurt de froid. Pour eux, le grave
Est d’abord et surtout le destin qu’ils se forgent
Sur le feu des mendiants.
On dit qu’il en fallait, qu’il en faut, en faudra
De ces guerriers nourris loin des lignes du front.
On veut nous faire croire que, pour nous, les beaux draps
Sont promis si un jour nous leur faisons l’affront
De vivre en les chassant.
On dit dans les gazettes et sur l’onde servile
Que l’espoir est en eux, qu’ils sont notre avenir.
Dans les palais dorés, loin des campagnes "viles"
On promet le bonheur avec eux, et le pire
Sans eux. "Gloire aux sortants !"
Au bruit de leurs sabots, ils sont partis en guerre
Suivis de godillots écharpés des couleurs :
Bleu de ciel, blanc de neige, rouge du sang des pères.
Ils se prétendent seuls à brandir la valeur
Héritée sans talent.
Peuple, allons, debout ! C’est assis qu’ils nous voient.
Dressons-nous d’un seul corps, et précédons leurs pas.
C’est à nous, citoyens, de leur ouvrir la voie
Du devoir, du respect, et… d’un juste trépas
S’ils trompent en mentant !
Salut et Fraternité.
image : Delacroix La Liberté guidant le peuple - 1830
dimanche 13 novembre 2016
Malek CHEBEL... le velours de ta voix.
Cher Malek,
Nous ne sous saluerons plus sous
les chapiteaux peuplés de libraires, de lecteurs et d’auteurs, quelque part en
France.
Notre rencontre date de plusieurs
années, au salon du livre de Nice.
Le libraire nous avait installés
côte à côte.
Ton rayonnement m’impressionnait,
et ton calme, et ton sourire généreux.
Tu as tourné vers moi ton regard
bienveillant.
Tu m’as salué.
Alors, je me suis approché de
toi, et nous avons parlé.
Nous nous sommes retrouvés
souvent, toujours au milieu des livres et de leurs amoureux.
La dernière fois que nos mains se
sont jointes, voilà quelques petits mois, tu as accepté d’être l’invité futur
de l’un des dîners littéraires que j’anime chaque mois à Vittel.
Mais j’avais lu des traces de
fatigue sur ton visage.
Tu ne viendras pas.
Je garderai de toi le souvenir
d’un Homme rare qui connaissait bien le sens des mots Fraternité et Fidélité.
Toi, le lecteur, l’analyste
assidu du Coran,
Toi qui nous as révélé dans ce
Texte sacré toutes les invitations à partager l’Amour,
Toi qui as rendue évidente la
puissance de Paix d’un Islam authentique,
Toi qui as mis en pleine Lumière
le Féminin, essence même de toute vraie spiritualité…
Tu viens de quitter la scène au
moment même où notre monde a le plus grand besoin de ta présence.
Ta pensée vive va nous manquer.
Mais tu nous laisses des dizaines
d’études et de livres, fruits d’une vie de travail tout entière offerte à
l’humanité sans réserve d’énergie aucune.
A nous de continuer maintenant
dans les voies que tu as ouvertes, de respect de tous par chacun, et de chacun
par tous.
Merci, mon cher Malek.
Je n’oublierai jamais le velours
de ta voix.
Bon Chemin !
Salut et Fraternité.
samedi 5 novembre 2016
SNCF... Marre sur toute la ligne !
SNCF… Marre sur toute la ligne !
Sous la présidence de Guillaume
Pepy, au prétexte qu’elles ne sont pas suffisamment utilisées, la SNCF vient d’annoncer la
fermeture de deux lignes ferroviaires du nord-est : Nancy/Merrey et
Saint-Dié-des-Vosges/Strasbourg. Les trains seront remplacés par des autocars,
peut-être même par des diligences (comme, à la Poste, les facteurs remplacés
par des pigeons voyageurs !)
Il est bien évident que, quand on
est né dans une famille de la haute bourgeoisie de Neuilly-sur-Seine, quand on
a fait ses études dans des écoles privées fréquentées seulement par des filles
et fils à papa proches déjà des lieux de pouvoir, quand on a pour expérience de
vie sociale celle très riche que procure l’ENA, quand on a pour connaissance du
pays, de ses profondeurs et de ses populations celle qu’offre la traversée des
campagnes à 320 kilomètres/heure à bord de TGV (gratuits pour lui !), on
peut se dire que supprimer des lignes de chemin de fer du fin fond du pays n’a
aucune conséquence sur sa vie quotidienne !
Mais quand on bosse à cinquante
kilomètres de chez soi, quand on vit à Mirecourt ou à Saales, quand on n’a pas
les moyens de se faire transporter au frais de l’Etat dans de confortables
limousines, quand on est élu et que l’on travaille à la mise en valeur
économique des campagnes de France, quand on est entrepreneur et que l’on veut
créer une activité ou une nouvelle unité de production, on se rend compte que
le train est indispensable, comme tous les autres services publics.
Et quand on a la curiosité (ou le
courage) de repérer sur une ligne ferroviaire des lieux aussi extraordinaires
que Mirecourt (déjà cité-hier encore capitale de la lutherie), Vittel et
Contrexéville (centre thermaux qu’il est inutile de présenter, sauf aux natifs
et résidents de Neuilly qui n’ont pour horizon que le bois de Boulogne et les
palais présidentiels parisiens), on peut se dire qu’il faut y réfléchir à deux
fois avant de prendre une décision lourde de conséquences de tranchage du
cordon ombilical.
Hier, c’était la suppression des arrêts
en gare de Neufchâteau et l’obligation faite à ses habitants et à ceux de la
région de seulement regarder passer les trains en ruminant…
Aujourd’hui, c’est plus
radicalement encore, l’obligation de transformer l’ancienne voie ferrée en…
piste cyclable pour d’improbables touristes, voire en route d’exode comparable
à celui vécu en d’autres temps dans notre pays !
Les Vosgiens, les Lorrains, les
Alsaciens, les Français dits « ruraux » (par distinction avec les
prétendus « urbains ») en ont marre !
MARRE d’être considérés comme des
sous-citoyens dans un pays républicain dont la devise officielle est toujours,
jusqu’à preuve du contraire : « Liberté – Egalité –
Ftarernité » !
MARRE de constater chaque jour
davantage qu’une poignée d’individus qui émargent à 450 000 euros d’émoluments
par an, sans compter les avantages en nature attachés à leur fonction, prennent
des décisions qui les privent de ce qui leur est essentiel et vital : le
SERVICE PUBLIC !
MARRE de ce retour aux privilèges
de quelques-uns développés au détriment de tous les autres condamnés à se
satisfaire des miettes d’un gâteau pourtant produit par tous.
MARRE de constater que des
dirigeants prétendus « grands » d’entreprises nationales ne font pas
le travail (royalement rétribué) confié à eux par les citoyens (qui les paient),
laissent se dégrader les équipements publics au point de n’avoir plus d’autre
solution (disent-ils) que de les… fermer !
Dans n’importe quelle entreprise
privée, on parlerait, à juste titre, d’incompétence.
Or, cette incompétence est
contagieuse !
Aujourd’hui, ces gens qui n’ont
pas fait leur boulot décident de remplacer les trains par des autocars parce
que -disent-ils, reconnaissant implicitement leur incurie- les voies ferrées
souffrent d’un manque d’entretien chronique.
Demain les routes (déjà très
malades à cause de l’étranglement des finances locales par l’Etat !) ne
supporteront plus la circulation sans risques de ces autocars de remplacement.
Alors, les clones de ces « grands
serviteurs de l’Etat » supprimeront ces autocars et fermeront ces routes.
Alors, dans nos campagnes des
Vosges, de Lorraine, d’Alsace, de France, nous irons à vélo (à condition
d’avoir encore les moyens d’en acquérir, puisque les entrepreneurs ayant quitté
ces lieux de mort sociale, il n’y aura plus de travail dans ces déserts, donc pas
de salaires), ou à cheval nourri à l’avoine de Monsanto !
Autrefois, Vittel, station
thermale de notoriété mondiale, était accessible par avion. La piste de
l’aérodrome sacrifié aboutissait presque au seuil de ses hôtels bondés.
Aujourd’hui, Vittel souffre d’un
train cacochyme qui la jette au bout du monde connu.
Demain, accessible uniquement par
des chemins montants, sablonneux, malaisés (merci La
Fontaine ), cette belle station thermale finira de mourir avec
sa sœur Contrexéville au milieu des vestiges de leur splendeur passée, leurs
populations avec elles.
MARRE de ces assassinats de régions à
répétition !
MARRE, Monsieur Pepy !
Même si, loin de vos palais, nous
pouvons passer pour des citoyens de seconde zone, souvenez-vous que…
NOUS, gens des campagnes de
France, NE SOMMES PAS DES
SOUS-CITOYENS !
Le souvenir de Brétigny-sur-Orge
vous fait peur ?
Alors mettez-vous au boulot pour
éviter de nouvelles catastrophes en assurant aux Français le service public
auquel ils ont droit.
Nous vous en saurons gré.
A bon entendeur…
Salut et Fraternité !lundi 24 octobre 2016
Frédéric, le roman de Chopin
Frédéric,
le roman de Chopin
par Christophe de
Jerphanion (Joyeux
Drille)
Frédéric Chopin, né en 1810, mort en 1849, c'est le
thème de notre roman du soir.
Gilles Laporte, auteur de "Frédéric, le roman de Chopin",
chez MA Editions, retrace ce destin particulier, tragique et romantique, depuis
la fondation de sa famille, au début du XVIIIe siècle, en Lorraine, jusqu'à sa
mort prématurée, rongé par la tuberculose, en passant par Majorque et son fameux
séjour sur l'île, pas du tout idyllique, aux côtés de George Sand...
Une
lecture à faire en musique pour découvrir ou redécouvrir le destin d'un génie
fulgurant...
"Chapeau bas, Messieurs, un
génie !" (Robert Schumann).
Avouez que le compliment
n'est pas mince, surtout lorsqu'il émane d'un musicien aussi talentueux que
Robert Schumann... Celui qui reçoit un tel éloge est un autre pianiste, dont le
destin tragique est au coeur de notre livre du jour. Vous connaissez tous son
nom, certains morceaux qu'il a composé. Ses origines, sa vie, son peut-être
moins connues. Des biographies de Frédéric Chopin, c'est donc de lui dont il
s'agit, il en existe sans doute beaucoup. En voici une qui adopte le ton
romanesque pour retracer le parcours éclair de cet homme passionné, rongé par
la maladie, à la vie tourmenté, tant professionnellement que sentimentalement.
"Frédéric, le roman de Chopin", de Gilles Laporte (paru chez ESKA/MA
Editions), revient sur ce destin qui semble épouser parfaitement la définition
du romantisme. Et ceux qui connaissent l'auteur et son oeuvre ne seront pas
surpris, la Lorraine
et les femmes sont très présentes dans ce livre.. Le 1er mars 1810, à Zelazowa
Wola, en Mazovie, Fryderyk Franciszek Chopin. Nicolas, son père, Lorrain
d'origine, a quitté la France
en 1787 pour venir vivre en Pologne, où il gagné sa vie comme précepteur, et sa
mère, Justyna, qu'il a rencontrée lorsqu'il travaillait pour la famille Skarbek.
Il est leur deuxième enfant et leur seul garçon.
La famille s'installe à
Varsovie, Nicolas, devenu Mikolaj, enseigne le français, mais Frédéric, lui, se
sent Polonais, dans une période où le pays peine à exister, régulièrement
envahi par ses encombrants voisins, Autrichiens et Russes en alternance... Tout
en commençant sa carrière musicale, c'est donc un garçon concerné par le sort
de sa Nation que l'on découvre, qui s'engage pour la Pologne.
Et, en 1830, lorsqu'il
quitte son pays natal, tombé aux mains des Russes, il sait que c'est pour
longtemps, peut-être pour toujours... Malgré tout, il restera Polonais dans
l'âme, entretenant la flamme avec des amis d'enfance et des compatriotes eux
aussi en exil à Paris et qui l'accompagneront au long de son existence.
Mais, Chopin a beau être
considéré comme un virtuose hors norme, un génie, même, par nombre de ses
contemporains, il lui faut travailler énormément pour vivre décemment. Un
rythme de vie qui n'est pas favorable à sa santé fragile. Depuis longtemps,
Frédéric tousse, mais hors de question de parler de phtisie, non, ses problèmes
n'ont rien à voir...
Drôle de façon
d'exorciser le mal qui va le ronger lentement et finira par l'emporter, comme
il emporta sa jeune soeur, Emilie, en 1827... Suivre la vie de Chopin, c'est
aussi suivre l'évolution de cette maladie pernicieuse, en une époque où l'on
meurt encore souvent très jeune. La vie de Chopin sera marquée par ces morts
prématurées et par l'épée de Damoclès que représente la maladie...
La famille, la
nationalité, la musique, la santé... Il faut maintenant parler des femmes. On
pourrait s'imaginer le ténébreux Frédéric en séducteur invétéré, ce n'est pas
le cas. Il est timide, notre Frycek (son diminutif), mal remis de premiers
émois douloureux, lorsqu'il était encore en Pologne. Chat échaudé craint l'eau
froide, il est assez prudent, désormais, lorsqu'il s'agit de sentiments...
Et, lorsqu'on évoque le
compositeur, bien sûr, on l'associe à George Sand... Evidemment, ce fut la plus
longue relation de sa vie, passionnée, mouvementée, tumultueuse, douloureuse...
Mais surtout, très longue à naître. Car, si l'écrivaine a été rapidement
séduite par Chopin, elle a dû faire le forcing, pardonnez-moi cette expression,
pour le conquérir...
La liaison entre Chopin
et Sand est un des éléments centraux du roman de Gilles Laporte, on s'en doute,
mais ne vous attendez pas à une romance lisse et douce, c'est un vrai chemin
cahoteux que les deux amants ont suivi, pendant une décennie, malgré un
attachement sincère et réciproque. D'idylle, il n'y eut pas vraiment, en tout
cas, pas celle que peut véhiculer l'imaginaire collectif, romantique en
diable...
A l'image du fameux
séjour à Majorque, qui n'eut rien d'une sinécure, dans tous les sens du mot.
Que dire de ce voyage, censé apporter calme et sérénité aux deux artistes,
permettre à Chopin de composer et à Sand d'écrire, mais aussi de ménager la
santé du pianiste ? Ce fut un vrai cauchemar où rien ne se passa comme
espéré...
Là encore, il faut
oublier toute dimension romantique à ce séjour, tant l'île et ses habitants
vont se montrer hostiles. L'accumulation des soucis est ahurissante, j'en
sourirais presque rien que d'y repenser, alors que ça n'a rien de drôle. George
Sand va maintenir à flot sa maisonnée pourtant sévèrement secouée par les
événements et sa forte personnalité empêcha sans doute le pire.
Mais je dois dire que,
sur la durée, le portrait que fait Gilles Laporte de George Sand est assez
terrible ! Un vrai tyran domestique ! Son caractère, on l'imagine, était très
fort, anticonformiste, sans complexe, se moquant du regard des autres. A côté d'elle,
Frédéric Chopin, déjà très affaibli par la maladie et tourné entièrement vers
la musique, fait pâle figure.
Dans la dernière partie
de leur relation, c'est un personnage dur, insensible, intransigeant que l'on
découvre. Et pas seulement avec Chopin, mais avec tout le monde, y compris ses
proches, sa fille, en particulier. Mais, la rupture, inévitable, n'arrangera
rien et, dans les derniers mois de la vie du musicien, elle conservera cette
posture très brutale...
Mais Gilles Laporte est
un malin : décrire ainsi un personnage féminin, cela ne lui convient pas, mais
pas du tout ! Alors, il fait de l'auteur de "la Mare au diable", par
exemple, un personnage ambivalent, sorte de Janus littéraire : lorsqu'elle se
montre chaleureuse et aimante, elle est Aurore, lorsqu'elle devient impossible,
aigrie, méchante, presque, alors, c'est George qui parle...
Masculin-féminin,
l'ambiguïté dans laquelle la romancière a voulu s'établir joue à plein sous la
plume de Gilles Laporte. George Sand semble habitée par ces deux personnalités
diamétralement opposées qui s'affrontent en elle, en une époque où être femme
n'a rien de facile... Mais quelle dureté, pour finir, quelle inexplicable
posture !
Pour être honnête, George
Sand n'est pas la seule à en prendre pour son grade : Marie d'Agoult, l'épouse
de Franz Liszt, a elle aussi droit à un traitement de faveur... Jalouse,
aigrie, elle aussi, elle joue les commères avec perfidie dans sa correspondance
et n'épargne pas Chopin et Sand, pourtant parmi ses plus propres amis...
Pour autant, n'allez pas
croire qu'il y a le martyr Chopin et les horribles harpies. C'est plus délicat
que cela, évidemment. Mais, force est de reconnaître que sa vie amoureuse fut
difficile, pleine de revers et de déceptions, et qu'on ressent, finalement, une
grande solitude chez cet homme, qui ne réussira jamais à s'épanouir dans sa vie
sentimentale.
Les femmes sont toutefois
très présentes, dans le livre. J'ai un peu construit ce billet à l'envers,
comme un entonnoir renversé, mais je reviens donc à des éléments qui
apparaissent rapidement : Gilles Laporte a choisi de donner à ses chapitres le
nom de femmes marquantes dans l'existence de Frédéric Chopin.
Des parentes, à commencer
par sa mère mais aussi sa soeur Ludwika, la seule présente au début et à la
toute fin de l'existence de Chopin, des proches, des amies, des amoureuses,
qu'il ait pu nouer ou non de liaison avec elles... Toutes ont été présente au
fil de la courte existence du musicien, mort à 39 ans seulement, emporté par
cette impitoyable tuberculose...
N'imaginez pas pour
autant Chopin vivant entouré de femmes et seulement de femmes, il a aussi ses
amis proches, dont Eugène Delacroix et ses amis de jeunesse, originaires comme
lui de Pologne. La maladie affaiblira aussi sa vie sociale, mais le Chopin qui
débarque à Paris juste après les Trois Glorieuses, cette révolution de 1830 qui
met fin au règne de Charles X, est un joyeux luron.
L'image, là encore,
j'insiste, très romantique, du musicien souffreteux et dévoré par le mal,
pressé de composer avant l'inéluctable et fatale échéance, a quelque chose de
vrai, mais elle occulte une personnalité qui aurait certainement été bien
différente s'il avait été en bonne santé sur une plus longue période.
Je continue ma
progression à rebours sur le livre de Gilles Laporte. Avec la dimension
lorraine. Gilles Laporte est Lorrain, Vosgien et fier de l'être. Et, outre,
j'imagine, une admiration pour le musicien et le compositeur que fut Chopin,
c'est pour une autre raison qu'il s'est attelé à raconter la vie du pianiste :
parce que ses racines sont en Lorraine.
"Frédéric, le roman
de Chopin" ne commence pas à la naissance du musicien, ou juste un peu
avant. Non, le livre débute en... 1705, plus d'un siècle avant ! Gilles Laporte
a fait le choix de retracer toute l'histoire lorraine de la famille Chopin, qui
commence donc au début du XVIIIe siècle, à l'arrivée d'un certain François,
dont le patronyme varie, de Chapin à Chappenc mais finira par se fixer en
Chopin.
Venu du Dauphiné, l'homme
est un contrebandier, venu en Lorraine, qui est alors un Duché indépendant,
pour y organiser un trafic de tabac avec la France ! Eh oui, le génial pianiste a eu pour
ancêtre un bandit ! Mais, il fonda aussi une famille et, au cours du XVIIIe
siècle, celle-ci va connaître une lente mais réelle ascension sociale qui nous
est racontée dans la première partie du roman.
Quand je dis roman,
évidemment, je devrais plutôt dire "biographie romanesque". Il y a,
derrière ce livre, un important travail de recherches, et Gilles Laporte a choisi
d'intégrer à son récit des passages entiers de correspondances, émanant de
différents personnages, dont Chopin lui-même, tout en racontant à sa manière la
vie du compositeur.
J'ai d'ailleurs trouvé le
style de Gilles Laporte très dynamique. Beaucoup de phrases très courtes,
l'impression, par moment, de voir les mots venir au rythme des doigts de Chopin
sur le clavier, une vivacité présente d'un bout à l'autre du récit et qui est
très agréable à lire. On se dit aussi qu'on a là une vie qui s'égrène comme si
on voyait le sable s'écouler dans un sablier...
L'urgence, l'urgence
d'une vie qu'on sait d'emblée très courte, trop courte. Il faut agir vite, même
lorsque rien ne va. Lorsque la toux et la fièvre terrasse l'homme, lorsque le
moral flanche, que les mauvaises nouvelles s'accumulent. Et puis, toujours,
c'est la musique qui relance tout, comme un ichor merveilleux coulant dans ses
veines malades et lui redonnant un semblant de vie.
Et n'oublions pas la
musique de Chopin. Comme je l'ai fait récemment à propos d'un roman consacré à
Jean-Sébastien Bach, je vous encourage à lire en musique, au gré des
compositions évoquées dans le récit. Une musique extraordinaire, dans laquelle
il a parfaitement su retranscrire ses émotions et nous en donner, tellement...
mercredi 28 septembre 2016
Le Bal des Faux-culs...
Sous
les ors d’un palais national flottant, l’orchestre institutionnel vient
d’attaquer les premières mesures d’une valse au final incertain.
Elles/ils
sont venus.
Elles/ils
sont tous là.
Même
ceux du sud de l’incurie.
Hier,
sur toutes les tribunes, la bouche en cul de poule, elles/ils mimaient La
Marseillaise.
Maintenant,
sur toutes les ondes, elles/ils brament L’Elyséenne.
Elles/ils
sont tous là, pour le tant attendu bal traditionnel de fin de mandat !
Du
pire clown triste à la moins aérienne trapéziste, en passant par l’écuyère la
plus déséquilibrée et le redoutable lanceur de couteaux parlementaires, elles/ils
sont entrés en piste, les artistes à paillettes du grand cirque républicain.
L’un, adepte des figures de pied droit, est en justaucorps étoilé ;
l’autre, plus à l’aise du pied gauche, en tutu de tulle plissé ; tous les
autres en nippes, uniforme, combinaison et costume boudinant tendu sur brioche
aussi contenue que débordante, jupe moulante sur fesses serrées et genoux
entravés.
Elles/ils
sucent du micro comme les sans-dents sucent de la glace en cornet, se fardent
les pommettes comme les allumeuses des bas quartiers, se font teindre les
cheveux survivants comme des poules de salon, prennent des cours d’élocution
comme des enfants de maternelle, se font écrire des discours de bonimenteurs de
foire et des livres qu’ils signent de faux philosophes-vrais déconnologues. Elles/ils,
tous ces primates des primaires, tous ces primats des gaules (gauloises)
spécialistes de la pêche aux voix, se font donner les derniers cours de Pas de
deux et d’entrechat, de racisme élémentaire, de fausse vérité comme de vrai
mensonge, de regard en pointe planté dans l’œil de la caméra, de gesticulations
de prêchi-prêcheur, et de marche en ligne extrêmement droite qu’ils voudraient
aérienne sur des tapis d’Aubusson. Et elles/ils se montrent dans les écoles où
balbutient des enfants sacrifiés, se font raser le cuir sur des foires à la
moustache, mousser l’image médiatique en lisière de fausse jungle ou rugissent
de vrais fauves, tirer le portrait dans des positions de mémoire d’une Histoire
malmenée, tirer la promesse de respect des esclaves par des médiateurs choisis
sur des parvis d’usines moribondes, promener par des alliés intéressés dans des
pays exotiques où ils reçoivent des fleurs de papier crépon, s’affichent en
tribune de jeux d’anneaux arrosés à la boisson cocaïnée, se pavanent dans des
conseils de sinistres au sourire contrefait sur les marches du saint-lieu, se
lancent dans des guerres lointaines de mots à valeur de bombes et de bombes à
valeur de mots, se gargarisent de rodomontades devant des cercueils alignés…
avant d’aller boire enfin dans le secret tabernacle de leurs demeures
princières les sirops onctueux du pouvoir.
Sous
les ors du palais national flottant et dans ses studios annexes des coursives
où ronronnent caméras, questionneurs et experts, l’orchestre institutionnel
vient d’attaquer les premières mesures d’une valse catalane qu’ils espèrent
entraînante jusqu’aux portes du graal.
Mais
le palais national flottant donne déjà de la gîte.
Mais
dans les cales, les soutiers sont déjà noyés.
Mais
dans l’entrepont l’eau a déjà gagné le menton.
Sous
les ors du pont supérieur, là où elles/ils se sont rejoints pour la grande
chicanerie chorégraphique présidentielle, l’orchestre institutionnel vient
d’attaquer pour eux, avant la bourrée hollandaise et la gigue hongroise, les
premières mesures de la valse catalane que rien ne saurait désormais arrêter
sauf, peut-être… le naufrage !
La
valse ultime jouée par… l’orchestre fou du Titanic !
La
valse catalane du Bal des Faux-culs.
Salut
et Fraternité.
Le Bal des Faux-culs...
Sous
les ors d’un palais national flottant, l’orchestre institutionnel vient
d’attaquer les premières mesures d’une valse au final incertain.
Elles/ils
sont venus.
Elles/ils
sont tous là.
Même
ceux du sud de l’incurie.
Hier,
sur toutes les tribunes, la bouche en cul de poule, elles/ils mimaient La
Marseillaise.
Maintenant,
sur toutes les ondes, elles/ils brament L’Elyséenne.
Elles/ils
sont tous là, pour le tant attendu bal traditionnel de fin de mandat !
Du
pire clown triste à la moins aérienne trapéziste, en passant par l’écuyère la
plus déséquilibrée et le redoutable lanceur de couteaux parlementaires, elles/ils
sont entrés en piste, les artistes à paillettes du grand cirque républicain.
L’un, adepte des figures de pied droit, est en justaucorps étoilé ;
l’autre, plus à l’aise du pied gauche, en tutu de tulle plissé ; tous les
autres en nippes, uniforme, combinaison et costume boudinant tendu sur brioche
aussi contenue que débordante, jupe moulante sur fesses serrées et genoux
entravés.
Elles/ils
sucent du micro comme les sans-dents sucent de la glace en cornet, se fardent
les pommettes comme les allumeuses des bas quartiers, se font teindre les
cheveux survivants comme des poules de salon, prennent des cours d’élocution
comme des enfants de maternelle, se font écrire des discours de bonimenteurs de
foire et des livres qu’ils signent de faux philosophes-vrais déconnologues. Elles/ils,
tous ces primates des primaires, tous ces primats des gaules (gauloises)
spécialistes de la pêche aux voix, se font donner les derniers cours de Pas de
deux et d’entrechat, de racisme élémentaire, de fausse vérité comme de vrai
mensonge, de regard en pointe planté dans l’œil de la caméra, de gesticulations
de prêchi-prêcheur, et de marche en ligne extrêmement droite qu’ils voudraient
aérienne sur des tapis d’Aubusson. Et elles/ils se montrent dans les écoles où
balbutient des enfants sacrifiés, se font raser le cuir sur des foires à la
moustache, mousser l’image médiatique en lisière de fausse jungle ou rugissent
de vrais fauves, tirer le portrait dans des positions de mémoire d’une Histoire
malmenée, tirer la promesse de respect des esclaves par des médiateurs choisis
sur des parvis d’usines moribondes, promener par des alliés intéressés dans des
pays exotiques où ils reçoivent des fleurs de papier crépon, s’affichent en
tribune de jeux d’anneaux arrosés à la boisson cocaïnée, se pavanent dans des
conseils de sinistres au sourire contrefait sur les marches du saint-lieu, se
lancent dans des guerres lointaines de mots à valeur de bombes et de bombes à
valeur de mots, se gargarisent de rodomontades devant des cercueils alignés…
avant d’aller boire enfin dans le secret tabernacle de leurs demeures
princières les sirops onctueux du pouvoir.
Sous
les ors du palais national flottant et dans ses studios annexes des coursives
où ronronnent caméras, questionneurs et experts, l’orchestre institutionnel
vient d’attaquer les premières mesures d’une valse catalane qu’ils espèrent
entraînante jusqu’aux portes du graal.
Mais
le palais national flottant donne déjà de la gîte.
Mais
dans les cales, les soutiers sont déjà noyés.
Mais
dans l’entrepont l’eau a déjà gagné le menton.
Sous
les ors du pont supérieur, là où elles/ils se sont rejoints pour la grande
chicanerie chorégraphique présidentielle, l’orchestre institutionnel vient
d’attaquer pour eux, avant la bourrée hollandaise et la gigue hongroise, les
premières mesures de la valse catalane que rien ne saurait désormais arrêter
sauf, peut-être… le naufrage !
La
valse ultime jouée par… l’orchestre fou du Titanic !
La
valse catalane du Bal des Faux-culs.
Salut
et Fraternité.
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