mardi 19 juillet 2016
Sous le regard du loup
Nouvelle recension de mon roman "Sous le regard du loup". A lire en suivant ce lien :
http://www.mylorraine.fr/article/sous-le-regard-du-loup-la-nouvelle-bete-de-gilles-laporte/37896
A bientôt.
Amitié.
mardi 21 juin 2016
Les grenouilles de Grignols
Depuis bien longtemps, je n’ai
pas confié d’éclats de voix à mon blog. Pour cause : le mensonge et
l’imbécillité sont devenus tellement quotidiens dans notre société que je
passerais chaque heure, chaque minute, chaque seconde de ma vie à les mettre en
scène pour les démasquer et les dénoncer.
Mais, cette fois, ce que l’on
nomme encore respectueusement « Justice » déraille tellement en
Aquitaine que les mots se sont imposés d’eux-mêmes à mon clavier.
Car la décision de la Cour d’appel de Bordeaux dans
l’ « Affaire des grenouilles de Grignols » est d’un caractère tellement
inique et comique (s’il n’était pas si grave !) -du même tonneau méprisant
que la sortie de l’ancien locataire de l’Elysée Sarkozy acharné à se faire
passer désormais pour un amuseur public (on se souvient, c’était le 18 mai
dernier, à Paris, ville de campagne… électorale !) : « Quand je
suis en Asie, si vous saviez comme je me sens Européen… Quand je suis en
Angleterre, si vous saviez comme je me sens Français… Et quand je suis dans les
territoires et les provinces de France, si vous saviez comme je me sens
Parisien ! »- que je n’ai pas pu résister.
J’ai donc abandonné quelques
instants les personnages de mon roman en cours d’écriture pour jeter un pavé
dans… la mare bordelaise !
La situation :
A Grignols (Dordogne) Annie et
Michel Pecheras sont propriétaires d’une mare qui a eu l’heur de plaire à des
grenouilles en recherche de refuge pour leurs amours. Comme certains humains,
ces délicieux batraciens (je ne parle pas de leur goût quand, déculottées,
elles gisent dans une assiette débordantes de beurre aillé !) ont parfois la
drague, puis l’orgasme sonore. Leurs soupirs et gémissements de bonheur ne font
pas marrer le voisin de cette population heureuse de vivre car, au printemps,
leurs décibels érotiques (mesurés par huissier) perturbent son sommeil.
Convaincu que le Droit lui donnerait les moyens de faire déménager les amants
infernaux, le voisin a demandé réparation de ses insomnies à la justice. Au
terme d’un examen sérieux des comportements de la faune aquatique de Grignols
et de ses humains dérangés, le tribunal de grande instance de Périgueux (magistrats
de bonne ruralité) a débouté le plaignant au constat que « le degré de
nuisance au-delà duquel est franchie la capacité de l’homme et de son
environnement » n’avait pas été atteint. Il autorisait donc les
grenouilles à s’aimer en toute légalité et liberté, et à inviter par leurs
coassements leurs propriétaires et voisins à partager leur bonheur.
L’affaire aurait pu en rester là,
au grand plaisir des fabricants de boules Quiès dont les plus gênés auraient pu
faire usage, mais…
Stimulée par le concert batracien
et la décision du juge, la testostérone du voisin n’a fait qu’un tour. L'homme a
porté l’affaire devant la Cour
d’appel de Bordeaux (justice urbaine encombrée de gaz d’échappement et de
brumes industrielles). Et là, sous le regard d’une zélée présidente décorée de
peau de bête (hermine), les locataires amoureux de la mare de Grignols sont
devenus de dangereux perturbateurs de l’ordre public! En application stricte
d’une loi favorable au voisin insomniaque, ils ont écopé indirectement de la
peine capitale puisque leurs protecteurs hébergeurs ont été mis en demeure de
détruire leur paradis, de combler la mare.
Or, pas de mare pour les
grenouilles… pas de vie !
Or, en France, jusqu’à preuve du
contraire, nul ne peut s’arroger le droit de tuer les représentants d’une
espèce protégée, que l’on soit paysan de Dordogne, Parisien égaré dans une
campagne qu’il découvre soudain « hostile », ou… magistrat !
Or, les grenouilles sont une
espèce protégée !
Il devient donc urgent
d’attendre, pour appliquer son arrêt, que la Cour bordelaise relise son Code, qu’elle en
redécouvre entre les articles la cohérence et le bon sens, qu’elle rende aux grenouilles de Grignols le droit de s’aimer eu toute quiétude, selon les
traditions millénaires de leur espèce, et de vivre en paix.
Nos anciens, gens de bon sens, répétaient à qui
voulait les écouter : « Ce sont les plus gênés qui doivent partir ! »
A bon entendeur (les haineux
envers les cloches de villages trop bruyantes, les coqs de basse-cour trop
bavards, les ânes de prairie mauvais chanteurs, les tracteurs de paysans trop
ronflants, les épandages de lisier trop odorants, les abeilles trop dangereuses…
j’en passe, et de pires)… SALUT !
Quittez donc ce monde de la
campagne qui ne vous convient pas, qui vous fait du mal, qui nuit à votre
équilibre, voire à votre santé, qui use vos sens et vos nerfs, et rentrez chez
vous, là où vous vous sentez bien : en ville. DEGAGEZ !
A supposer que cette affaire
devienne exemplaire en validant une justice destinée à appliquer des textes de
Droit sans aucune bienveillance pour les situations locales, les traditions, les
usages, les pratiques et le respect qui leur est dû, pour la vie telle que
simplement vécue au plus loin des cœurs de villes (pourtant bien en France !),
c'est-à-dire d’une manière mécanique et automatique, alors (toujours par souci
de cohérence) :
Je suggère au ministre de la Justice de supprimer tous
les juges à tous les niveaux de l’Institution judiciaire, et de les remplacer
par des ordinateurs qui feront le boulot aussi bien qu’eux, parfois même mieux.
Plusieurs objectifs seront ainsi atteints en une seule décision :
désengorgement des couloirs et bureaux des tribunaux, traitement des dossiers
en temps réel plutôt qu’aux calendes grecques et, cerise sur le gâteau (en ces
temps où l’Etat cherche à réduire ses coûts de fonctionnement partout -sauf
dans ses rangs-), colossale économie ! L’insupportable fardeau qui pèse actuellement
sur les épaules du contribuable sera donc, du même coup allégé.
Qui dit mieux ?
Les grenouilles de Grignols, en
plus du mérite de proposer à nos regards d’humains hargneux des comportements
de simples ruraux qui s’aiment, auront eu celui, inestimable, de nous
renseigner sur le mode de fonctionnement de la justice… de ville !
Evident… COÂ !
Salut et Fraternité.
Pour en savoir plus sur cette tragi-comédie bordelaise, on peut
consulter le remarquable site WIKIAGRI.FR, et lire sa présentation détaillée
par le journaliste de qualité Antoine Jeandey.
jeudi 9 juin 2016
Sous le regard du loup
L'écrivain du Nord et chroniqueur littéraire Alain FABRE a lu et aimé mon nouveau roman
Sous le regard du loup
En voici la recension :
MERCI !mercredi 23 mars 2016
lundi 8 février 2016
Ô (accent circonflexe)... Orthographe !
Aujourd’hui,
comme toujours quand je mets en route ma plume (le matin, à Lumière montante),
mes premières pensées sont pour mes parents, ouvriers de filature des Vosges.
Ils m’ont transmis les valeurs essentielles qui sous-tendaient leur vie :
amour du travail quotidien et bien fait, sens du service civique et de la
citoyenneté, respect des conventions sociales (l'orthographe en est une) et des règles (dont celles de grammaire). Dans leurs traces, je me considère depuis toujours et pour
toujours comme un ouvrier des Lettres.
Mes
pensées matinales vont aussi à mes maîtresses et maîtres d’école qui, par leur talent
de pédagogues et leur amour de la
République ont contribué, à leur tour, à faire de moi ce que
je suis.
J’aime
me souvenir d’eux, solliciter encore et toujours leur énergie.
Madame
Yvonne Jungen, tout d’abord, qui, dès mes premières années d’école primaire à
Igney, m’a invité à partager sa passion de la langue, m’a fait goûter ses
subtilités, sa profondeur, ses harmonies. Elle a si bien réussi que j’ai
décroché le Prix de lecture au Cours élémentaire première année, et reçu ainsi
mon premier livre (lire était considéré comme une occupation de fainéant dans
ce milieu, à cette époque) : le Don
quichotte de Cervantès, en édition illustrée pour enfant. J’ai lu, relu des
dizaines, des centaines de fois ce livre en me répétant que j’aimerais, un
jour, pouvoir écrire des histoires comme celle-là ! Dans sa classe, je
suis tombé amoureux de notre langue (peut-être aussi de la maîtresse !)
J’ai
eu la chance, ensuite, de rencontrer des professeurs remarquables. Joseph
Martynciow, professeur de français au collège de Thaon-les-Vosges, arrivé de
Pologne pour aimer passionnément notre langue et la faire maîtriser avec
élégance et efficacité par ses élèves… Le philosophe Raymond Ruyer à la faculté
de Nancy, Vosgien lui aussi, l’un des penseurs les plus prestigieux de notre
temps, dont les nombreux écrits sont malheureusement oubliés aujourd’hui. Par
l’intensité et la clarté de sa réflexion, ce maître à élargi à l’infini le
champ de vision de plusieurs générations d’étudiants.
Qu’ils
soient remerciés, avec les nombreux enseignants que je n’ai pas cités auxquels
je dois beaucoup.
Souvent,
lors de mes nombreuses interventions en milieu scolaire –rencontres pour moi
très importantes car prolongement de mon acte d’écriture en direction de celles
et ceux qui prendront notre relève- la question m’est posée :
« Pourquoi écrivez-vous ? » Ma réponse est toujours :
« Je n’écris pas pour distraire mes contemporains, pour les aider à
s’endormir s’ils souffrent d’insomnie. Mes livres ne sont pas un substitut du Lexomil. Je n’ai pas, non plus, la
prétention de délivrer un ou des messages. J’écris pour mettre en scène
l’Histoire, témoigner et participer, par ma plume, à la marche en avant de
notre société, pour apporter ma pierre à l’édifice social commun, pour, dans la
délirante évolution de notre temps, contribuer à la survie de la prodigieuse et
vitale aventure du livre.
Délirante
évolution de notre temps…
Hier
(1853), au retour d’une visite de centre de détention, Victor HUGO
écrivait ces vers :
Chaque enfant qu’on enseigne est un
homme qu’on gagne.
Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui
sont au bagne
Ne sont jamais allés à l’école une fois,
Et ne savent pas lire, et signent d’une
croix !
Il
répétait sans cesse à la tribune de l’Assemblée nationale, et partout où il le
pouvait : « Ouvrez une école, et vous fermerez une
prison ! »
Que
penser d’une époque, la nôtre (accent circonflexe sur le O) qui préfère
construire des prisons (devenues entreprises privées, donc marché à développer !) à
ouvrir des écoles ?
Que
penser d’une époque qui sabote la langue en massacrant l’orthographe au
prétexte de faciliter l’expression écrite aux jeunes illettrés régurgités
chaque année, malgré le courage des enseignants, par un système scolaire à bout
de souffle ?
Or
la langue est le lien social premier. La maîtriser (accent circonflexe sur le
premier I) est le premier acte d’un « Vivre ensemble » à construire chaque jour, mais devenu argument électoral imprécatoire tellement rabâché (accent circonflexe sur le 2ème
A) qu’il finit par diviser plutôt que rapprocher.
Perdre
la forme de ses mots, c’est très souvent en perdre le sens, c’est toujours
perdre l’histoire de la langue, c’est être condamné à l’inculture !
J’ose espérer encore que l'abêtissement (accent circonflexe sur le premier E) des citoyens ordinaires (ceux qui ne forment pas les rang des "élites !") n'est pas le grand objectif de nos dirigeants depuis une trentaine
d’années, toutes couleurs partisanes confondues.
J'ose espérer...
J'ose espérer...
L’élu
d’une démocratie digne de ce nom a le devoir d’élever la société dont il est
issu, pas de s’abaisser avec elle. Dans le premier cas, il prouve qu’il la
respecte ; dans le second, il prouve qu’il la méprise, qu’il ne se
respecte pas lui-même !
Le
pouvoir devrait s’exprimer et s’exercer d’abord par la maîtrise de la langue, ensuite
seulement par la maîtrise des flux
financiers. Bossuet, Hugo, Jaurès, de Gaulle l’ont bien démontré, si besoin
était, qui guidaient l’évolution fondamentale de la société par le Verbe.
Priver
le peuple de toutes les qualités de sa langue, de toutes ses richesses, de
toutes ses harmonies, de toute son énergie, c’est lui interdire de participer à
l’exercice du pouvoir, c’est vouloir exercer ce pouvoir sans lui, de manière
exclusive et définitive, c’est avoir choisi un mode d’action politique plus
proche de l’asservissement que de l’élévation. N’avoir plus voix au chapitre,
pour le citoyen ordinaire, c’est n’avoir plus que le droit de se taire, et de
marcher ou de crever. C’est ainsi qu’ont fonctionné et que fonctionnent toutes
les dictatures dans le monde.
Ne nous y trompons pas : la réforme de
l’orthographe n’est pas que la question de l’accent circonflexe ou du F de
nénuphar, c’est aussi et surtout, celle du mode d’exercice du pouvoir dans une
société qui se prétend démocratique, celle du respect et de la liberté
fondamentale du peuple.
On peut noter, au passage, que Jean d’Ormesson s’est
opposé à cette arme de destruction massive de la langue dès sa première
apparition (1991) avec de très nombreux défenseurs de notre patrimoine
linguistique, dont Bernard Pivot, Philippe Sollers, Frédéric Vitoux. Noter
aussi que ce projet de réforme visait plutôt les néologismes qui, par nature,
n’ont pas d’histoire, dont on peut donc choisir l’orthographe comme bon nous
semble. Noter enfin que si ce projet n’a pas abouti, c’est parce qu’il a
soulevé une vague d’indignation et d’opposition dans le pays dont même les
syndicats enseignants étaient porteurs. On peut se demander pourquoi c’est
aujourd’hui le ministère de l’Education nationale qui prend l’initiative d’un
tel chambardement, comme s’il n’avait pas plus d’urgence sur la table (comme,
par exemple, de ne pas produire 30% d’illettrés dans chaque contingent annuel
d’élèves.) J’ose espérer que ce n’est pas seulement pour faire plaisir à
quelques copains concepteurs des livres scolaires qui voient ainsi s’ouvrir des
perspectives lucratives de rentrée. J’ai la faiblesse de penser qu’on ne lutte
pas contre le chômage en tuant sa langue ! Mon esprit est sans doute
tordu, mais j’associe cette « réforme » qui vise à supprimer toute
référence à l’histoire des mots, à celle qui vise à retirer des programmes
scolaires l’enseignement de périodes complètes de notre Histoire jugées
subversives par les trafiquants gouvernants de tout poil. Tuer la mémoire,
c’est décérébrer le peuple afin de mieux le manipuler !
En serions-nous là ?
Relisons,
pour conclure, cet extrait de discours prononcé par le poète espagnol Federico
Garcia Lorca lors de l’inauguration de la bibliothèque de son village natal Fuente
Vaqueros en septembre 1936 :
Des livres !
Des livres ! Voilà un mot magique qui équivaut à clamer: "Amour,
amour", et que devraient demander les peuples tout comme ils demandent du
pain ou désirent la pluie pour leur semis. Quand le célèbre écrivain russe
Fédor Dostoïevski était prisonnier en Sibérie, retranché du monde, entre quatre
murs, cerné par les plaines désolées, enneigées, il demandait secours par
courrier à sa famille éloignée, ne disant que : " Envoyez-moi des livres,
des livres, beaucoup de livres pour que mon âme ne meure pas! ". Il avait
froid, ne demandait pas le feu ; il
avait une terrible soif, ne demandait pas d'eau… il demandait des livres,
c'est-à-dire des horizons, c'est-à-dire des marches pour gravir la cime de
l'esprit et du cœur ! Parce que l'agonie physique, - biologique, naturelle
d'un corps, à cause de la faim, de la soif ou du froid, dure peu, très peu,
mais l’agonie de l’âme insatisfaite dure toute la vie !
"La
devise de la République
doit être : la Culture !".
La culture,
parce que ce n'est qu'à travers elle que peuvent se résoudre les problèmes
auxquels se confronte aujourd'hui le peuple plein de foi mais privé de lumière.
N'oubliez pas que l'origine de tout est
la lumière.
"Des livres, des livres" s'exclamait-il. Or les livres sont faits de... mots chargés d'histoire, liés entre eux par des règles.
L'oublier serait prendre le risque redoutable, toujours et partout, avec son âme d'y perdre son... latin !
"Des livres, des livres" s'exclamait-il. Or les livres sont faits de... mots chargés d'histoire, liés entre eux par des règles.
L'oublier serait prendre le risque redoutable, toujours et partout, avec son âme d'y perdre son... latin !
Salut
et Fraternité !
mardi 2 février 2016
Le doux miel d'acacia
Vouloir changer de peau, aller vers l’autre
enfin,
Rechercher sous l’aspect un horizon nouveau,
En avant, calme et droit, chevalier sans
vaisseau,
Vouloir changer de peau, prendre un autre
chemin…
Venir troubler le temple, altérer ses
travaux,
En frappeur incongru tenaillé par la
faim,
Perturber l’Occident et l’Orient humain,
Pour approcher le feu qui réchauffe plus haut...
Ils
sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats !
On se ment du Midi jusqu’au
Septentrion !
On voudrait croire enfin qu’Achille et son
talon
Pour l’être paresseux valent pardon déjà.
On veut se raconter une histoire insolente,
De l’homme qui rêvait de conquérir le ciel,
Qu’un Architecte accueille à la planche de
fiel…
Du nadir au zénith, il n’est que marche
lente.
Vouloir changer de peau, aller vers
l’éternel,
Oublier les métaux, et les voix qui les
hantent
Pour le frappeur osé, celui qui le
présente,
C’est courir l’évasion, pour être au
naturel.
C’est de l’homme nouveau poursuivre
l’éternel,
Éteindre la ténèbre, et scruter au-delà,
Tenter d’apercevoir le rayon du trépas,
Sans l’ombre de la fin et son conflit
cruel.
Car frapper à la porte, attendre sur son
pas,
Espérer du Midi gagner Septentrion,
Puis d’Occident vers l’Orient lever le
front,
C’est goûter à la Source un doux miel
d’acacia !
© Gilles Laporte 09 05 09

photos Pixabay.com
samedi 9 janvier 2016
Tolérance... Voltaire.
En ces temps convulsifs, voici un texte de Voltaire...
à méditer !
Le droit
naturel est celui que la nature indique à tous les hommes. Vous avez élevé
votre enfant, il vous doit du respect comme à son père, de la reconnaissance
comme à son bienfaiteur. Vous avez droit aux productions de la terre que vous
avez cultivée par vos mains. Vous avez donné et reçu une promesse, elle doit
être tenue.
Le droit humain
ne peut être fondé en aucun cas sur ce droit de nature ; et le grand
principe, le principe universel de l’un et de l’autre, est, dans toute la terre :
« Ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît. » Or on ne voit
pas comment, suivant ce principe, un homme pourrait dire à un autre :
« Crois ce que je crois, et ce que tu ne peux croire, ou tu
périras. » C’est ce qu’on dit en Portugal, en Espagne, à Goa. On se
contente à présent, dans quelques autres pays, de
dire : « Crois, ou je t’abhorre ; crois, ou je te ferai
tout le mal que je pourrai ; monstre, tu n’as pas ma religion, tu n’as
donc point de religion : il faut que tu sois en horreur à tes voisins, à
ta ville, à ta province. »
S’il était de
droit humain de se conduire ainsi, il faudrait donc que le Japonais détestât le
Chinois, qui aurait en exécration le Siamois ; celui-ci poursuivrait les
Gangarides, qui tomberaient sur les habitants de l’Indus ; un Mongol
arracherait le cœur au premier Malabare qu’il trouverait ; le Malabare
pourrait égorger le Persan, qui pourrait massacrer le Turc : et tous
ensemble se jetteraient sur les chrétiens, qui se sont si longtemps dévorés les
uns les autres.
Le droit de
l’intolérance est donc absurde et barbare : c’est le droit des tigres, et
il est bien horrible, car les tigres se déchirent pour manger, et nous nous
sommes déchirés pour des paragraphes.
Voltaire Traité sur l’intolérance 1763
Le
Monde de la philosophie Flammarion 2008 ch.VI p.355-6
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