mardi 17 décembre 2013

lundi 16 décembre 2013

La Femme et le citoyen...

Julie-Victoire DAUBIE (1824-1874) fut la première bachelière de France, en août 1861. Quelques années plus tard, elle devint la première licenciée ès Lettres. Au prix de grandes difficultés, elle força pour les femmes les portes de l'Université jusque là verrouillées par les hommes. Mais elle fit bien davantage encore. Toute sa vie, elle milita pacifiquement pour le respect de chacun par tous et de tous par chacun, écrivit et publia des textes, donna des conférences sur des sujets brûlants comme l'égalité homme-femme, l'amélioration des conditions de travail dans l'artisanat et les manufactures, les rôle et mission de l'école, la citoyenneté...
Ses engagements de ce temps, ses pensées et propositions sont toujours d'actualité. Tirées de son livre en trois volumes La Femme pauvre au 19ème siècle, les citations qui suivent en sont une preuve...
La Femme en politique :
Il est évident que la femme électeur se complète de la femme éligible, mais il y a loin de là à la femme élue, dans l'état de nos moeurs surtout...
Ecrivaines et écrivains :
Les écrivains hommes (...) en ne permettant aux femmes de prendre la parole que pour dire quelque chose, semblent réserver aux hommes seuls le droit de parler pour ne rien dire.
Education et principes républicains :
L'interdiction pour la femme de puiser l'instruction aux mêmes sources que l'homme est une négation de nos théories d'égalité civile qui établit un antagonisme déplorable entre nos principes et nos moeurs.
La nature et la folie des hommes :
La nature, qui fait reverdir les moissons sur les champs de carnage, est une force admirablement productive, puisqu'elle nous laisse survivre à de si grandes et si constantes folies.
Des droits et des devoirs :
Déchaînez ou enchaînez la presse dans une société où chacun peut vivre dans des unions sans droits pour les faibles et sans devoirs pour les forts, et vous verrez également partout l'anarchie des moeurs régner dans les idées ; l'ordre pourra être rétabli dans la rue et maintenu à l'aide du gendarme ; le désordre restera dans les esprits.
Du pouvoir :
L'homme qui ne sait pas se gouverner est incapable de gouverner les autres... Et pourtant on remarque, dans les familles comme dans la cité, qu'il veut prendre plus d'autorité sur autrui qu'il en a moins sur lui-même !
Economique et social :
Dans l'ordre, ou plutôt dans le désordre actuel, chacun fait produire le plus possible à ses capitaux sans s'inquiéter de l'ouvrier qui n'est qu'un être abstrait, incongru, un rouage dans la machine !
Répartition des fruits du travail :
Il est de fait que l'ordre économique ne serait pas troublé comme il l'est chez nous, si le scandale des fortunes illicites était soumis au contrôle de l'opinion."
Visionnaire, Julie-Victoire Daubié ? 
Visionnaire !
Incurables, les maladies fondamentales de l'homme ?
A chacun de répondre, après méditation, hors des conditionnements économico-socio-religio-politiques... et d'en déduire ses choix pour l'avenir, en son âme et conscience !
Salut et Fraternité.

Images 
Portrait de J-V Daubié (détail) par P. Petit (1861)
Couverture de Julie-Victoire, le roman de Julie-Victoire Daubié, première bachelière de France 
 Auteur Gilles Laporte Préface de Jean-Louis Debré (éd. Eska-Paris-2013)

jeudi 12 décembre 2013

ERASME : Eloge de la folie...

Erasme de Rotterdam écrivait, en 1508 : 
Mon avis, à moi, Folie, est que plus on est fou, plus on est heureux, pourvu qu'on s'en tienne au genre de folie qui est mon domaine, domaine bien vaste à la vérité, puisqu'il n'y a sans doute pas, dans l'espèce humaine, un seul individu sage à toute heure et dépourvu de toute espèce de folie. Il n'existe ici qu'une différence : l'homme qui prend une citrouille pour une femme est traité de fou, parce qu'une telle erreur est commise par peu de gens : mais celui dont la femme a de nombreux amants et qui, plein d'orgueil, croit et déclare qu'elle surpasse la fidélité de Pénélope, celui-là personne ne l'appellera fou, parce que cet état d'esprit est commun à beaucoup de maris.
Rangeons parmi ces illusionnés les chasseurs forcenés, dont l'âme n'est vraiment heureuse qu'aux sons affreux du cor et dans l'aboiement des chiens. Je gage que l'excrément des chiens pour eux sent la cannelle. Et quelle ivresse à dépecer la bête ! Dépecer taureaux et béliers, c'est affaire au manant ; au gentilhomme de tailler dans la bête fauve. le voici, tête nue, à genoux, avec le coutelas spécial qu'aucun autre ne peut remplacer ; il fait certains gestes, dans un certain ordre, pour découper certains membres suivant le rite. Autour de lui, la foule, bouche bée, admire toujours comme un spectacle nouveau ce qu'elle a déjà vu plus de mille fois, et l'heureux mortel admis à goûter l'animal n'en tire pas mince honneur. A force de poursuivre les bêtes fauves et de s'en nourrir, les chasseurs finissent par leur ressembler ; ils n'en croient pas moins mener la vie des rois.
Erasme 1469-1536 Eloge de la folie Le Monde de la philosophie/Flammarion XXXIX p.64-65

mercredi 27 novembre 2013

PSA-Varin Crime contre la société



Le groupe PSA, constitué des marques Citroën et Peugeot, toujours propriété de la famille Peugeot, est en grandes difficultés depuis plusieurs années. Aux restructurations de chaînes d’assemblage succèdent les mesures d’économies touchant gravement le personnel de fabrication, d’exécution comme d’encadrement, et les rumeurs de plans sociaux manipulés par la direction afin de préparer tous et chacun à des mesures plus sévères encore sans doute déjà programmées.

Depuis quatre ans à la tête de ce groupe emblématique de l’industrie automobile française, un homme : Philippe Varin. Ancien polytechnicien, président du directoire de PSA, c’est lui qui négocie actuellement une augmentation de capital de 4 milliards dans laquelle sont impliqués sont partenaire chinois Dongfeng et… l’Etat, -donc le contribuable !- français. Les craintes quant à l’avenir de ce groupe sont fondées puisque, pour maintenir la tête des actionnaires hors de l’eau, et la survie industrielle, son directoire orienté par Philippe Varin a déjà considérablement réduit les dépenses d’investissement durant le troisième trimestre 2013. Or il n’est pas nécessaire d’avoir chaussé le bicorne noir et porté l’épée pour savoir qu’une entreprise qui n’investit pas, ou pas assez, se condamne à une mort lente, parfois brutale !

Venu de la sidérurgie, cet homme qui a commencé sa carrière chez Péchiney s’est rendu visible dans le monde spéculo-industriel en vendant Corus Steel, au prix fort, au terme d’enchères qui avaient défrayé la chronique, au groupe indien prédateur Tata. L’opération financière avait été saluée. Mais, dans le contexte ardu de la mondialisation assis sur une concurrence effrénée capable d’aller jusqu’au meurtre social pour réussir ses coups, elle était loin des préoccupations ordinaires de production d’une entreprise industrielle.

Aujourd’hui, forcée de constater qu’elle a fait le mauvais choix en embauchant un homme de ferraille plutôt que d’automobile, la famille Peugeot décide de revoir sa copie, d’indiquer la sortie à Philippe Varin, et de confier les rênes de l’entreprise moribonde, dès 2014, à un nouvel expert issu tout droit des couloirs de son rival principal Renault. La manœuvre ressemble fort à une panique de généraux de plomb sur un front enfoncé de toutes parts.

Cette situation prouve, une fois de plus, mais toujours aux dépens du peuple laborieux, que croire au génie des seuls rejetons de prétendues grandes écoles mène plus souvent à la défaite qu’à la victoire !

Monsieur Philippe Varin va donc quitter ses fonctions à la tête du groupe PSA après avoir échoué, selon les spécialistes, et entraîné dans son échec des milliers de salariés, généré des détresses profondes, multiplié les promesses de misère dont il semble ne pas se sentir l’auteur. Pour preuve de son innocence insolemment affirmée par lui, il va se retirer des affaires avec une retraite chapeau d’un montant de 21 millions d’euros versée en rente annuelle, somme intégralement financée par l’entreprise et, semble-t-il, totalement exonérée de charges sociales. Chapeau… l’artiste !

A croire que la famille Peugeot est prête à tout pour envoyer au diable ce grand patron trop encombrant. Prête à tout, surtout à faire passer directement de la poche déjà bien vide du contribuable (vous et moi) à la poche déjà bien pleine de Philippe Varin la participation financière attendue de l’Etat au redressement de l’entreprise !

Nul doute qu’avec un tel pactole, le héros de cette entourloupe pourra se retirer loin des lieux où se développeront les résultats de son court règne à la tête de PSA, à des années-obscurité des tragédies créées par ses décisions. Il ne verra rien des vies brisées, des familles condamnées à la survie, des enfants envoyés dans des zones de non-droit plutôt qu’à l’école, des dépressions nerveuses, de la violence née de l’inactivité forcée, des trafics de tout poil, des suicides… Hors de sa vue les misères d’un peuple inodore, incolore et sans saveur puisque… ignoré !

Avec cette affligeante affaire, la société a une fois de plus sous les yeux la démonstration que la rente de situation n’est attachée qu’à la fonction obtenue par cooptation (synonyme de copinage), certainement pas à la compétence, ni au talent, encore moins à la volonté de travailler ensemble pour gagner ensemble. Une fois de plus, la « France du bas » (si élégamment qualifiée ainsi par un ancien premier ministre) constate les étonnantes aptitudes à la cécité, à l’amnésie, à l’insensibilité de la « France du haut », toutes infirmités présentées par ceux-là mêmes qui en sont atteints comme des qualités indispensables à leur rayonnement.

Fort heureusement, tous les crimes tombent sous le coup de lois nationales ou internationales. Outre ceux, évidents, qui constituent une infraction pénale, passibles des tribunaux ordinaires d’un pays, ceux commis par des groupes, institutions ou Etats sont, depuis l’accord de Londres du 8 mai 1945, jugés, leurs auteurs condamnés par des juridictions internationales dont la Cour pénale internationale. Ils ont été justement baptisés « Crimes contre l’humanité ». C’est le cas de l’assassinat, de l’extermination, de la réduction en esclavage, de la déportation, des persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux. La qualification de « Crime contre l’humanité » exige le constat d’une volonté, d’une intention affirmée d’une discrimination chez son (ses) auteur(s). Ainsi en est-il, par exemple, de l’antisémitisme.

Or, échappent à ces règles et lois nationales et internationales les délits de maîtres de l’économie dont les comportements aboutissent pourtant à de véritables drames sociaux. Où sont les responsables de la catastrophe de Bophal, en Inde, qui a fait plusieurs dizaines de milliers de victimes ? Que devient le maharaja de Florange, à la tête du groupe Arcelor-Mittal ? Que font aujourd’hui les manipulateurs de Good Year ? La liste pourrait être longue ; elle grandit chaque jour nouveau qu’ouvre le calendrier.

Pourtant, ces comportements sont eux aussi volontaires et froidement décidés, résultats d’une intention affirmée : faire le plus vite possible (ici quatre ans !) sur le dos de tous, personnels de l’entreprise et citoyens contribuables, le maximum de profits à distribuer à quelques-uns, quels que soient ce que les militaires appellent les « dégâts collatéraux » ! Et ces stratégies de développement financier, cet oubli programmé de celles et ceux qui, sur le chantier ou à leurs machines, sont à l’origine même des grandes fortunes, aboutissent aux résultats comparables à ceux obtenus par les fous d’un dieu quel qu’il soit, les frénétiques d’une culture exclusive, les obsédés d’une frontière née seulement dans leur délire. Elles aboutissent aux mêmes résultats : ruines individuelles, destruction du tissu social, stérilisation des meilleurs talents, abrutissement de la jeunesse (qui durerait jusqu’à quarante ans !) et mépris de la vieillesse (qui commencerait à quarante ans !), maladies provoquées par la déchéance et la cohabitation quotidienne avec la honte, par l’épuisement, ou (répétons-le parce que notre pays en détient de tristes records) la mort « choisie » (souvenons-nous de France Télécom).

C’est toute la société qui est victime de prédateurs sans foi ni loi, souvent pressés d’aller planquer leur butin dans des paradis fiscaux, qui est exploitée, mise en coupe réglée, saignée à blanc, rognée jusqu’à l’os, qui voit ses enfants sacrifiés, sa culture offerte au mieux payant, ses forces vives manipulées, détournées, retournées contre elle-même par ceux-là, en vertu d’un principe indigne qu’ils appliquent sans sourciller : « Après moi… le déluge ! »

A l’heure où les Restos du cœur redoutent de dépasser le million d’assistés durant la nouvelle saison froide, où les pouvoirs publics appellent avec raison à la solidarité nationale, où les élus de la Nation sont pris à la gorge par une dette publique incompressible qui rend le pays ingouvernable, où des légions de bénévoles manquent de moyens pour tenter de limiter les dégâts provoqués par quelques fanatiques du libéralisme économique, où explose le nombre des détresses et des suicides, nous pouvons légitimement nous demander pourquoi ces délinquants en col blanc, ces navigateurs internationaux de la finance, ces spécialistes de la spoliation des humbles, présentés par le monde anglo-saxon notamment comme des modèles de réussite, ne tombent pas sous le coup des lois.

L’évidence est là : ils jouent entre eux dans une cour de non-droit. Aucun texte réglementaire ne leur interdit de commettre ces actes délictueux.

Mais, ce constat est à mettre à l’actif de l’affaire PSA-Varin : le tragique de notre temps nous indique que nous touchons au terme de ces jeux criminels.

Il est urgent, maintenant, aujourd’hui, ce soir, de doter notre humanité d’un arsenal juridique qui permettra, sinon de mettre hors d’état de nuire les délinquants économiques et financiers et les prédateurs internationaux, au moins de les contraindre à recouvrer la vue, l’ouïe, le cœur et, avec le sens de l’honneur, les voies du respect de l’autre.

Il est urgent de créer la notion de « CRIME CONTRE LA SOCIETE » !

Que ces gens-là et leurs complices, les généreux donateurs de retraite chapeau et leurs bénéficiaires, sur plainte de leurs victimes ou de l’Etat, soient jugés par des représentants des peuples, qu’ils aient à rendre des comptes, qu’ils justifient l’emploi des royaux profits réalisés sur le dos de leurs sujets d’un nouveau genre. Qui, par exemple, savait hier encore que l’ « exemplaire Allemagne » n’a pas de salaire minimum obligatoire, que nombre des ses entreprises paient leurs salariés deux ou trois euros de l’heure, et que, si certains y roulent en berlines de grand luxe, des millions d’autres n’ont pas de quoi s’y offrir un vélo ?

Comme, autrefois, en matière de « Crimes contre l’humanité », L’Europe peut devenir, aujourd’hui, l’inspiratrice d’une telle révolution pacifique.

Qu’il devienne impossible de quitter un fauteuil doré, les poches pleines de 21 millions d’euros, après avoir laissé mettre à mal la société, par voie de conséquence, ruiné celles et ceux qui, par leur travail quotidien, ont gagné cet argent, serait maintenant la preuve de la réelle suppression de l’esclavage, celle aussi de la vraie modernité humaine substituée à la primitive loi de la jungle… une exigence absolue !

Plutôt que la TVA sur les heures de poney dans les centres équestres, les instances européennes ont là LE chantier d’avenir à ouvrir. Pourront-elles… oseront-elles le faire ?

C’est à nous, citoyens électeurs, de l’exiger !

Salut et Fraternité.

mercredi 20 novembre 2013

Sous les étoiles de septembre...



Sous les étoiles de septembre
Notre cour à l’air d’une chambre
Et le pressoir d’un lit ancien
Grisé par l’odeur des vendanges
Je suis pris d’un désir étrange
Né du souvenir des païens

Refrain
Couchons ce soir sur le pressoir
Et tous les deux faisons cette folie
Couchons ce soir sur le pressoir
Margot, Margot ma jolie.

Refrain
Parmi les grappes qui s’étalent
Comme une jonchée de pétales
Ô ma bacchante ! roulons-nous
J’aurai l’étreinte rude et franche
Et les tressauts de ta chair blanche
Ecraseront les raisins doux.

Refrain
Sous les baisers et les morsures
Nos bouches et les grappes mûres
Mêleront leur sang généreux
Et le vin nouveau de l’automne
Ruissellera jusqu’en la tonne
D’autant plus qu’on s’aimera mieux

Refrain
Au petit jour, dans la cour close
Nous boirons la part de vin rose
Œuvrée de nuit par notre amour
Et dans ce cas tu peux m’en croire
Nous aurons pleine tonne à boire
Lorsque viendra le petit jour.

Gaston COUTÉ poète pacifiste et libertaire (Beaugency 1880-Paris 1911)
Extrait de Chansons à boire – Chanter les vins de Loire  éd. du Chasse-Marée/Collectif Traditions Orales/Ethno Centre

lundi 11 novembre 2013

MACHIAVEL : L'art de la guerre.


Peut-être pourrions-nous, en ce jour de commémoration d'une tragique victoire, en hommage à nos Anciens, soldats citoyens que des "princes" avaient envoyés sur un front dont ils ne reviendraient pas, méditer ces lignes de Machiavel, extraites de L'Art de la guerre :

N'avez-vous pas chez vous un proverbe qui vient à l'appui de mon opinion ? "La guerre fait les voleurs, et la paix les fait pendre."
Lorsqu'en effet un individu qui vivait uniquement de la guerre a perdu ce moyen de subsister, s'il n'a pas assez de vertu pour pouvoir se courber, en homme d'honneur, sous le joug de la nécessité, il est forcé par le besoin à courir les grands chemins, et la justice à le faire pendre.
(...) Permettez-moi d'achever le développement de mes deux propositions : l'une, qu'un honnête homme ne peut embrasser, pour sa profession, le métier des armes : l'autre, qu'une république ou des royaumes sagement constitués ne l'ont jamais permis à leurs citoyens ou à leurs sujets. Je n'ai plus rien à dire sur la première de ces propositions ; il me reste à vous entretenir de la seconde.
(...) Tant que le république se maintient pure, jamais un citoyen puissant  n'entreprit de se servir de la profession des armes pour maintenir pendant la paix son autorité, renverser toutes les lois, dépouiller les provinces, tyranniser sa patrie et tout soumettre à sa volonté. Jamais un citoyen des dernières classes du peuple n'osa violer son serment militaire, attacher sa fortune à celle des particuliers, braver l'autorité du Sénat, et concourir à des attentats contre la liberté, afin de pouvoir vivre en tout temps  de son métier des armes. Les généraux, dans ces premiers temps, satisfaits des honneurs du triomphe, retournaient avec plaisir à la vie privée. Les simples soldats déposaient leurs armes avec plus de plaisir encore qu'ils ne les avaient prises et reprenaient leurs occupations accoutumées, sans avoir jamais conçu le projet de vivre du produit des armes et des dépouilles de la guerre.
(...) Un Etat bien constitué doit donc ordonner aux citoyens l'art de la guerre comme un exercice, un objet d'études pendant la paix ; et, pendant le guerre, comme un objet de nécessité et une occasion d'acquérir de la gloire, mais c'est au gouvernement seul, ainsi que le pratiqua celui de Rome, à l'exercer comme métier. Tout particulier qui a un autre but dans l'exercice de la guerre est un mauvais citoyen ; tout Etat qui se gouverne par d'autres principes est un Etat mal constitué.
Machiavel 1469-1527 L'art de la guerre Livre premier.


jeudi 4 juillet 2013

Génie en exil...

Tous les matins, le journal de France Culture ouvre ses fenêtres sur le monde.
Billet d’esprit de Philippe Meyer, chronique sérieuse de Brice Couturier, analyse politique fine d’Hubert Huertas, réactions parfois surprenantes des invités réguliers ou occasionnels… j’y trouve toujours un grand intérêt.
Mais, ce matin, c’est la consternation qui l’a emporté !
Marc Voinchet recevait un Russe, Sergueï Gouriev.
Ses analyses socio-économiques ont fait de cet homme, paraît-il, un dangereux contestataire indésirable dans les couloirs du Kremlin. Au point qu’il a dû venir se réfugier en France !
Ce prétendu génie en exil aurait raté le prix Nobel d’économie à plusieurs reprises, de peu, paraît-il encore !
Formé aux Etats-Unis (il y a même enseigné !), Gouriev prétend dénoncer la corruption dans son pays, les pratiques politico-financières d’une intelligentsia au-dessus de tous les contrôles, l’émergence d’une maffia d’un nouveau style dont les actions et profits ressemblent fort à l’ancienne, l’autoritarisme impérial d’un Poutine tout puissant, la fuite des capitaux qui appauvrit le pays… Mais, jusqu’à il y a quelques mois, ce nouveau héros du parler vrai n’était autre que… le conseil et la plume de… Medvedev alors président de Russie, dont chacun sait (leur jeu de chaises musicales en est la preuve !) qu’il est en accord total avec Poutine pour la confiscation de droits et libertés du peuple.
Que venait-il faire, ce matin, sur les ondes de cette radio française de qualité ?
Il venait y déballer des banalités affligeantes, mais exprimées en langue anglaise (ce qui leur conférait d’emblée une valeur évangélique !), cette langue qui permet, à coup sûr, de décrocher le moment venu le fameux prix créé par les inventeurs de la dynamite.
L’« exilé » en France Sergueï Gouriev s’exprimait chez nous dans cet idiome pour prouver sans doute au monde entier ses qualités de Monsieur Propre de la planète (un de plus… comme Obama prix Nobel de la Paix !!!), et de citoyen… du monde !
S’il ne maîtrise pas le français (ce que je peux comprendre, bien que les Russes cultivés tiennent à pratiquer notre langue aujourd'hui encore) pourquoi cet esprit universel n’a-t-il pas confié ses inestimables confessions aux auditeurs matinaux de France Culture dans sa langue maternelle, le russe, dont les harmonies valent au moins autant que les marmelades anglo-saxonnes ? Que nul ne me dise qu’il ne se trouvait aucun interprète russe-français à Paris capable de saisir puis de faire partager les subtilités des analyses de Sergueï Gouriev… je ne le croirais pas !
Alors, pourquoi ?
Peut-être l’a-t-il fait pour singer les prétendus grands communicants de notre temps qui se croient condamnés à rester petits s’ils viennent à rester fidèles à leurs racines.
Peut-être aussi l’a-t-il fait pour ajouter son accent slave à l’inoubliable langue des Bush afin d’accentuer ses mérites et souffrances d’exilé politique : « Voyez comme je dois me faire violence pour, loin de chez moi, continuer à tenter de rendre le monde plus intelligible, et l’humanité plus intelligente ! Un sacerdoce ! Que dis-je ? Un sacrifice ! »
Mais, comme le Canada Dry d’hier qui ressemblait à une boisson alcoolisée sans en être, un séjour à l’étranger peut avoir la couleur de l’exil, le goût de l’exil, la saveur de l’exil, sans être pour autant… un véritable exil !
Il est des exils apparents qui relèvent davantage de la manipulation que de l’engagement à risques. Il en est même qui ne sont que le résultat de la trouille habilement déguisée en désir de protection pour continuer un prétendu combat.
N’est pas Voltaire qui veut !
N’est pas Victor Hugo qui veut !
Ma consternation de ce matin ne résulte pas du comportement de cet homme dont la nature ressemble beaucoup à celle de très nombreux autres qui, s’appuyant sur l’inculture galopante de notre époque, veulent faire passer leur fuite pour un assaut, mais à la confusion faite par l’équipe de presse qui l’accueillait, la confusion fréquente de nos jours entre couardise et courage !
Consternation ! Car l’équipe matinale de France Culture ne m’avait pas habitué à une telle faiblesse.
A propos de faiblesse de la presse…
Ne trouvez-vous pas curieux que, depuis le départ d’Obama d’Afrique du Sud et son numéro d’acteur dans une sinistre cellule de prison, l’agonie du grand Nelson Mandela soit évacuée des journaux ? Plus personne n’en parle, comme si la planète journalistique digérait mal d’avoir été flouée de la mort en direct du courageux lutteur anti-apartheid dans les bras de l’illusionniste président des Etats-Unis !
Belle ultime preuve de résistance contre l’inhumanité états-unienne donnée par Mandela mourant : il a refusé d’offrir sa mort à l’homme représentant du pays qui emprisonne les noirs, les passe à la chaise électrique, espionne le monde entier (amis et ennemis confondus), tue les abeilles après avoir exterminé les Indiens, maintient en camp de concentration, à Guantanamo, des êtres humains hors de toute décision de justice et de tout contrôle international.
Mandela... mort ou vivant ?
Certains silences, sous couvert de trop grande richesse de l’actualité, deviennent des complicités.
Certains bruits… aussi !
Quoi qu’il en soit, n’oubliez pas, Monsieur Gouriev : n’est pas Victor Hugo qui veut !
Mais votre stratégie paiera : vous serez de la nouvelle génération des prix Nobel de paille !
Car… les médailles en chocolat vont plus souvent sur les poitrines des fuyards que sur celles des héros !
Salut et Fraternité !